Bienvenue sur VOCATIF


Présentation

VOCATIF est une revue niçoise de création, qui a vu le jour en 1983 et dont le dernier numéro (n° 22) a paru au printemps 1993.
Sa fondatrice et animatrice est Monique MARTA, née à Nice en 1952. Enseignante, écrivain, peintre, elle est titulaire d’un DEA en Sciences de l’Information et de la Communication, diplômée de Linguistique et de… Réflexologie.

En 2000, elle est lauréate du Prix de Poésie (section humour) des Arts et Lettres de France.

Publiée dans de nombreuses revues (dont Carte Noire, Medianalyses, A travers champs, Verso, Archipels, le Journal des Poètes…), elle a été éditée :

Et, chez l’auteur : une pièce de théâtre : « Canard ou pas canard » (jouée à Nouméa en 1979), deux romans : « Lumière » et « Pierre de lune » + quatre recueils de poésie : « Soir de bataille » (2005), « Le chemin des signes » (2005), « Jörn » (2004), « Haïkus » (2012)…

En 1983, elle collabore à l’écriture du film de Réné Prédal sur le sculpteur Bernard Pagès (Fonds Ecole de Nice).

En 2001, elle particite aux « installations » sur le plateau de Calern (in situ corpo) et, en 2004, elle fait une exposition : « Encres ».

Depuis 2011, elle écrit des haïkus et s’essaye à l’aquarelle.

Membre de la Société des Gens De Lettres (SGDL).

VOCATIF a publié, durant dix ans, de nombreux auteurs, connus ou inconnus, ainsi que de nombreux artistes . Des rencontres étaient organisées avec lecture de textes (par les auteurs eux-mêmes ou des comédiens) et exposition des œuvres des artistes pour des visites de musées.

Parmi les auteurs publiés : Daniel Biga, Guy Bellay, F.-J. Temple, Jacques Kober, Marcel Migozzi, Joëlle Guatelli-Tedeschi, Laurence Duval, Hélène de Maistre, Daniel Giraud, Dane Rudhyar, Jean-Pierre Depétris, Francine Laugier, Gilbert Casula, Maryline Desbiolles, Christian Arthaud, Ben, Philippe Chartron, Alain Lambert, Jacques Lepage, Jean-Louis Maunoury, Alan Pelhon, Jean-Luc Sauvaigo, Georges Tari, Arnaud et Fabienne Villani…

Parmi les artistes ayant participé, on compte : Yoko Gunje, Noury Lekhal, Alain Diot, Nall, Jeanne A.-M. Pointet, Félix Richard, Michel Houssin…

Outre la revue, VOCATIF a édité la « Correspondance » et le « Journal lunaire » de Laurence Duval, ainsi que « L’Ancien Temps » de Jeanne A.-M. Pointet, et une « Anthologie des Poètes Niçois ».

Tous les numéros sont déposés à la Bibliothèque Nationale à Paris ainsi qu’à la Bibliothèque Municipale de Nice.

VOCATIF est une association Loi 1901.

Manifeste

Définir VOCATIF serait figer la revue, lui donner un cadre, des éléments définitifs, créer des cloisonnements –cela me gêne.

Cela me gêne comme tout ce qui, devenant objet, ne participe plus activement à la marche du Vivant.

Car ce qui compte, c’est le Vivant : cette transformation incessante, insécure, qui ne nomme ni ne projette mais, tout simplement, « est » ; qui ne demande rien, n’impose rien mais qui, pour plus de compréhension de notre part, invite à plus d’attention, de pureté –ce décapage de ce qui fut, s’accumule et encrasse-, à l’ouverture.

Ce qui compte, c’est l’ATTITUDE face au Vivant : attitude qui, faisant la vie toujours « neuve », n’est certes pas facile à maintenir mais, la FORCE INTERIEURE étant suffisante, préserve son germe- et l’on est sauf.

C’est cette force, cette force positive –je veux dire qui marche, non dans le sens de la vie (ce qui serait déjà prévoir) mais AVEC LA VIE, n’allant point contre elle –qui constitue l’ESPRIT qui devrait rassembler en une même famille, en dépit des divergences diverses, nécessaires, enrichissantes, les collaborateurs –poètes, philosophes, hommes et femmes de théâtre, musiciens, historiens, ethnologues…- de la revue VOCATIF.

Nulle école, nulle tendance, sinon celle qui participe de cet esprit.

VOCATIF s’ouvre à ceux-là qui, par une attitude d’écoute authentique, profonde, attentive, « ingénue », puisent leur force créatrice dans un désir d’ETRE DAVANTAGE.

Leur VOIX saura INTERPELER, APPELER ceux et celles qui, par grâce, ne sont pas tout à fait endormis.

Monique MARTA
Chemin du Clodolio, Aspremont, le 20 décembre 1982

Liste des publications de VOCATIF

n° 1 : Ouverture
01/10/1983
Dominique Christian, Daniel Biga, Arnaud Villani, Antoinette Munuera, Philippe de Georges, Guy Robini, Yoko Gunje, Ben Vautier

n° 2 : Silence
01/12/1983
Joëlle Guatelli-Tedeschi, Laurence Duval, Jacques Lepage, Fabienne Villani, Monique Marta

n° 3 : Apocalypses
01/04/1984
Fabienne Villani, Arnaud Villani, Jean Onimus, Laurence Duval, Daniel Biga, Jacques Lepage, Monique Marta, R.-P. Georges Delbos; couverture de Nall

n° 4 : “Ultreïa” - Voyages
automne 1984
Théo Lésoualc’h, Guy Bellay, Gilbert Casula, Dane Rudhyar, Daniel Biga, Marcel Migozzi, Joëlle Guatelli-Tedeschi, Daniel Giraud, Frédéric-Jacques Temple, Laurence Duval, Monique Marta; couverture de Félix Richard

n° 5 : Spécial Guy Bellay
printemps 1985
Articles de Georges Mounin, Pierre Perrin, Daniel Biga, Monique Marta; textes de Guy Bellay; couverture et illustrations de Michel Houssin

n° 6 : Du côté de Marseille
hiver 1985/86
Jean-Pierre Depétris: “Du sillage et de l’écume”, Francine Laugier: “Ce qui n’est qu’encore n’est déjà plus”; dessins de Noury Lekhal

n° 7 : L’amitié
printemps 1986
Laurence Duval: “Correspondance” (extraits), Jean-Pierre Depétris: “Trois lettres”, Gilbert Casula: “Carnets migratoires, VIII, Les paroles livrées”, Joëlle Guatelli-Tedeschi: “Le voyage serait alors cela…”; dessins et couverture d’Alain Diot

n° 8, 9, 10 : “Correspondance” 1976-1981
1-oct.-86
Laurence Duval; Préface de Joëlle Guatelli-Tedeschi

n° 11, 12 : “Lettres lunaires” janv.1985-oct.1985
1-avr.-87
Laurence Duval, Préface de Joëlle Guatelli-Tedeschi

n° 13, 14,15 : “Correspondance” 1982-1983
1-juin-88
Laurence Duval

n° 16, 17, 18 : “Correspondance” 1984-1985
1-juin-88
Laurence Duval

n° 19, 20 : Anthologie 1989 des poètes niçois
printemps 1989
Christian Arthaud, Ben, Daniel Biga, Gilbert Casula, Philippe Chartron, Maryline Desbiolles, Jacques Kober, Alain Lambert, Jacques Lepage, Hélène de Maistre, Monique Marta, Jean-Louis Maunoury, Alan Pelhon, Jean-Luc Sauvaigo, Georges Tari, Arnaud Villani, Fabienne Villani; photographies de Roger Thiery

n° 21 : Ancien Temps et autres histoires du Sahara algérien (1946)
automne 1992
Textes et gouaches de Jeanne-Anne-Marie Pointet; note de Monique Marta; préface de Jean-Louis Rouget

n° 22 : Journal (1990-1993)
printemps 1993
Monique Marta; couverture et dessins de Yoko Gunje

Association VOCATIF

Vocatif est une association loi 1901; son but est de “promouvoir la poésie vivante et toute autre forme de création représentative d’une recherche authentique” (article 2 des Statuts).

Pour en faire partie, il faut être agréé par le bureau et régler une cotisation : membres d’honneur: 20 euros, membres actifs: 15 euros.

L’inscription va de septembre à septembre. Elle donne accès aux ateliers d’écriture et à un tarif préférentiel sur le prix de la revue (10 euros au lieu de 12 euros).

Activités diverses, outre les ateliers d’écriture: interventions de poètes ou d’artistes pour lectures de textes ou présentation de leur travail, conférences sur un poète ou un artiste (vivant ou mort), sorties à thèmes.

En projet: monographies de poètes (1 fois/an, en alternance avec la revue), participation au Printemps des Poètes, contact avec les classes pour création de poèmes…

Le siège de l’association Vocatif est chez Monique Marta, 14 rue du Colonel Driant, “Le Jalna” A2, 06100, Nice.

Revue-papier

Bonjour!
Le vernissage du n°30 de VOCATIF, “OMBRE ET LUMIERE” a eu lieu à Nice (06), le dimanche 29 octobre 2017.

On peut commander la revue (12 euros + 3 euros de frais de port) à: “Vocatif” (Monique Marta), 14 rue du Colonel Driant, "Le Jalna"A2, 06100, Nice. Règlement par chèque à l’ordre de “Vocatif”.

Elle est disponible :

Par ailleurs, la revue est consultable à la médiathèque Louis Nucéra (Nice), à la BNF, Paris…

Bien à vous.
Monique Marta

Voir le vernissage : Vernissage oct./2017

LE CORPS

Voir le vernissage : Vernissage mars/2017

LE SYMBOLISME

Voir le vernissage : Vernissage oct/2016

LE SEL SUR LE CORPS

Voir le vernissage : Vernissage avri.2016

Poètes et écrivains bulgares Suivis de poètes d’expression française

Voir le vernissage : Vernissage sept/2015

Numéro spécial Brigitte BROC

Voir le vernissage : Vernissage mars/2015

Le sorbier des oiseaux

La revue est en dépôt à:

Voir le vernissage : Vernissage sept.2014

Là où souffle le vent

La revue est en dépôt à:

Erratum : Dans la composition de la revue, une erreur s’est glissée dans les listes des auteurs. Nous nous excusons auprès du poète Jacquy GIL de l’avoir cité alors que ses textes ne figurent pas dans cette édition. Nous le retrouverons dans la prochaine édition de la revue.

Voir le vernissage : Vernissage avril/14

Les petits cailloux…

Voir le vernissage : Vernissage sept.2013

“Les livres pauvres”

Un « livre pauvre » est une création sur papier, généralement plié en deux ou en accordéon, où le poète écrit un poème, le plus souvent de façon manuscrite, et où l’artiste introduit son illustration (ou enluminure). Le nombre d’exemplaires est limité (maximum six), chacun étant original, numéroté et signé par les intervenants.
Le « livre pauvre » ne passe pas par les circuits traditionnels éditeur-imprimeur-libraire.
La première appellation de « livre pauvre » et la première collection sont nées au Prieuré de Saint-Cosme, et sont le fait de Daniel Leuwers.

Il y avait un oiseau dans le soleil (Jacquy GIL, Monique MARTA)

Il y avait un oiseau dans le soleil (Texte : Jacquy GIL, Peinture : Monique MARTA)

Constellations (Jacquy GIL, Monique MARTA)

Constellations (Texte : Jacquy GIL, Peinture : Monique MARTA)

Le secret (Ghislaine de Lopez, Monique Marta)

Le secret (Texte : Monique Marta, Peinture : Ghislaine de Lopez)
Ferme la fenêtre
Que le vent n’entre pas
porteur de mots
grimés par le voyage

Quand il venait de l’océan
il parlait d’aventure
de terres lointaines
de fortune et de paix

Quand il venait du haut du ciel
il évoquait l’éternité
l’amour qui dure
et caetera

t’enivrait de belles promesses

Ferme la fenêtre
La pendule fait tic-tac au salon
Les meubles sentent bon la cire
Il fait chaud près du feu

Garde en ton cœur
l’oiseau
qui du secret te fut donné

Monique Marta
Nice, le 8 février 2016

Cheval (Fabrice Farre, Monique Marta)

Cheval (Texte : Fabrice Farre, Peinture : Monique Marta)
"Je te promets de dessiner

le meilleur homme: plus

que lui le cheval

dont la courbe animale

luit dans la nuit humaine"

Fabrice Farre

Caresse (France Burghelle Rey, Monique Marta)

Caresse (Poème : France Burghelle Rey, Peinture : Monique Marta)
de l’étymologie du passé

je soustrais le vrai sens des choses

rond et chaud

caresse sur la plage d’un galet

et entre mes doigts

coule du sable

je compte mon temps

les moments de ma vie

main salée que je lave

je salue l’avenir qui pointe

France Burghelle Rey

Seul dehors gémit (Patrick Lepetit, Monique Marta)

Seul dehors gémit (Texte : Patrick Lepetit, Peinture : Monique Marta)
Suivre la voie de la grêle ou celle de l’obscur
avec la beauté fatale et vaine du funambule,
taillé à la hache dans le bois des bûchers,
souriant à travers les abandons.
Le texte piège les lumières du monde fermé,
l’âme de l’eau aux teintes étirées,
le sang de la mer incertaine, flaque écarlate,
théâtres de cataclysmes et de cruautés.
Ultime fantaisie, la belle figure du désastre
resplendit rose, rouge passion, virginité enclose.
La ronce perce les terrasses, l’obscénité des trophées étreint,
la silhouette se définit dans l’éclaboussement du jour,
danse macabre et mystères tracés sur l’os à la pointe sèche,
plein feu sur la bouche, cette vérité terrible.
Seul dehors gémitr

Patrick Lepetit

PLUS VASTE, LE CIEL (Brigitte BROC - Monique MARTA)

PLUS VASTE, LE CIEL (Texte : Brigitte BROC, Peinture : Monique MARTA)
Brassées de sèves
effilochées.

Dans les remous de l’air
s’effacent les voix douloureuses.

On perçoit la trame du poème
s’écarquiller d’écume,
battre de tout son sang
aux tempes du monde.

A serrer contre soi
tous les mots,
toutes les flammes,
tous les visages,
les mains se dépouillent
et deviennent goélands.

Eloge aux gestes fertiles,
à la clarté du vent.

Des couleurs en prière
jaillit un nouveau cœur

Brigitte Broc

« PRESQUE NUIT » (Lise Mathieu, Monique Marta)

« PRESQUE NUIT » (Texte : Lise Mathieu, Peinture : Monique Marta)
Les flaques et les rigoles luisent déjà d’un reflet d’étoile
Je suis le lit d’un ruisseau sec
Et la gorge en feu
La terre ne me soutient plus
Ni la pluie
Et la nuit tombe tombe
Sans que puisse l’en empêcher
La branche d’une main.
Rose des lèvres
Printemps dans les sources

A moi

Lise Mathieu

L’ARBRE A BONHEUR (Jean Lavoué, Monique Marta)

L’ARBRE A BONHEUR (Texte : Jean Lavoué, Peinture : Monique Marta)
Les filaments de la douleur
Ont forgé dans ton cœur
Le secret de ta vie

Une fête végétale
Les sarments de la joie
Ce fleuve qui t’emporte
Au plus vif des marées
Vers l’ardente saison
Qui le réconcilie !

Tu n’as pas à compter
Pour effeuiller les jours

Ils sont gravés avec ton souffle
Sur l’arbre de tendresse
Dont chaque heure est le fruit

L’arbre à bonheur
C’est celui dont les feuilles
Ondulent avec tes larmes

Tu ne le peins qu’en bleu
Comme s’ouvre le ciel
Comme on attise une flamme

Un feu dont les marées
Gardent à jamais la trace

Sans éteindre la danse
Qui surgit de tes doigts

Jean Lavoué

ENTRE DEUX OMBRES… (Patrick Lepetit, Monique Marta)

ENTRE DEUX OMBRES… (Texte : Patrick Lepetit, Peinture : Monique Marta)
Entre deux ombres écartelé,
invoquer l’itinérance
en poudre d’escampette,
l’insoutenable lyrisme de l’errance
et son ruban de rêves
choisis autant que dérisoires.
Orchestration de solitudes.
Avancer du côté de l’ouverture,
note bleue où, dans l’intensité,
se jouent les tragédies
et dimension cachée,
petite musique
aux lisières du sommeil

Patrick Lepetit

LA LUMIERE (Patrick Devaux, Monique Marta)

LA LUMIERE (Texte : Patrick Devaux, Peinture : Monique Marta)
le papier blanc
est
une insomnie
qui attend
le poète

quand
il allume
la feuille

tout s’éclaire
dans la nuit

Patrick Devaux

CIEL D’AUTOMNE (Claude Haza, Monique Marta)

CIEL D’AUTOMNE (Texte: Claude Haza, Peinture: Monique Marta)
Ciel d’automne quand volent des rêves de papiers colorés par-dessus tant de couleurs déjà traversant les feuilles les prairies comme fait cette main sortant d’un nuage ou d’une fumée de sarment de vigne peut-être est-elle le signe de bienveillance que vous envoie l’au-delà tout proche de nos préoccupations terrestres au centre d’une ronde poétique où tournent comme des étoiles nos fragments de joie et de drames nos espoirs aussi et le peu de raison qu’il nous reste parfois pour juger du bien et du mal mais ce n’est qu’un passage de grand deuil avant le retour du printemps

Claude Haza

L’oiseau échoué (Ghislaine Lejard, Monique Marta).

L’oiseau échoué (Texte: Ghislaine Lejard, Peinture: Monique Marta)
Nous sommes parfois comme un oiseau venu échouer dans une gare, prisonnier, voulant rejoindre les couleurs du monde, les ailes battant dans le vide, en quête de lumière, de LIBERTE.

Ghislaine Lejard

Comme une danse (Michèle Schneeberger, Monique Marta)

Comme une danse (Texte : Michèle Schneeberger, Peinture : Monique Marta)
Comme une danse
en marge des mots et des vagues
les couleurs du souvenir
ce bleu du regard
parfois fermé
sur des blessures noires
d’insondables douleurs…
Soudain l’envol
au pays des étoiles
ces pas d’enfant
sur le chemin du cœur
ceux qui émeuvent l’oiseau
et voyagent avec l’arc-en-ciel

Michèle Schneeberger

Esprits de lumière (Patrick Lepetit, Monique Marta)

Texte et page 1 de couverture: Monique Marta Peinture intérieure: Patrick Lepetit
Un rien
entr’aperçu
comme un poisson
sautant au ras des flots
Une illusion d’éternité
L’anneau
que l’on se donna
Une comète
filant dans le ciel d’août
L’issue
d’un long périple
dans la nuit des profondeurs
Grotte d’enfance
pour des pirates
et chercheurs d’or
Fil
du voile léger
d’une jeune vierge qui
à l’eau du torrent se baigne

Mot
qui du fond du cachot se crie
Esprit
de lumière aperçue

Monique Marta, le 28 septembre 2015.

Ghislaine Lejard (Collage) / Monique Marta (Texte)

Ghislaine Lejard (Collage) / Monique Marta (Texte)
Vent d’Octobre

Tu marches sur le chemin
avec la boue aux pieds
de tes erreurs passées
le sang de tes victoires

Le ciel a des couleurs d’opale
Ton coeur rougeoie

Les mots que tu oses dire
sont vent d’Octobre
sur la mer qui se lève

L’homme
est un tremblement

Monique Marta

Jean Lavoué (poème) / Mary-Françoise Hachet-de-Salins (images)

Jean Lavoué (poème) / Mary-Françoise Hachet-de-Salins (images)
Fervente Attente

Quand le froid t’enveloppe
Prends du temps pour tes mousses
Soupèse ton écorce
Console les fougères
Proclame un temps de gel
Honore tes lichens
Fais le jeûne du soleil
Eclaire l’horizon
Assouplis ton sommeil
Visite tes amis
Cueille l’or des voisins
Espace les nuages
Sois complice de la pluie
Pactise avec la brume
Sois l’axe de ta vie
Sous les flaques du vent
Plein ciel à travers champs
Fais tinter les étoiles
D’une joie cristalline

Jean Lavoué

Livre unique d’Alain HELISSEN: “L’accident”

Livre unique d’Alain HELISSEN: “L’accident” (10 pages: 16,5 x 24 cm), 4 peintures + 1 collage.
Disparues les images

du choc frontal

annoncé en différé

deux ou trois heures

plus tard en salle

de réanimation.

mon nom je le savais

mais pas ce que je faisais

ici entre des blouses blanches

Indien je me fus nommé

Nez cassé ou Poitrine enfoncée

Ou Crâne Traumatisé ou

Genou Brisé mais

pas pour honorer

quelque bataille non

j’étais victime m’a-t-on dit

d’un ACCIDENT

du type répertorié

« accidentdelaroute »

http://alainhelissen.over-blog.com/2014/12/l-accident-livre-unique-d-alain-helissen.htlml

Corinne LEFORESTIER (encres)/Monique MARTA (poème)

Corinne LEFORESTIER (encres)/Monique MARTA (poème)
La nuit
la tête rêve
et se retourne

s’ancre le temps
aux défilés de la mémoire

moirée
miroite en mille soleils

Minute après minute
s’annoncent aube
et futur
pâles comme l’absence

L’indécision de l’aube
avale
toute lumière

Monique MARTA, 15 novembre 2014

Monique MARTA (poème) et Ghislaine LEJARD (collage)

Livre pauvre de Monique MARTA (poème) et Ghislaine LEJARD (collage)
Un espace de silence
pour les mots de l’intérieur

un espace entre chien et loup
où parler à voix basse
sied mieux
aux jours d’absence

un temps à la schumann
quand la folie n’est pas lointaine

Le temps du coeur
qui se blesse
aux mots de l’intérieur
entre chien et loup
quand l’heure
est au silence

Monique MARTA

Courbes
Alain HELISSEN
Extraits du livre d’artiste “Courbes”, réalisé à la main par Alain Helissen en septembre 2014.
L’ouvrage comporte six photographies de Françoise Bonnel.
L’édition originale comprend 4 exemplaires signés et numérotés de 1/4 à 4/4.
Des variantes formelles entre les 4 exemplaires font de chacun d’eux un livre unique.

Alain HELISSEN : Courbes (extrait 1)
(Extrait 1)

ondulations végétales dans le flou de l’impensé

la ligne des courbes

Alain HELISSEN : Courbes (extrait 2)
(Extrait 2)

ce n’est pas

le chemin c'est au-delà du chemin au-delà même

des parcelles cadastrées

c’est un pays

encore vierge

de tout pied

d’homme

Alain HELISSEN : Courbes (extrait 3)
(Extrait 3)

de si près

s’approcher

pour voir

devenir autre

le champ de la vision et autre peut-être le réel






Liste des auteurs

VOCATIF : Vos textes (2017-18)

Thaïs Andreani : Poème (09/01/18)

Fanny Guillot & Khalid EL Morabethi : Poèmes (31/12/17)

Claire Hurrimbarte : “L’art escobar” (31/05/18)

Mich’Elle Grenier : “Homme debout”, “Miss Nymphéa”’ “Utopia” (02/02/18)

Brice NOVAL : Poèmes (26/09/17)
André PRONE : “ESPOIR DE TOI” (13/09/17)
Gérard PARIS : “Fragments” (Inédits) (07/10/17)

Murielle VANDERPLANCKE : Poèmes (22/11/17)

Laurent FELS : “la dalle, le pavé” (04/08/17)
Mokhtar El AMRAOUI : “Fiat lux et l’ombre fut !”, “Argile des ombres” (04/08/17)
Julien Boutreux & Khalid EL Morabethi : Poèmes en duo (04/08/17)

Jean-Louis BERNARD : Poèmes (11/04/17)
Michel CAPMAL : “Vers quelque part”, “La lumière attend” (11/05/17)
Marie-Josée Christien : “A la lueur du poème”, “Clair-obscur”, “Sources” (11/03/17)
Chantal DANJOU : “Récits du Mort et de ses mues”, “Une aspiration à la lumière” (08/03/17)
Claude HAZA : Sur le thème : Ombre et lumière (11/03/17)
Monique PICARD : “SUR LA PLAGE”, “PAIN BRULE” (13/03/17)
Patrick DEVAUX : Poèmes (21/03/17)
Jean-Claude VILLAIN : Extraits de “Journal de mer et de lumière” (29/03/17)
Jacquy GIL : “Ce matin là…” (19/04/17)
LUCEO : “La mort de pierre” (31/05/17)
Jean-Luc POULIQUEN : “La fille de la lune” (31/05/17)
David NADEAU : “À LA LUEUR DE L’OMBRE” (07/06/17)

Aïcha BASSRY : “Mythologie du corps” (07/01/17)
Cédric LERIBLE & Khalid EL MORABETHI : “Ades mon hibou” (15/02/17)
Bruno GENESTE : “LE CORPS TOUT LE CORPS” (30/12)
Aymen HACEN : “L’ESCALIER D’AUTRUI” (30/12)
Béatrice MACHET : “Corplus”, “ça parle” (07/01/17)
Gaëtan SORTET & Khalid EL MORABETHI : “Alu le chat” (12/01/17)

VOCATIF : Vos textes archives

SOMMAIRE

Période : Automne 2015

Saverio BAFARO : “Poesie del terrore”
Frédéric DECHAUX : “Instant et lassitude (extraits)”
Khalid EL MORABETHI : “Derrière la salle de bain”
Alain HELISSEN : “Tissés métissés”, “Totem pour ma langue”
Marcel MIGOZZI : “Inventaires inachevés”
Aksinia MIHAYLOVA : Poèmes
Denis MORIN : Poèmes
Serge MUSCAT : “Tous les chemins mènent nulle part”
Marc-Louis QUESTIN : “LA DESTRUCTION DU CORPS DES RÊVES”

Voir les textes : Aut. 2015 : A-Z

Période : Eté 2015

France BURGHELLE REY : Poèmes
Patrick DEVAUX : Poèmes
Khalid El MORABETHI : “Absence”
Nicolas GRENIER : “OUT OF MARZAHN”
Patrick LEPETIT : “Phénix”, “Le cri”, “Paysage de la parole nue”
Monique MARTA : “Mer…”, “ENNUI”
Martine MORILLON-CARREAU : Poèmes
Monique PICARD : “Les hommes-fourmis”, “Voiliers de Mai”
Corinne TISSERAND-SIMON : “EN FACE”, “FENETRE 2.0”, “LA FENÊTRE ILLUMINÉE”
Petar VELTCHEV : “Le souffle…”
Jacques VIALLEBESSET : “Entendez-vous”

Voir les textes : Eté 2015 : A-Z

Période : Printemps 2015

Atanas DALTCHEV : “Sonnet métaphysique”
Khalid EL MORABETHI : “Attendre”
Joaquim HOCK : “Galamb Borom” (Extrait)
Monique MARTA : “CONDAMNEE”, “ELLE”
Lise MATHIEU : Poèmes
Romagnola MIROSLAVOVA : “devant l’hospice”,…
Monique PICARD : “UN VOLET CLAQUE”,…
Jean-Claude VILLAIN : “La septième cariatide”
Peyo YAVOROV : Poèmes
Yan Li : “POSSIBILITE DE TALENT”

Voir les textes : Print. 2015 : A-Z

Période : Hiver 2014-2015

Jean-Louis BERNARD : “Ouvert…”
Khalid EL MORABETHI : “A, accent grave”
Ghislaine LEJARD : “Eclats de lumière” (Extraits)
Martin MARINOV : “L’oiseau”
Monique MARTA : “Ni cri ni révolte”, “Petite elle l’est”
Gérard PARIS : “Fragments”
Monique PICARD : “Migrations éoliennes”…
Michèle SCHNEEBERGER : “Le sablier court…”

Voir les textes : Hiv. 2014-15 : A-Z

Période : Automne 2014

Stéphanie ATEN : “Enfant de papier”
Kéva APOSTOLOVA : “А ПОСЛЕ ПОДИР ТОВА? - ET ENSUITE APRES ?”
Claude CAILLEAU : “Petites proses 1”, “Petites proses 2”
Khalid EL MORABETHI : “C’est beau dans la tombe…”
Annick MANBON-LESIMPLE : “Poèmes du jour”, “Souvenirs anciens”
Monique MARTA : “MOI”, “MOI (2)”
Monique MARTA : “SUR LE CHEMIN”, “UN ESPACE DE SILENCE”
Roland NADAUS : “NE MEURS PAS !”, “Poèmes”
Bernard PERROY : Poèmes

Voir les textes : Aut. 2014 : A-Z

Période : Eté 2014

Frédéric DECHAUX : “Les éclats de l’être” (Extraits)
Jean-Pierre DEPETRIS : “Hic et nunc”
Patrick DEVAUX : “La boîte à oiseaux”
KhalidEL MORABETHI : “Au fond”, “Pensée”
Daniel GIRAUD : “Ha ! La bonne Santé !..”
Joëlle GUATELLI-TEDESCHI : “CHAPALA”
Francine LAUGIER : “Francine”
Etienne POIAREZ : “Poèmes”
Jean LAVOUE : “POEMES DEBOUT”, “Poèmes”
Evelyne VIJAYA : “Poèmes”

Voir les textes : Eté 2014 : A-Z

Période : Printemps 2014

Jeanine BAUDE : “Onzains”
Guy BEYNS : Poèmes
Mateo CARDONA : Poèmes
JuLien COMBES : “Le Manège”
Khalid EL MORABETHI : “Nu, devant le miroir”, “Virgule”
Nicolas GRENIER : “Erste Nacht”
Claude HAZA : “Des matins bleutés”
Petja HEINRICH : “Un tigre sur la terrasse”
Monique MARTA : “Suite Mélancolique”

Voir les textes : Print. 2014 : A-Z

Période : Hiver 2013-2014

Bouchra BENJELLOUN : “La langue Mama ou le Retour à la Source” (Extraits)
Sylvette COHEN : “Rouge ardent”
Julien COMBES : “Tradition”
Chantal DANJOU : “Formes”
Frédéric DECHAUX : “Les éclats de l’être” (Extraits)
Rémi DEMARQUET : “Le miracle de Marie ou la fable de la carpe et du lapin”
Patrick JOQUEL : “La tentation de l’infini”

Voir les textes : Hiv. 2013-14 : A-K

Béatrice MACHET-FRANKE : “LETTRE______A MA SŒUR DE LAIT(RE)”
Jules MASSON MOUREY : Poèmes
Odile SCHOENDORFF : “Amours singulières”, etc."
Corinne TISSERAND-SIMON : “Crépuscule”, “Le sourire parisien” et “Colère mauve”
Anne-Marielle WILWERTH : Poèmes

Voir les textes : Hiv. 2013-14 : L-Z

Période : Automne 2013

Anne BERNASCONI : “La porte du temps”, …, “La porte de la maternité”
Brigitte BROC : “A l’angle de la nuit”, …, “L’infini visage”
Frédéric DECHAUX : “Mon gai foutoir” (Extraits)
Rémi DEMARQUET : “Monkey business”
Patrick DEVAUX : “Carnet de chevet” (Suite)
Khalid EL MORABETHI : “A quoi je pense ? …”, …, “Derrière le mur”
Jacquy GIL : “Issue provisoire d’un devenir” (Extraits), “Tel l’essor” (Extraits), Poèmes
Nicolas GRENIER : “Tanka”
Jean-Louis KERANGUEVEN : “deux ou trois orbes concentriques”

Voir les textes : Aut. 2013 : A-K

Annette LELLOUCHE : “Au pied de Gustave” (Extrait)
Marcel MIGOZZI : Poèmes
Martine MORILLON-CARREAU : Poèmes inédits (extraits de POÉCLATS)
Jean-Damien ROUMIEU : “Sous l’arche claire de la nuit”
Anélia VELEVA : “Indices”

Voir les textes : Aut. 2013 : L-Z

Période : Eté 2013

Anne BERNASCONI : “En guise de porte d’entrée”, “La porte du poulailler”, “La porte de la cave”
Julien COMBES : “Le loup de mer”, “Envahissants touristes…”
Roland DAUXOIS : “Vanités et autres crâneries” (Extraits)
Frédéric DECHAUX : “La détermination du solitaire” (Extraits)
Rémy DEMARQUET : “L’île de Pâques est une « île mystérieuse »”
Patrick DEVAUX : “Carnet de chevet”
Fabrice FARRE : “Chuchotements”
Danièle FAUGERAS : “A chaque jour suffit son poème: Voyant le bleu de l’air”

Voir les texte : Eté 2013 : A-K

Monique MARTA : “Jörn”
MISTOPHORIE : “Aldo Manuzio”

Voir les textes : Eté 2013 : L-M

Alan PELHON : “Tu e ieu (Toi et moi)”
Sylvie SALZMANN : “L’incroyable histoire de la Wyspa Milsztajn”
Federica SCIANDIVASCI: “L’albero della vita”
Paul STEIGER : “La toute première fois…”, “Un retard…”
Jérôme VILLEDIEU : “Traînées”, “L’ange”, “Sans titre”

Voir les textes : Eté 2013 : N-Z

Période : Printemps 2013

Olympia ALBERTI : “La Gardienne d’Ombre” (extrait)
Jeanne BASTIDE : “Mémoires de l’île”
Philippe CHARTRON : “Jardin d’hiver”
Jean-Pierre DEPETRIS : “Fermer la peau” (Comme un vol de migrateurs - extrait)
Mariela DREYFUS : “Poisson”
Danièle FAUGERAS : “Éveil aux bruits”
Daniel GIRAUD : “Buvant de l’alcool (TAO YUAN MING)”
Claude HAZA : “Mouvance de la nuit”

Voir les textes : Print. 2013 : A-K

Francine LAUGIER : “Le sanglot”
Hélène de MAISTRE : “La Ratapignata”
Monique MARTA : “Journal” (extraits)
Jean-Louis MAUNOURY : “Entre la vie et la mort”
MISTOPHORIE : “Haïkus”

Voir les textes : Print. 2013 : L-M

Alan PELHON : “Vi devi parlar”
Katy REMY : “Inventer un printemps…”
Jànluc SAUVAIGO : “Babarota song” (extraits)
Khal TORABULLY : “-Fragments pour Lorca -”, “- Un tango pour Naples -”
Jean-Claude VILLAIN : “Faire céder le secret”, “Les anges nus”

Voir les textes : Print. 2013 : N-Z

Période : Hiver 2012-2013

Philippe CHARTRON : “Le couronnement secret” (extrait)
Jean-Pierre DEPETRIS : “Vision”, “L’une après l’autre”
Danièle FAUGERAS : “L’arbre dirait”
Daniel GIRAUD : “In occulto”
Joëlle GUATELLI-TEDESCHI : “Haïkus”
Claude HAZA : “Caraïbes”, “Ko Phi Phi”

Voir les textes : Hiv. 2012-13 : A-K

Francine LAUGIER : “Travail en cours”
Hélène de MAISTRE : “Show me the way”, “Sometimes I miss you so”
Monique MARTA : “Haïkus”
Henri MARTINEAU : “Haïkus”

Voir les textes : Hiv. 2012-13 : L-M

Katy REMY : “Bruits”
Arnaud VILLANI : “Le départ”

Voir les textes : Hiv. 2012-13 : N-Z

Lectures de Patrick DEVAUX

Encore une heure

de Jeanne Champel-Grenier, poèmes, éditions France Libris, 2017


Chez Jeanne Champel-Grenier, tout est mouvance et symbiose dans cette nature au ras du sol, rampante, progressive sans être envahissante : « Toutes les haies cicatrisent de glu leurs baies percluses d’oiseaux ». L’auteur fait vivre, ainsi, un jardin d’ « âmes baignant (= « quelques âmes s’y baignent ») encore calées entre deux pierres ».

Il y a parfois incursion de l’étrangeté évoquant la rêverie ou peut-être des souvenirs de voyage.

Puis, le « zoom » de la poète s’arrête soudainement sur l’image, goutte seule au milieu de l’idée avec cette courte et auditive phrase : « l’instant s’égoutte » (où on « entend » aussi le mot « écoute »).

La grande classe d’évoquer les peintres de la couleur à l’action (plutôt les impressionnistes) fait mouche : « Je devine un petit Renoir doré à la feuille qui attend dans le buisson des roses », image avec la douce sensualité suggérée par « un gant de femme ».

Les détails deviennent vraies enluminures pour faire jaillir les absents d’un mur de lumière.

Recueil empli de délicieuses trouvailles, telle : « il sera temps de compter les graviers de l’allée gardés en otage contre la rançon exorbitante du parfum des lilas ».

Toute une région villageoise est ainsi indirectement évoquée dans le souci du détail autant le jour que surtout la nuit : « Et sonneront une à une les heures de la nuit sidérante d’amplitude » car tout devient prétexte à sincère étonnement à la fois nostalgique et jubilatoire, le côté jardin devenant une sorte de purgatoire entre la réalité et le fantasme, comme une quête de Graal impossible à trouver, le symbole du couple plante-minéral me paraissant très fort, la nuit elle-même devenant cette quête à travers une lumière générée par un souvenir puissant jamais énoncé.

Le texte évolue ensuite en vocation marine où l’heure n’a plus d’importance : « une heure de plus encore et sans fin une heure en plus ». Le mot retourne, travail accompli, à l’infini, à l’Eternité.

Et, certes, une heure, voire quelques suffisantes profondes minutes (réitérées à souhait) à partager la poésie de cette aussi grande amoureuse de jardins à la façon de Monet, n’est pas une heure de perdue.

Patrick Devaux, Janvier 2018

Haute voltige d’une présence sans nom

Pierre SCHROVEN, poèmes, éd l’Arbre à paroles, 2017


L’exergue de Spinoza, en présentation de l’ouvrage, en annonce bien la couleur : il s’agit d’un questionnement.
Notre époque nous fait tellement tourner en bourrique dans notre propre vie que certains finissent par se demander si leur vie est la « bonne » : « N’être rien. Pour n’être plus que jaillissement pur. Incarnation d’une vie qui ne sait plus où vont ses yeux ose ne pas savoir », nous dit l’auteur.
Est-on sûr de vivre la « bonne » vie ? Le texte a été écrit comme de l’encens (en bâtonnets) qui brûle : la cendre est progressive, inéluctable, mais il subsiste ce faible rayonnement de lueur excessivement chaude qui consume et, comme le temps, nous grignote.
Avec l’incandescence des grandes passions, il y a ainsi une certaine angoisse à se laisser consumer puisque « près du corps tout est furtif ».
Un peintre innovant, Hermann Amann sert de liant à cette œuvre stimulante et se voulant en perpétuelle recherche. Le poète serait-il en téléportation de lui-même ? A tenter plusieurs vies en une, autant ne pas se tromper en donnant une chance supplémentaire via cette double vie que constitue l’écriture.
Nous sommes ici très proches de « l’acte manqué » ou qui pourrait l’être mais avec ses conséquences, à l’instar, en roman, du vécu de certains personnages à côté de leur réalité courante que suggèrent certains passages dans l’œuvre de Camus ( cf « l’étranger ») : « C’est la vue qui empêche de voir Ce qu’ici nous sommes Ce qu’est le monde sans nous sans nom ».
Est-on sûr que dans notre vie il y a un pilote dans l’avion ?
Le reflet « papier » de la vie de Schroven est lui, en tout cas, bien vivant, à faire de la « Haute Voltige ».

Patrick Devaux, Décembre 2017

La mort en berne

Denis Emorine, roman, éd 5 Sens, 02/2017


La mort a droit de vie sur nous et ferait, sans doute, l’objet d’une belle élocution. Cette conscience omniprésente de la mort augmente l’adrénaline de vie de ce roman largement autobiographique. Elle devient caresse dans la chevelure de l’aimée. Dominique Valarcher, le héros de cette narration en recherche d’affection motivée par une sorte d’exil à la « Stefan Zweig » rappelle, à bien des égards, « Louis », le personnage principal du grand romancier dans sa nouvelle « Le voyage dans le passé », avec ce sens aigu de l’exclusivité amoureuse et, quelque part, une certaine dose d’autosatisfaction admirative un peu narcissique : « Ce soir-là, en quittant cette jeune fille qui le fascinait, Dominique s’était seulement fait cette réflexion : Je crois qu’elle m’aime puisqu’elle aime ce que j’écris. La mort en berne, l’étudiant avait marché longtemps dans les rues de la ville qu’il identifiait à son amour ».

L’écrivain, admiré d’une jeune étudiante en Français, Nora, se joue, à travers elle, des incarnations, la littérature servant presque d’excuse à une sorte « d’éternel retour » qu’accentue la nostalgie d’une disparue évoquée à travers cette sorte « d’exil » habité par les protagonistes dans les romans des pays de l’Est.

L’écrivain se construit ici sur un amour unique, voire exclusif où l’autre existe essentiellement à travers lui comme l’admirent son éditeur ou l’étudiante en tarif des lettres, les rôles étant d’ailleurs parfois inversés, l’éditeur sollicitant ici le personnage écrivain et non l’inverse, malgré six années passées à ne pas écrire. On devine ici l’intention de l’auteur d’expliquer ce qui peut susciter la motivation, l’inspiration. Un livre d’écriture sur comment la faire accoucher et en même temps soigner ses traumas.

Valarcher, en quête d’identité brisée, rencontrera Nora à la jeunesse admirative qui, quelque part, le dévie d’obsessions morbides : « Sa beauté le subjugua. Il ne la quittait plus des yeux. Nora rougit un peu et détourna les siens. Tout à coup, Dominique pensa qu’il aurait aimé mourir sur cette place, loin de chez lui ».
L’atavisme slave imprégnerait ainsi donc l’œuvre de ce héros attachant en manque perpétuel d’amour à cause d’un secret de famille qui donne l’impression de servir un peu d’excuse.
Le roman esquisse aussi l’amour filial mais surtout cette sorte de jubilation que peut avoir l’écrivain à être reconnu, admiré, voire comme ici adulé par l’éditeur ; cet écrivain excessivement enamouré par une épouse particulièrement compréhensive, voire hors standards.
Les codes sont bousculés, mais on parait rester dans la tradition…
Le personnage principal à qui tout réussit agace par son autosuffisance et est délicieusement pourtant pas du tout sûr de lui. Là encore, on retrouve cette tension psychologique très chère à Stefan Zweig.
Certains passages du roman sont inattendus avec bonheur comme ce moment où l’auteur décrit, à sa manière bien à lui, l’héroïne jouant du piano les seins nus.

Patrick Devaux, Décembre 2017

Leçons de ténèbres

Corinne Hoex, Editions Le Cormier 2017


Rien de plus lumineuse qu’une leçon de ténèbres écrite à la bougie vacillante jusque dans une sorte de présence de Souffle évoquée par des bribes de textes écrits, notamment, en italique.

Corinne remet plusieurs fois son ouvrage sur le métier, la leçon engendrant le pluriel de situations répétitives : « Solitudes. Leçons de solitude. Le dernier souffle éteint le dernier cierge. Ecce hora.

Le miracle est noir ».

Oser entrer dans une église ou un temple avec, à la main, cette sorte de lueur éteinte qui ne demande qu’à vivre – mais entièrement – le miracle de l’Homme relève d’un défi majeur, celui de la rencontre brutale avec notre vacillante condition humaine : « Crépuscules. Solitudes. L’espace est nuit. Il a été livré à la mort ».

On entre de plein pied dans notre condition régulièrement de souffrance, sans duperie aucune où même l’absence d’un crucifix sert à dénoncer : « Caveau transi Humide Crypte basse Eventrée. Cierges fumeux. Crucifix absent ».

Le style bref, avec des phrases-mots voulues parfois très courtes, percutent : « Noir dévorant Affamé Insatiable Noir appelant le Noir ». On n’échappe pas à ce noir tellement envahissant qu’il finit – à l’instar du peintre Soulages – par suggérer la lumière.

Corinne Hoex propose ici, en somme, un quasi rite d’un temple shintoïste « inversé ». En effet, chez les shintoïstes, le blanc prédomine ; par contre cette manière d’appréhender l’idée de l’âme est identique : « Tristis est anima mea. Rien pour percer l’obscurité Sinon ton désir Ton chant Une souffrance. Ta voix aveugle face aux lutrins dorés ».

Comment, avec cette dernière image ne pas se cogner à la lumière, ce que fait Corinne avec une attirance mystique véritable mais qui lui est propre à jouer ainsi (mais joue-t-elle ?) à colin-maillard entre l’ombre, la lumière et les sous-entendus conditionnés aux rites, fussent-ils dans la pénombre, de notre pauvre condition humaine.

Patrick Devaux, Novembre 2017

Fertilité de l’abîme

Denis Emorine, Poèmes, Éd Unicité 2017


Parler d’actualité en évoquant, par la même occasion, le passé (notamment en se servant de références historiques), voilà une partie de tout l’art de cet étonnant recueil d’un écrivain confirmé dans presque tous les genres.

L’auteur se sert, de sensations universelles mais qui pourraient tout autant être très intimes, personnelles : « Je voudrais garder ta voix Tout contre moi A jamais Pour me réchauffer ».

Ce mélange de passé-présent a quelque chose de chimique, un peu comme on parle de la loi de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée », avec toujours l’Amour en « embuscade » : « Je ne sais quoi dire Pour empêcher la nuit de tomber entre nous ».

Les images fortes transcendent une réalité qui ressemble à du rêve ou…au cauchemar… : « Le sang recouvre le monde Je ne distingue plus rien La glycine est morte ».

Quelque chose d’Apollinaire et des « Lettres à Lou » dans les mots de ce poète.

Certains textes semblent être écrits dans un état second, une sorte de transe qui fait danser les mots entre la Vie et la Mort.

Au bord de l’abîme, il y a ce sursaut de fertilité et certains reconnaitront, avec certitude, la force du souvenir : « Sur le mur nu Crevassé de douleur La photo s’étire Elle a beaucoup vieilli Tu voudrais tendre la main Pour t’en emparer et la déchirer Mais ta main tremble ». En effet, aucun geste n’abolit le souvenir ; ce n’est pas possible !

Le déchirement devient alors universel, comme l’Histoire avec un grand H que rappellent les photos endolories avec leur apparence de rendre une douce Eternité à qui de droit.

La clé du recueil se situe sans doute entre la réalité et une sorte d’imaginaire fortuit : « Tous ces pas égarés Et ces gestes oubliés Il a pourtant fallu les imaginer.

Mais je n’avais pas encore tout lu et le recueil va toucher à mon émotion personnelle très directe quand l’auteur évoque « la voix tue Sur le papier du deuil Se taire A jamais Pour traverser la vie renversée », le texte duquel sont issus ces mots étant dédié à « Jacqueline et Paul Van Melle » alors que, lisant Denis, j’avais pensé d’abord à …Kathleen, la fille de Paul.

Je ne ferais que répéter un grand poète majeur en ajoutant : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous ».

Régulièrement l’auteur semble s’adresser à des dieux (ou le seul Dieu ?) arrêtés trop vite dans leur élan salvateur, l’Amour sauvant, in fine, la situation : « Entends-tu dehors le piétinement de la mort ? Nous partirons très loin pour lui échapper Je te jure Sur les mots d’amour que je porte ».

Denis Emorine, guide de l’abîme de la fertilité ? Certes oui, avec dans le dos le peut-être géant souffle d’une poète russe, comme Tsvétaïeva , qui, fantôme jamais nommé, semble jouer du piano entre les lignes accompagnant la solitude du poète dans son phrasé très particulier.

Alors, mysticisme ou évocation d’une expérience personnelle ? Un peu des deux, sans doute avec cette sorte de projection, pour l’auteur, d’un autre lui-même réincarnant la poésie et son essence même à travers la tragédie en spirales continues des « condamnés » de l’écriture…

Patrick Devaux, Novembre 2017

Le mors au cœur

Isabelle Poncet-Rimaud, éd du Cygne 2013 (Poèmes)


On pourrait dire : livre déclencheur de mots secoués de vie car ce livre est un chaos intérieur appuyé sur des mots extérieurs ; on se sent réparé d’abîmes vécus, et ce, dès presque la première page : « faut-il être puits à descendre jusqu’à la caresse de l’eau pour que s’animent toutes les présences enfouies ? » … C’est qu’une vie déjà fort active d’écriture est passée par là.

La poète Isabelle Poncet-Rimaud , à l’instar de quelques rares autres comme Guillevic ou Anne-Marielle Wilwerth, fouillant dans les mémoires, ramène à la pointe du stylo un vocable inattendu pour la situation ou l’évocation suggérée : «Là-bas, tout là-bas, le temps rouillé doucement tangue. De sa nacelle, il évente le printemps, frotte le goût des poires au tablier des mémoires ».

Le temps, obsessionnel, fonctionne alors comme un vieux moulin à café où la Vie sert de brassin.

Isabelle n’y broie pas que du noir, mêlant le rose des mots pour, à travers le breuvage de ceux-ci, se donner le goût d’une blessure qui, si elle parait sous-entendue, se veut effective : « La cape de parole dissimule la plaie vive qui la saigne depuis l’enfance de ses jours ».

Subsiste une échappatoire, tel un appel d’air : « Rien qu’une fenêtre ouverte et tes pas trouveront la force de franchir la porte ».

La deuxième partie du recueil « à mon père » est une vibrante image de l’amour filial : l’homme mourant est ainsi restitué dans toute sa belle vitalité et sa lutte à se restituer à lui-même ; c’est talentueux et magnifiquement dit : « Mais ton rire cerne encore le portrait du vieil homme et rend légère la décadence ».

Chaque mot de ce livre est choisi en équilibre sur la vie. Isabelle est une funambule ; les chaussons de ses mots glissent avec une belle douceur sur le fil de l’Eternité.

Patrick Devaux, Octobre 2017

Fulgurances

d'André Prone, éd Le Luy de France, 2011 (Poésie Ecolivres)


Lire André Prone, ce n’est pas entrer en poésie ; non plus en prose ; c’est entrer en vibration.

Cet auteur à vocations multiples, humaines, scientifiques et intercontinentales étonne autant qu’il émeut par la force de ses évocations : « tout s’ébroue aux nuances inconnues des senteurs naufragées ».

Avec un vocabulaire choisi mais cependant accessible, cet auteur agit, en effet, par vibrations autant sonores que visuelles, arrivant à mêler l’humain à son environnement au point de faire croire qu’il parle tantôt de l’un (ou plus souvent de l’une), tantôt de l’autre.

André Prone vit avec une ville en lui ; avec aussi une femme en lui. Il observe, se délecte de ce sens aigu de l’observation qui lui permet de tout dire, sans duperie aucune, mais se laissant aller à des émotions comme récupérées juste à temps avant de tomber en émoi : « ma confusion était telle Que sans le baume odoriférant d’un jasmin J’eusse vraiment succombé ».

Ses émotions, apparemment confuses, sont, au contraire, d’une magnifique précision, notamment quand il est à l’écoute d’une culture qui n’est, à priori, pas la sienne : « Il ne s’agissait pas d’une exaltation, mais d’une quête assez pure Pour m’obséder en compositions Mentales et affectives ».

André Prone n’agit pas non plus en pur esprit puisqu’ « un amour quel qu’il soit Fleurit toujours Sous l’angle absolu d’un baiser ».

Passionné par la Thaïlande où l’auteur travaille régulièrement, il se met au rythme de ce pays enchanteur à plus d’un titre.

Auteur aussi de « Bangkok, capitale des apparences », un autre ouvrage, sa poésie s’est façonnée à cette manière particulière d’être où les habitants et la ville font partie d’un même signe qui les habite tellement qu’on ne peut rien séparer de ce qui les a construits.

Et c’est encore autre chose que d’évoquer, par exemple, le bouddhisme, ce que je fais ici, mais qu’André Prone suggère finalement très peu se mettant plutôt en admiration de la démarche d’autrui et plus particulièrement de la femme qu’il aime la protégeant presque, mais, avec en même temps, une sorte d’éloignement tant il est vrai qu’une autre civilisation ne peut inspirer – et André l’a non seulement bien compris mais génialement exprimé – que respect, observation et donc une certaine réserve.

Cette réserve fait de lui le réalisateur principal de son film d’écriture que lui inspire le scénario de cet amour particulier donnant à l’ambiance une sorte d’érotisme contenu : « sourire comme sorti d’un jadis Accroché à des grappes de filles Yeux noirs Caressants Enjôleurs Coulant à mes côtés Vivant à mes regards Comme un éclat de miroir répétant l’infini ».

Cet éveilleur de sens, insomniaque de mots, est, pour ce qui me concerne, une révélation.

A découvrir ou mieux connaitre, selon ses désirs.

Patrick Devaux, Août 2017

Opuscule des chuchotements

Laurent Bayart (Prix d’Edition poétique de la Ville de Dijon 2017),

Éd Les poètes de l’Amitié


Comment ne pas songer à Prévert en lisant « Opuscule des chuchotements » de Laurent Bayart avec ce recueil de poésie valorisé par le « Prix d’édition poétique de la Ville de Dijon 2017 » ?

Laurent, en effet, se veut accessible et populaire dans le sens premier du terme avec la ferme intention d’être, avant tout, compris puisqu’ « (Et) à la fin de nos existences Nous pouvons y déchiffrer dans l’indicible boîte noire De nos conversations Les paraboles de notre amour Gravées à jamais dans la mémoire ».

Cette poésie d’une certaine perpétuité avance sans bruit « l’idée étant préconçue avant terme ».

Les mots se font tantôt poésie, tantôt aphorismes, tantôt philosophie suivant ainsi cette Humanité entière qui nous occupe et dont ils sont le reflet.

Même si ce n’est pas tout à fait avec le bruit de l’œuf dur sur le comptoir en zinc pour le partager, il y a là quelque chose du tréfonds des communications auditives et orales chères aux générations qui nous ont précédés à la table des mots.

On chuchote certes un peu mais on parle tout de même beaucoup même s’il s’agit parfois du silence qui fait, lui, figure d’«opuscule » amenant de la sérénité profonde dans un humour très modéré : « Les mots vagabonds Sont rentrés à la maison (raison) Le livre s’est refermé L’écrivain tel un marque-page S’est échappé ».

Prix d’édition largement mérité des savants dosages énoncés à travers cette marche des mots ressentie – et ce n’est pas un hasard – avec des semelles de vent s’imprimant avec toute la délicatesse du chuchotement.

Emmagasinant des mots pour qui veut le suivre, Laurent s’en va « creuser un trou dans son silence Et attendre qu’on le recouvre d’une parole ».

Les lieux communs sont repris de façon originale pour ne pas dire originelle quand l’Adam des origines retrouve son Eve : « J’aime le silence Lorsqu’il parle de toi Ta voix chuchote En moi Et psalmodie Le cantique de ton corps ».

Les gestes des plaisirs rejoignent, une fois encore, Prévert (même si ce dernier était plutôt citadin) : « Je déambule entre les allées Pompier-jardinier Qui veut éteindre Le brasier de la soif ».

« Homme le plus heureux de l’instant », certes Laurent l’est sûrement. Et il partage, avec ravissement, ce plaisir très étendu d’intelligence avec ses potentiels lecteurs.

Patrick Devaux, Août 2017

Une enfance heureuse

de Jean-Michel Aubevert, éd Le Coudrier, mars 2017


Un monde d’enfance idéalise celui qui aurait dû subsister, plus tard, dans le monde adulte du poète.

Les souvenirs très précis renvoient à la sublimation des images. Le poète était-il déjà poète enfant ou alors tous les poètes naissent-ils enfants ?

Il en va ainsi aussi de l’enfance du monde croisée avec celle de l’auteur : paysages à la Virgile où s’endorment dans leurs hamacs tressés de fleurs autant de Parques à souvenirs.

Passant du vert champêtre à la mer bleue des coups de ressacs poétiques reçus, on songe à la fois à Proust pour les madeleines et à Chateaubriand pour les superbes évocations marines : « Mais balivernes ! Jules Vernes ne nous en conta pas moins, avança la pieuvre pour preuve de l’existence des mers. Il faudrait au bathyscaphe ériger un cénotaphe, au capitaine Nemo, assigner l’épitaphe d’un éponyme d’un hublot, percer les flots ».

Le raccourci d’images serrées sur des idées différentes donne du « punch » au texte où parfois quatre mots suffisent à déclencher un processus à se souvenir : « Tout Noël m’était séquoia » redimensionne ainsi l’idée principale du modeste sapin pour en faire quelque chose de grand et l’auteur fait cela tout le temps de son texte.

Les idées sont gouleyantes, voire suaves : « aux branches des cerisiers, je croyais me balancer à des hanches ».

Outre la force de l’idée, il y a également la substance littéraire avec de nombreuses allitérations totales ou partielles déplaçant autant d’idées sur autant d’images, ce côté mouvementé me faisant penser à Rimbaud ou Germain Nouveau.

Pour beaucoup, cette enfance n’existant que par évocations, l’auteur a bien conscience des charmes de la sienne.

Le paysage, partout, sert d’aveu à la parole : « Il (le ciel) est sur l’épaule d’un saule, la consolation où se délient les cheveux en aveu ».

Cette enfance écrite au passé a cependant les idées permanentes conjuguées : « La mer sans cesse lustre son lit, au gré de la lune, du soleil et du vent, borde et déborde l’estran ».

« Une enfance heureuse » en appelle à la Nature évoquée en autant de phrases souvent poétiques parmi lesquelles certaines font tout à fait mouche : « J’étais de l’eau du mortier que gâche l’hirondelle sous la corniche, salive de vive voix », l’auteur harmonisant toutes les possibilités de sa conscience écologique.

Passant de l’arbre à l’oiseau, l’esprit de Jean-Michel y étant entraîné, ne lui pose aucun problème de façonner ainsi tout le texte en alternances d’idées prises parfois en vol à angle droit sans qu’aucune d’elles ne se cogne aux vitres ouvertes aux bons endroits aux moments corrects.

Cette enfance merveilleuse se sert ainsi d’images universelles pour susciter une idée totalement différente car « il n’est pas mort, ce que répare l’amour, couché d’herbe tendre au verbe d’un ventre ».

Sans doute faut-il, en partie, comprendre le texte comme un partage du temps. L’auteur nous laisse le choix de Dieu « à moins que Dieu ne soit honteux, à moins que ce ne soit une erreur de la Création que le vivant ».

Les tragédies de l’actualité ne laisseront pas non plus cette enfance indifférente quoique nous sommes la première génération à avoir la vue augmentée par les médias car « enfance ne veut pas dire enfance innocente ou immature ».

L’ «enfance heureuse » appelle-t-elle à une philosophie de vie ? Sans aucun doute ; en tout cas la valorise : « En regard de l’éternité, ainsi que l’arguait Pascal, le monde de nos vies tient en une seconde si ridiculeusement courte qu’on ne saurait se formaliser de l’abréger ».

La quête et l’interrogation spirituelles s’annoncent à mesure de l’évolution de cette évocation très philosophique de ce qui, au fur et à mesure, semble devenir l’enfance du monde en jouissant des permanences de son âge adulte avec Rimbaud pour référence heurtant la porte enfoncée d’une Eternité ouverte surtout dans l’organisation du Vivant car « tout chemin construit le marcheur ».

Sans doute existe-t-il un langage « à la Aubevert » aussi précis intelligemment bavard et référentiel d’une culture générale hors norme pour ce philosophe plutôt introverti, je crois, dans la vie « pratique » car « il se dit qu’en tout cœur, un coudrier pousse ».

Cette écriture proche de la Nature et assez vindicative pour elle fait penser au livre « les larmes du tigre » de Barjavel, avec cette même approche d’appréhender les sensibilités, notamment florales.

L’enfance serait-elle donc « cotylédonaire » de la Poésie, ce superbe et rare adjectif qu’utilise l’auteur parmi bien d’autres.

Ce livre n’est pas un livre mais un mémoire de tout ce qui fait ce poète en prose.

Les aquarelles de Michel VandenBogaerde accompagnent, avec une certaine lucidité lumineuse, ce livre exigeant construit sur une silencieuse table de travail qu’on image gigantesque.

Lire le livre 3 nuits d’affilée me permet de mieux comprendre ce poète aux comportements parfois épris de silence et d’introversion « sûr du bon droit de son sang, de l’élection de son Ame au concert des esprits ».

Si « le temps est une barque chargée d’âges », la vie durant le poète se posera cependant la question de tout un chacun : « Qui suis-je ? Que sommes-nous ? ».

Patrick Devaux, Avril 2017

Le square

de Marguerite DURAS, éd folio


Une femme, jeune, se pose des questions sur un avenir – banal – qu’elle devine et accepte comme déterminé.

Dans un square, elle fait la rencontre d’un homme mûr qui engage la conversation.

Plusieurs dialogues s’en suivent, chacun restant un peu sur ses arguments. L’homme d’expérience de vie tentera de changer non le cours du destin de la jeune femme mais sa manière d’engager l’avenir : « Mademoiselle, vous pourriez peut-être changer de famille, en choisir une où il n’y aurait pas de gens si vieux, où il y aurait des avantages, je veux dire des avantages relatifs, bien sûr ».

Le ton usité entre les protagonistes est poli et respectueux de part et d’autre, sans doute la volonté de Duras de susciter l’écoute, de précipiter de vrais dialogues.

Cet immense auteur respecté de tous est, il est vrai, une championne du dialogue se servant d’émotions retenues pour créer sa propre ambiance qu’on reconnait entre mille.

Son esprit « scénario » fait encore mouche dans ce livre à la fois étonnant mais prévisible dans ce qu’elle sait faire pour qui a lu d’autres de ses immenses chef- d’œuvre , comme par exemple « l’après-midi de Monsieur Andesmas ».

Sa jeune héroïne a le rêve – cher à Duras – et à bien d’autres de faire la rencontre de sa vie. Elle croit en ses objectifs. L’homme rencontré dans le square, qui a tout de même ses propres hésitations pour ce qui le concerne (sa vie passée), tente, à plusieurs reprises de la rassurer sur le non-déterminisme du destin : « Vous l’apprendrez plus tard, Mademoiselle. Il y a des gens comme ça qui ont tellement de plaisir à vivre qu’ils ne peuvent se passer d’espérer ». C’est une des phrases clés de ce roman ; peut-être même une des plus belles de Duras…

On connait bien d’elle « l’Amant » ou « Hiroshima mon amour » interprétés au cinéma.

Lisez le reste. J’ai plaisir à lire son œuvre, notamment quand je vais en Asie, son « pays » de cœur avec aussi la France, bien sûr… Elle reste, pour qui aime la Littérature, une romancière de référence.

Patrick Devaux, Mars 2017

Avec le temps

de Claude Cailleau, éd Le Pré de la Roche, 2007 (Poème, 113 pages)

Accompagnement graphique de Marie-Thérèse Mekhali


Il y a des absences qui en disent long sur la présence.

Les présences sont en nous malgré le temps chapardeur. Le temps qui passe à côté de nous serait-il une ombre incompréhensible et improbable à comprendre ?

Claude Cailleau se sert, en poète confirmé, de la lumière pour tenter d’y voir plus clair.

Dès la dédicace (non déterminée, sans doute pour susciter l’ouverture, une des idées de ce recueil touchant de la pointe de la plume plusieurs mondes) « il pleut sur la neige de vivre ».

On devine la lutte inégale, imparable.

Les souvenirs, depuis l’enfance, motivent le propos : « la chambre écoute les oreilles du monde réunies sous le même toit ».

L’aube répétée, attendue avec impatience, s’ouvre aux rideaux de la vie comme « le rêve en marche dans le sillon des italiques » et surtout dans la précision du vocabulaire où « le poète a ouvert des voies de connaissance ».

Eternelle voyageuse, l’écriture passe d’un monde à l’autre, écumant les déserts et dénouant autant de vagues.

Pour donner l’épaisseur de la pérennité à son propos, Claude inclut dans la démarche de grandes plumes invitées entre ses guillemets ; ses choix éclectiques ciblent ainsi une dizaine de créateurs du passé, citant Jacques Brel ou Reverdy (que l’auteur connait plus particulièrement, lui ayant consacré une étude).

Et toute une vie remonte ainsi au cœur : l’enfance, l’amour, les souvenirs : « Madame je suivais vos pas ensevelis trace de l’être dans la vague. La musique susurre encore à mon oreille son étrange mélodie de sel perdue dans les embruns du temps ».

Long poème écrit en « teste amour » comme on parlerait d’un testament aux souvenirs : « Arriverai-je à mettre de l’ordre dans mes mots ? ».

Ce « rêve étrange et pénétrant » cité par l’auteur en rappelant Verlaine en page 27 reflète parfaitement cette réflexion d’insérer la poésie dans le quotidien et son rappel dans le roulis des mémoires.

C’est bien là un travail assidu qu’a mis plus de 3 ans à écrire l’auteur de ce qu’on pourrait appeler une épopée poétique à l’instar de la célèbre d’Homère, sinon que, à travers, notamment ses références poétiques, c’est la poésie elle-même qui, à travers aussi la biographie de l’auteur, se confond dans ses propres mythes de temps, de lieu et même d’action, le souvenir suscitant la réflexion en boucle : « Elle était là dans la lumière de la pluie vivante oui. Et chaque fois qu’il pleut cette image revient comme une présence insatisfaite ».

« Le poète a glissé dans son livre un message. Heureux celui qui peut lire au-delà des mots » : voilà bien là l’intention de Claude qui se sert du poète pour révéler l’homme et, au-delà de lui-même, toute une époque.

L’esprit d’ouverture a cette permanence des « êtres de papier qui parlent si bien » puisque « enfants nous semions des cailloux pour les retours sur nos routes futures ».

Subsiste cette grande ouverture aux autres, observer les passants ou la mer, les arbres ou les oiseaux parce que « dans la pénombre de la mémoire il reste toujours un chemin à prendre ».

Patrick Devaux, Janvier 2017

Lectures parallèles

Sans fin sera la quête

de Colette Gibelin, Editions Sac à mots, 2016


L’aquarelle de Françoise Rohmer sur laquelle s’ouvre le recueil nous plonge dans la quête, la trouée entre ses longues tiges jaunes et bleues faisant avancer le lecteur jusqu’à un ciel pâle et dégagé qui ne semble que l’exacte perspective du désir, de la liberté, d’un « horizon » confondu de « rêve ». La déclinaison même du jaune interpelle. Il est habité de nuances ou plutôt de porosité aux autres couleurs, de matière, de verticalité comme d’horizontalité. Et cela témoigne de ces « terres brunes / entêtées d’absolu » comme de leur « lent songe végétal » où ce qui advient quitte la figuration pour le champ imaginaire, pour les traits, les traces, les taches. Ce qui est ainsi donné à voir, est-il déjà « miroitement », dans cet état transitoire – fragile ! – du réel décomposé-recomposé ? Le mouvement, que ce soit dans l’œuvre du peintre ou dans le texte du poète, bouscule sans cesse les contours : rien ne dort sans sursaut, rien n’est étale sans surgissement. Cette forêt jaune, peu à peu, (se) transforme, ses longs fûts dépassant leur nature végétale pour devenir des faisceaux de lumière dont les hampes bleues pourraient représenter les ombres. Le paysage des artistes révèle à tout « promeneur » entre les lignes qu’il est possible de voir autrement, peut-être, à l’instar de l’auteur, à « [déchirer] l’espace ».

Il y a dans ce recueil une volatilité comme si les mots, à peine posés sur la page, s’élevaient, réitérés dans les feuillets suivants, cherchant à circonscrire un monde qui échappe à la transcription, du moins à l’idée d’achèvement. Le jour n’advient que par touches, par « Fragments de lumière » ; il pose « sans fin » la double question de notre présence au monde et des sédiments du monde en nous, de cet espoir un peu fou d’un « centre inaltérable / par lequel nous pourrions à notre tour / envahir l’univers. » Ce qui frappe d’ailleurs, dès le poème liminaire, c’est le nombre de verbes, à la fois leur aspiration à la beauté, leur agitation, leur hésitation aussi : lequel rendrait le mieux la création – poétique - du monde, « scintille », « tremble », « module », « éparpillent », « tourne », « fait vibrer », « bouscule » ? La pluralité des perceptions qu’ils convoquent, les processus de mise en forme qu’ils envisagent, tout souligne effectivement non un état définitif mais la permanence de la quête. Il n’est alors pas étonnant qu’une incessante sensation de vertige gagne le lecteur, l’amène au cœur tremblant de la recherche. Si la vie est tutoyée, aimée, étonnante – « tu surgis dans l’éclair » - elle est tout autant, et il faut noter la puissance évocatrice de l’attribut qui tente de la définir, « fissure », portant à l’inquiétude. Incessamment, quelque chose creuse une brèche dans les lieux, lézarde le langage, des vers brefs et nominaux tranchant sur des lignes plus classiques et verbales.

Le travail de Colette Gibelin repose bien de livre en livre la controverse de la lumière : que permet-elle de voir ou qu’aveugle-t-elle ? Comment oriente-t-elle le poème ? Le poète culbuterait-il le tableau, s’interrogeant sur ce qu’il cache et qu’il lui faut à son tour découvrir ? Qu’y a-t-il au fond, en-dessous, quel autre événement de lumière, quelle « autre incandescence » dont il faut subir l’initiation ? « De quel voyage sommes-nous ? » interroge enfin l’auteur. Que découvrons-nous au retour pourrait être l’ultime question, à laquelle répond le dernier texte : « Un cri », celui qui commence, termine, reprend, comme contre-chant du poème, qui nourrit le texte d’un « oh vivre ! » élancé tel le roseau luxuriant du dessin.

Chantal Danjou, mars 2017

ARAGON
L’INSOMNIE D’AIMER

Comment parler d’Aragon sans être directement interpellé au plus profond de nous-mêmes? Laissant délibérément de côté son engagement politique, nous plongerons dans La mise à mort un regard profond. Comment pourrait-il en être autrement? Profondeur du miroir; thème depuis longtemps abordé par bon nombre d’écrivains et d’artistes en général et qui conserve encore toute sa fraîcheur d’actualité depuis la littérature et la peinture en passant par la psychanalyse et l’autoréférence en mathématiques. Lettre d’amour aussi, comme le dit lui-même Aragon. « Une longue, une interminable lettre d’amour… » Vision déchirée du réel auquel on ne peut se soustraire. Car « le monde réel, vous avez beau le tourner dans tous les sens, c’est encore le monde réel .».
Ouvrage foisonnant que celui de La mise à mort. Kaléidoscope de l’écriture au travers duquel Aragon nous parle de « l’insomnie d’aimer .» Un instant d’admiration devant le génie et la sensibilité de l’écrivain et du poète. Ecoutons ce bref passage révélateur de l’amour qu’il porte envers sa femme au travers de ce roman: « Qui aime vraiment d’amour est humilié devant la femme, comme le sont devant leur Dieu ceux qui ont inventé l’amour divin. Qui aime vraiment d’amour, de cet amour qui n’est à la merci ni du temps, ni de l’absence, il mesure sans cesse à l’éclat de la femme son obscurité, sa grossièreté de corps et d’âme, car aimer c’est être blessé par ce qu’on aime, avec une singulière ivresse de l’être sans doute, mais blessé comme est l’infirme par la force, comme l’aveugle d’entendre parler de la lumière, aimer c’est éprouver sa hideur devant la beauté, ses limites devant l’illimité. »
Écriture brouillée, dans laquelle l’auteur soulève une question restée jusqu’alors sans réponse: qu’est-ce que l’amour? Est-elle capable, la psychanalyse, de répondre avec pertinence à cette question restée jusqu’alors sans réponse? Je ne le pense guère.
Aragon donc… Mise à mort d’une facette de « l’homme dédoublé, dé-triplé » dans lequel « il n’y a pas d’incarnation du Bien qui ne contienne un certain pourcentage de Mal, et réciproquement.» Dualité, multiplicité de l’être baigné dans un torrent de symboles disparates qui s’affrontent sous le ciel des contradictions.
La production abondante et foisonnante d’Aragon témoigne du « trou noir » que constitue la littérature. Gouffre dans lequel est aspiré l’homme qui pour la toute première fois prend un stylo pour tenter d’exprimer l’indicible. Et c’est avec ce dévouement et cette fidélité exemplaires envers sa femme que l’auteur de La mise à mort fait de la littérature un art supérieur tout autant qu’un catalyseur propre à déclencher « l’action ». Virulence et délicatesse de cet homme qui au travers du personnage de Fougère écrit une lettre d’amour interminable à sa femme. Comment ne pas être pris d’admiration et d’émotion devant la profondeur et cette confiance fidèle qu’Aragon porte à l’égard de son épouse.
De ce fait, le couple Aragon/Elsa est devenu le mythe de l’amour idéal, dans la lignée de la morale chrétienne. Mais l’amour vrai doit-il s’encombrer de la morale chrétienne? Aimer d’amour est peut être plus le fait d’être lié par un désir inépuisable à l’être aimé plutôt que de s’accrocher à la béquille de toute morale. La morale procède par la censure - comme l’a montré Freud(1). L’amour procède par « la liberté de se confier », dans la tiédeur d’une confiance réciproque et complice entre deux êtres sans l’intermédiaire d’un tiers quelconque servant de confesseur.
La mise à mort est aussi « un univers privé d’un sens global(2), où tous les événements sont d’une égale importance. Car aucune structure de signification n’est assez puissante pour pouvoir réunir tous les fragments de sens en un seul système.» Ouvrage déroutant par les niveaux multiples de narration où les situations et les réflexions des personnages s’enchaînent de manière presque chaotique et non de façon linéaire. Il ne me semble pas qu’au travers de son écriture, Aragon prétende au réalisme. Loin de moi, même, cette idée. Aragon en parle dans La mise à mort lorsque Michel dit: « (…) on écrit les faits comme on les voit, puis ils changent de sens; avec le commentaire de ce qui suit, la vérité devient impubliable, c’est une des grandes servitudes, une des grandes difficultés du réalisme, c’est où on touche ses limites (…) le sort du réalisme, c’est toujours qu’on y pratique des coupes… ». Comment pourrait-il en être autrement? Ecrire, c’est choisir et donc dénaturer, amputer ce qui est, ce qui est que l’on voudrait exprimer, toujours dans une tentative inachevée.

Tout au long du roman nous assistons à la problématique de l'accumulation d'une multitude de personnalités dans un seul être. Je suis « ils » et ils sont « je ». Philippe Sollers(3), parmi d'autres auteurs, soulève la question lorsqu'il parle d'Artaud. Comment pourrions-nous être nous-mêmes, « puisque nous ne sommes pas comme aurait dit Artaud, sortis en nous? Puisque ce dont il s'agit, c'est d'abord, encore et toujours, de notre différence, de notre non-appartenance à nous-mêmes, autrement dit aussi bien de notre aliénation sociale que de notre liaison sans cesse méconnue à l'inconscient? » Que veulent donc dire les termes de personnage et de personnalité dans la multiplicité que nous propose Aragon dans La mise à mort? A peine pourrions-nous tuer un reflet de nous-mêmes que déjà mille autres en surgiraient. L'unité n'existe pas. Elle n'est qu'un concept commode pour aborder le pluriel et entrevoir le nombre deux - et plus, en procédant à l'addition de un plus un. Juxtaposition perpétuelle que nous voudrions voir se transformer en une unité. De ce fait, toute tentative d'une approche structurale de l'analyse de la personnalité d'un personnage reste une démarche partielle procédant par l'analyse de petites unités significatives mais qui ne nous aident en rien à la compréhension de la globalité. La mise à mort est aussi l'écho des difficultés rencontrées dans la communication. Car écrire, n'est-ce pas communiquer? Et dans cette communication, qu'elle soit amoureuse ou non, ne puisons-nous pas notre identité à partir d'autrui? Et à ce propos, écoutons un bref passage extrait de La nouvelle communication(4) qui pose la problématique de l'écrivain et de ses pathologies liées à l'incompréhension de son génie (la quête de l'infini) dans l'environnement social. Ce passage traite des difficultés rencontrées dans la communication entre parents et enfants: « Quand ces enfants percevaient la colère et l'hostilité d'un des parents, comme ils le faisaient à de multiples occasions, le parent niait immédiatement s'être fâché et insistait pour que l'enfant le niât aussi, de sorte que l'enfant était confronté à ce dilemme: fallait-il croire le parent ou ses propres sens? S'il croyait à sa perception, il gardait un ferme contrôle de la réalité; s'il croyait le parent, il maintenait une relation dont il avait besoin, mais tronquait sa perception de la réalité. » Voilà un type de situation qui mène progressivement à la folie; processus analysé avec pertinence par Laing(5) et qui nous fait percevoir la difficulté d'être à nous-mêmes face à autrui et de façon plus générale dans le social. Car dans beaucoup de situations, être soi tout en étant sociable, revient à se conformer à l'image reflétée par autrui afin de ne pas provoquer des troubles dans la communication. Situation délicate, car celui qui désire être tel qu'il est au fond de lui-même, risque parfois de produire des frictions dans la communication avec autrui, surtout dans le cas d'une communication entre individus totalement différents. Et peut-être est-ce à ce moment là que l'écriture devient réparatrice et salvatrice pour celui qui désire exprimer sa personnalité profonde et multiple. Et n'est-ce pas là un point que nous retrouvons dans La mise à mort, au fil des discussions entre les différents personnages? Descendre au fond de soi pour tenter de se trouver: voilà ce qu'est peut-être l'acte d'écrire. Il ne me semble pas, comme le pense Sartre, que c'est « en choisissant son lecteur que l'écrivain décide de son sujet. » Accepter cette considération, c'est entrer dans le même processus d'aliénation décrit plus haut où, dans un cas comme dans l'autre, l'individu se trouve placé sur la voie du conflit dont la résolution est impossible, même avec l'aide des compromis. Il serait d'ailleurs utile de remarquer que bon nombre d'écrivains de génie se sont trouvés bien souvent dans des situations où il était difficile pour eux de se faire pleinement comprendre dans le processus de communication traditionnel tel qu'il s'élabore au quotidien. Ecrire c'est atteindre une autre parole enfouie au fond de nous-mêmes sans subir les contraintes d'un interlocuteur « déficient. »

Serge MUSCAT, 2015.

1 Cf. S. Freud, Essais de psychanalyse, chapitre: Etat amoureux et hypnose.
2 Cf. R. Barthes, L. Bersani, Ph. Hamon, M. Riffaterre, I. Watt, Littérature et réalité, Paris, Ed. du Seuil.
3 Cf. Philippe Sollers, L’écriture et l’expérience des limites, Ed. du Seuil, 1968.
4 Cf. G. Bateson, R. Birdwhistell, E. Goffman, E. T. Hall, D. Jackson, A. Scheflen, S. Sigman, P. Watzlawick, La nouvelle communication, Ed. du Seuil, 1981.
5 Cf. R. D. Laing, Soi et les autres, Ed. Gallimard, 1971 pour la traduction française.

DEUX LIVRES GRAND FORMAT POUR LE PLAISIR DES YEUX ET DE L’ESPRIT

Editions Bulles de Savon


Pour parler du monde arabe et de l’islam aux enfants, il fallait la plume d’un conteur. François Reynaert, historien, possède cette plume (1). Il la possède pour nous en présenter les éléments les plus marquants, comme de simples anecdotes. Ainsi on apprend que l’empire arabe, au Moyen Age, s’étendit de l’Espagne à l’Inde, jusqu’à ce qu’en 1258 le Mongol, Hulagu Khan, petit-fils de Gengis Khan, y mette un terme, prenant Bagdad et tuant son calife. On apprend aussi que, durant la troisième croisade, Richard Cœur de Lion et Saladin (Salah al din), quoiqu’ennemis, eurent l’un pour l’autre la plus grande estime ; au point que Richard Cœur de Lion pensa donner sa sœur en mariage à son noble ennemi.

Laura Fanelli illustre magnifiquement cet ouvrage très grand format, pour mieux nous faire rêver et nous faire entrer dans cette belle civilisation, où artistes, artisans de génie et savants ne manquèrent pas.


Autre livre très grand format, pour le plaisir des yeux : « Peintres, qui êtes-vous ? », de Jean René, pour le texte, et Marcelino Truong, pour les illustrations.

Une approche sensible et vivante des peintres, de Léonard de Vinci –dont on apprendra qu’il dessinait de la main gauche et peignait de la droite – à Picasso qui, passant par différentes périodes (bleue, rose, cubiste, surréaliste) exprime la vie même.

Au-delà de l’anecdote, présente pourtant (on n’y résiste pas !), Jean René nous permet d’entrer dans le génie des grands peintres, dont Marcelino Truong, avec un réalisme poétique, fait les portraits.


On soulignera la qualité de ces publications et le dynamisme des éditions Bulles de Savon, qui abordent tous les genres avec le même succès : poésie, roman, livre documentaire…

Nous leur souhaitons belle et longue vie.

Monique MARTA, avril 2015

(1) « La grande histoire du monde arabe ».

« Ce que le jour doit à la nuit »

de Yasmina KHADRA, est paru chez Julliard en 2008.


L’histoire de la guerre d’Algérie est vécue à travers les yeux d’un homme, né dans l’Algérie des années 1930 au sein d’une famille sur le déclin. Il est confié à son oncle, socialement plus aisé, musulman marié à une chrétienne, et tous les deux profondément attachés à leurs racines algériennes.

Le parcours initiatique de cet homme mettra sur son chemin des amis. La guerre les conduira à se diviser, puis à se réconcilier. Son destin croisera aussi celui d’une femme, qui jouera un rôle fondamental dans la construction de son être. Mais toute relation humaine nécessite une synchronisation des destinées, tout comme l’amour de deux peuples.

Ce livre nous permet de comprendre la « nostalgérie », le déracinement d’une partie de la population, exilée en France il y a 50 ans. Retour nécessaire sur le passé pour mieux comprendre le présent.

Anne-Laure Guibert, 14 avril 2015

« Dorures légères sur l’estran »

de Patrick DEVAUX, éditions Les Carnets du Dessert de Lune, Bruxelles, 2015


Dès les premières pages du livre, on se dit : « Je connais ces paysages ; je connais ces personnages… » Les lieux, c’est Ostende et sa plage ; son Casino. Les personnages, c’est lui, Sébastien, dont on ne connaît le nom qu’à la page 26 ; elle, c’est Nathalie, dont le nom n’est révélé que fort tard, page 32. Mais déjà l’on a reconnu les protagonistes des « Mouettes d’Ostende », autre roman de Patrick Devaux, paru chez le même éditeur, en 2011.

Les mouettes ? Elles sont omniprésentes dans ce livre, réelles comme celles qui laissent leurs traces de pattes sur l’estran, telles des notes de musique, ou découpées dans du papier –car telle est la principale occupation de notre héroïne, très belle femme aux longues jambes, mannequin, ou qui aurait pu l’être ; « mouette noire qui tombe dans la vie blanche » de cet éternel voyageur qu’est Sébastien.

Les mouettes, comme la mer ; comme la digue ; comme l’estran sont les éléments où évolue Nathalie, qui la caractérisent : « Elle était cette inconnue venue de nulle part, d’une promenade hésitante entre les bancs d’un bord de mer où s’agitent quelques oiseaux blancs. »

Lui, c’est l’Asie ; c’est Bangkok ; les bouddhas dorés… ; ces lieux, ces objets vers lesquels il ne cesse de revenir. Seul.

Car Nathalie ne fait jamais partie du voyage.

Ces longues séparations à répétition sont l’occasion, pour nos personnages, de ressentir le manque ; la jalousie, même, pour Nathalie –car elle sent Bangkok comme une rivale.

« Quand il reviendra, je me déguiserai en bouddha. Ainsi il ne repartira plus. », finit-elle par dire, dans les dernières pages du livre.

Quant à lui, son destin est de demeurer dans « la grande magicienne avaleuse d’âmes aux pouces d’or » : Bangkok, où « il donne à manger aux chiens des rues » et, tout comme Nathalie, se touche la poitrine en disant : « J’ai parfois mal ici »…, la rejoignant ainsi dans son mal être, malgré la distance, malgré le temps. Douleur légère, mais tenace ; fragile, mais bien réelle ; qui n’est pas sans rappeler celle du Petit Prince, de Saint-Exupéry.

Quand on arrive au terme du roman de Patrick Devaux, on aimerait tant que d’autres pages se proposent à notre lecture. Mais l’on sait que ce n’est pas possible. Tout comme Nathalie qui, dans l’avant-dernier chapitre, découpe la dernière lettre de Sébastien avec « une tache dorée de l’empreinte de son pouce » et dit, en tremblant, adieu à son amour.

Tout comme Sébastien, qui a fait de l’errance –et de la folie peut-être- son choix définitif.

« Dorures légères sur l’estran » est un beau roman, où la mélancolie s’allie aux plaisirs des charmes de l’Asie ; où il semble que, même lorsqu’il y a amour, les êtres ont du mal à se connaître réellement –sauf dans la commune expérience de la douleur et du manque. Sauf dans le partage de la poésie.

Monique Marta, 28 mars 2015

« Bleu »

de Corinne COLMANT, Editions Unicité, 2015


Nous avions découvert Corinne Colmant dans son beau roman, « Ni du voyage, ni du paysage » (éditions Unicité, 2013). Nous la retrouvons aujourd’hui avec un livre de nouvelles, « Bleu », où son écriture sobre, lumineuse, nous séduit encore. Lumière de l’écriture, des lieux aussi, parfois (les Caraïbes, la mer de Lybie) ; mais pessimisme des thèmes. Car, s’il est une nouvelle fois question de la difficulté de communication au sein des couples, entre les gens, il est aussi question de folie, de suicides, de meurtres, de viols, d’injustice, de violence. Violence, par exemple, d’une femme, Anita, qui, dans une crise de jalousie, coupe son amant à la machette ; violence de la nature, où les figuiers se font « étrangleurs »(« Casa Amerilla »).

Le couple est souvent évoqué ; mais c’est pour parler d’un mauvais mariage, de violences conjugales, de séparation. La sexualité se vit pauvrement : « Albert a glissé sous moi un énorme oreiller, et m’a dépucelée. J’ai eu très froid en attendant le jour » (« Mariage ») L’homme peut se transformer en ours et la femme en « mérule pleureuse », visqueuse, dévoreuse.

Dans l’avant-dernière nouvelle, « Le goût du Paradis », un personnage est touché par l’amour ; mais il nous semble presque ridicule ; et, dans la dernière nouvelle, « Ravages », c’est la haine et le meurtre qui l’emportent.

Le bleu, alors, c’est celui des barques peintes par Eduardo, de la mer, des volets des maisons de Skyla. Mais ce sont aussi les bleus de l’âme et du corps.

Corinne Colmant cependant manie aussi l’humour : « Le poisson a l’air vivant ! Ses écailles luisent au soleil, et s’accordent parfaitement à mes babouches crème et mon pyjama argenté, aux rayures noires » (« Poisson »)

La nouvelle est un genre difficile ; l’auteure y excelle. On lit le livre avec plaisir et, lorsqu’on le ferme, on a les yeux encore pleins de lumière, la tête assombrie par la présentation d’une humanité qui a du mal à vivre, si peu apte au bonheur –si elle le cherche…

Monique MARTA, 11 mars 2015

UN AMOUREUX DE LA LANGUE : DANIEL LACOTTE


Daniel Lacotte, nous le connaissions pour ses nombreux ouvrages sur la langue française, dont le dernier : « Les mots les plus truculents de la langue française » (Larousse, 2015). Et voilà qu’il nous surprend avec « Etincelles », un album pour la jeunesse (Ed. Bulles de Savon, mars 2015)

Il nous surprend, parce que nous le découvrons poète. Et nous ne sommes pas surpris, car nous le retrouvons dans son amour de la langue, l’art de faire jouer les mots, n’hésitant pas à associer « un orage, déluge » et « une côte, dérive » ; « un comique, dérailleur » et « un col, délasser ». Pour lui, un crayon peut avoir « bonne mine » ou avoir « les traits tirés » ; le poète peut avoir « ses plumes » et « le cormoran son océan » ; le vent, aussi, peut « jouer aux billes ».

L’humour, donc, ne manque pas dans ces poèmes, magnifiquement illustrés par Lola Roig. Mais aussi la fantaisie (« Pour se faire cuire un bon poème/D’abord choisir des mots qu’on aime/Les éplucher, les caresser/Assaisonner et bien ranger »), le rêve, la tendresse (« Les oiseaux et les enfants/Dansent sans peine sous le vent »)…

Un très beau livre donc. A lire et à feuilleter avec plaisir.

Dès 7 ans. Mais pour toute « grande personne » aussi, qui a gardé le goût des mots et la fraîcheur de l’enfance.

Monique MARTA, 7 mars 2015

MédéA copyright suivi de Hallali Guermantes

de SOLIRENNE, Ed.Vincent Rougier


Accompagné de belles gravures de Vincent Rougier-qui narrent la multiplicité de l’être, le désarroi de l’enfance, les reflets et résonances à travers les miroirs-Solirenne nous dresse son théâtre d’ombres entre MédéA copyright et Hallali Guermantes .Ce 34 ° « Pli urgent » narre la mort ,le temps et son échelle, même s’il est constamment en lisière de l’enfance –par ses comptines, par ses rondes. S’appuyant sur la civilisation indienne(Shiva trilogie),sur la mythologie grecque (Les Parques, Eurydice), Solirenne dresse un tableau du destin des petites filles dévorées collectivement par les nations ,par les peuples et assassinée individuellement comme à Guermantes (petite fille de 9 ans trouvée morte).Utilisant un champ lexical très parlant ,Solirenne résume la vie coincée entre le naître et le mourir : »Cesser de vivre, d’exister, d’être

Décéder, succomber , expirer ,disparaitre Périr, partir ,passer, trépasser »

Utilisant l’anaphore fréquemment Solirenne nous assène ses obsessions ,ses thèmes par répétitions, par empilements successifs :la mort, les strates du temps et l’absence ;cette absence exaltée, parquée, superposée : « L’absence de cette petite fille

Calque le temps Son échelle, sa durée Sur une pause Sur une abstraction Sur un espace interdit Sur une abomination »

Mais au-delà de la douleur de la perte d’un être ,il faut-nous dit Solirenne reprendre pied dans la vie par l’automatisation des tâches et regarder ,émerveillé ,la ronde des petites filles innocentes…

Gérard PARIS, Janvier 2015