Hiver 2016-2017 : Auteurs de A à Z

Mythologie du corps

Aïcha BASSRY
Traduction de Driss El Baouchari


Si j’étais née avec un flair de louve,
-comme on m’en a accusée-
et avais prétendu avoir été dévorée par le loup
je n’aurais pas été doublement dévorée.

Si j’avais crié :
‘’Seigneur ! Ces péchés que j’ai commis ne sont pas les miens,
cette vipère-là a brouillé mes désirs’’,
je n’aurais pas été, du même repaire, doublement mordue.

Si j’avais dénoncé Adam,
et l’avais pointé de l’index :
‘’C’est bien ta créature, Seigneur, et c’est lui qui a croqué la pomme’’,
je n’aurais pas été chassée du paradis avec deux saignements :
celui de l’utérus et celui du cœur.

Si j’avais renié moi-même,
si j’avais accouché de moi-même dans le bassin de la tentation,
j’aurais été couronnée reine du royaume d’Eros(1)
et me serais appropriée mon corps.

Si je n’avais pas ôté la feuille du murier
-mon seul pagne-
et l’avais jetée au visage de Satan,
j’aurais été l’arbre du paradis promis.

Si j’étais plus futée et plus vigilante,
je n’aurais pas engendré un homme pour qu’il m’asservisse.


Si j’étais Aton(2), je n’aurais créé que moi-même,
il n’y aurait pas eu de première femme
ni de premier homme,
et de toute éternité, la trahison n’aurait pas existé.

Si j’étais encline à la conspiration
-comme on m’en a fustigée-
j’aurais lacéré du devant la tunique de mon amant,
et on aurait cru mon amour passionné.

Si je m’étais arrêtée au seuil de la mort,
et, avec l’audace de celle qui en revient et s’y rend,
j’avais maudit Hadès(3) et tous ses attributs,
je n’aurais pas été morte entre deux vies.

Alors, étais-je vraiment ‘’moi’’
Quand je m’étais abstenue ?


- 1 Eros est le dieu de l’amour et de la puissance créatrice dans la mythologie grecque.
- 2 Atoum ou Toum est l’un des dieux de la mythologie égyptienne et signifie le parfait. Il naît de façon autogène et vient à l’existence en prenant conscience de lui-même. On le décrit comme androgyne, d’où sa perfection.
- 3 Dieu de la mort chez les Grecs.

Ades mon hibou

Cédric Lerible & Khalid EL Morabethi


Ades mon hibou est en train de répéter le mot << DRAGON >> pour comprendre, pour me comprendre, faut qu’il comprenne ce que c’est, il faut qu’il comprenne ce que j’ai créé, ce que j’ai fait sortir de mes poumons. Les poumons du dragon.

DRAGON

Ades mon hibou sort de mon ventre, c’est un homme, il a un visage, il est beau et il marche comme un hibou, il danse comme un hibou << La danse du hibou >>, je danse le hibou.

HIBOU

Ades mon hibou part toujours à la rivière bleue, pour qu’il se baigne, il n’a jamais eu froid, mon hibou est un vampire.

VAMPIRE

Ades mon hibou fait de drôles de mouvements avec ses mains, ses mouvements sont violents et répétitifs.

RÉPÉTITIFS

Ades mon hibou prend de l’aspirine, la douleur vient de mon ventre, la douleur vient du ventre du dragon, l’aspirine aspire la douleur.

DOULEUR

Ades mon hibou laisse ses cheveux blancs pousser, la vie est grande, il laisse les cheveux pousser tranquillement dans le noir, c’est beau.

BEAU

Ades mon hibou se rase la tête, rien ne change, le dragon bouge, rien ne change, il pleut, rien ne change, il pleut tout le temps, rien ne change, mes mains entourent mon cou, rien ne change, il pleut, mon hibou marche dans la ville, dans la pluie , rien ne change, mon hibou me regarde, il ne fait rien, rien ne change, mes mains font des mouvements violents et répétitifs, rien ne change, mon hibou hurle, rien ne change, il pleut dans le nord, rien ne change, le père du hibou meurt, rien ne change, le hibou choisit un cercueil, rien ne change, je lance des prières, des sorts, rien ne change, il pleut, rien ne change, je rase la tête.

TÊTE

Ades mon hibou a les yeux bleus et tout au fond tant de bras sortent de terre, ils veulent s’accrocher, ils veulent s’approcher, tant de bras sortent des murs, ils parlent entre eux, ils veulent mettre le feu, ils entrent dans le ventre et arrachent ses entrailles, ils entrent dans le ventre et ils l’assaillent, ils l’assassinent encore une fois, personne n’annonce sa mort et le soleil se cache dans le dos du corps.

CORPS

Ades mon hibou voudrait que je meure ** comme une fleur, celle qui ne ressemble à rien, celle qui ressemble à un fantôme dont on sent la présence, dont on entend la voix mais dont on ne comprend pas le sens.

SENS

Ades mon hibou ne comprend rien à rien, il prend le vent pour mon souffle et mon ventre pour une cage. Par sa faute, il m’arrive parfois de régurgiter des boules d’os et de poils.

POILS

Ades mon hibou n’a pas trouvé d’hulotte, il cherche toujours des deux yeux, toutes griffes dehors. Ses nuits blanches m’obsèdent et fourragent mon ventre. Impossible de dormir, attentif au moindre bruit, je me terre et me ronge les ongles, j’attends l’aube pour y voir plus clair. La plupart du temps, j’y renonce car sommeille en moi un prédateur.

PRÉDATEUR

Ades mon hibou ne tient pas debout. Chaque jour, les villageois le placardent sous le linteau de leur porte. Les étrangers de passage dont je fais partie, pensent que c’est une nouvelle religion. En réalité, c’est un appel général.

GÉNÉRAL

Ades mon hibou a la ferveur des nouveau-nés, tout comme leurs cris. Dans mon ventre j’entends le cri de tous les nouveau-nés mais ce n’est que mon hibou hirsute qui m’a pris pour son arbre. Lorsqu’il s’y pose, je hoquète et la terreur s’installe, c’est le début interminable d’une veille sans fin. Je ne reconnais plus le jour de la nuit.

NUIT

Ades mon hibou n’a qu’à bien se tenir. Je suis à deux doigts de le ramener où je l’ai pris. Qu’ai-je donc fait ce jour-là ?… Je n’aurais pas dû mais tout m’y prédisposait. Il était encore jeune à l’époque, moi aussi d’ailleurs, je n’avais pas encore entendu le sketch de Raymond Devos. Si j’avais su… On vend encore des animaux, on en fait même des chaînes de magasins. Des animaux de compagnie, vendus dans des boîtes soigneusement étiquetées. Le début d’une suite d’enfermements.

ENFERMEMENTS

Ades mon hibou ne sait toujours pas écrire. Il me faut sans cesse corriger ses pattes de mouches. C’est plus fort que lui même si cela peut se concevoir. Je n’ai pas passé tout ce temps et toutes ces années à lui apprendre l’art d’écrire pour en arriver là. Je n’ai pas su, il n’a pas su, dompter ses déterminismes. Au fond, ce n’est qu’une bête à plumes.

PLUMES

Ades mon hibou ne casse pas trois pattes et un canard mais il en fait des tonnes. Il est difficile à entretenir. Sa litière ne lui sert à rien, il ne dort jamais là. Il préfère mon duvet à son lit douillet. C’est un oiseau de race et de compagnie. On l’a déjà dit. J’y pose mes conditions mais elles sont toujours inconciliables.

INCONCILIABLES

Ades mon hibou n’est pas heureux. Cela se comprend, sous mes airs supérieurs, je ne prends pas soin de lui. Du moins pas assez. Ce n’est pas faute de m’y attacher, ce qui est vous en conviendrez beaucoup plus fort que d’apprivoiser. J’ai appris à le connaître par cœur mais lui qu’a-t-il fait ? Je suppose qu’il tient cela de sa part animale. Nous ne sommes pourtant pas très éloignés l’un de l’autre et mon ventre est son cordon ombilical, son ver de terre, sa becquée quotidienne, le seul lien qui nous unit encore et qu’il confond trop souvent avec mon intestin.

INTESTIN

L’ESCALIER D’AUTRUI  (poèmes)

 Aymen HACEN

 

Tu quitteras toutes les plus chères choses

tendrement tenues ; et cela est le trait

que l’arc de l’exil décoche d’abord.

Tu sauras combien il a goût de sel

le pain des autres, et comme est dur chemin

descendre et monter par l’escalier d’autrui.

 

Dante Alighieri

La Comédie, Paradis, chant XVII, v. 55-60.

 

Cette nuit j’ai pris ma main droite j’ai cherché oui
à la faire gauche s’est rebiffée la gauche
la droite n’a pas voulu la réconcilie
demain mes mains droite et gauche et vice versa
je les menotterai mon cœur battra toujours
aimera qui de droit mon sang le vin boira
ma plume le monde dira oui chantera

 

Rarement je dors et quand il m’arrive
de dormir je crois rêver en rêvant
ce matin je me suis vu en train de
rêver rêve dans le rêve et mise en
abyme car le Y sert de front
fronde dont je suis la pierre tombale
je me suis vu en rêvant dans le rêve
où je me suis vu en train de rêver
que j’étais parti quelque part parti
ou déjà là-bas je n’en sais rien vu
que je n’ai fait nul chemin vu que je
me suis à peine vu oui péniblement
avec un certain entrain certes mais
voix contre soi face-à-face vivant
mort-vivant mort enterré amoureux
d’elle…

 

…voix contre voix bouche à bouche nos amours et
moi mort et toi en vie croyais-tu cherchant à
m’enfoncer m’asséner le coup de grâce pour
enfin de compte me ranimer ranimer
pour de nouveau me tuer tuer pour aimer
tout ça tout ça tout ça à la vie à l’amour

 

dans le rêve ou la réalité que lui dire :
sans doute veux-tu que j’aille aussi loin que mes
vers poèmes polèmes combats et exils
involontaires dans l’amour par lui pour elle
cette Tunisie libérée mais pas encore
libre car pour y parvenir il va falloir
casser des œufs mettre les pieds dans le plat et
s’essayer à l’anathème : ils t’y voueront !

 

Texte écrit je peux en allant vers le drapeau
m’acheminer vers moi mes larmes ― notre peau
la lumière célébrait cette jeunesse
et vous pardon nos morts célébrerez-vous
vos propres prouesses vivrez-vous encore
le présent le passé comme détresse ou bien
comme certains enfin posterez-vous enfin
depuis l’au-delà bons mots lettres d’amour morte
la vie qui est désormais inconnue à cette adresse      

 

Dans Paris marcher le long de noms rêvés
les respirer les boire entre deux trois verres
les intérioriser être saint Michel
dégainer frapper terrasser les démons
pour qui l’enfer rime ici-bas avec la
terre la haine avec l’enfer la géhenne
la mort avec la mort le sang la vie morts
hélas le néant embrasse le néant
pour eux le néant rime avec le pardon 

 

Mais chacun dans Paris aura eu sa part
du don saints écrivains simples présidents
marcher dans Paris oui tout près de l’Histoire
à l’abri des regards avides du Temps

 

Dans Paris marcher un livre à la main ivre
de poésie oui celle qu’un albatros
contemporain fermente en mâle prose
dans un volume au titre sobre et brûlant
digne de ceux qui cherchent à penser à
vivre envers et contre les sombres assassins
dangereusement et poétiquement
titre sobre et brûlant ― Violence et islam
en vue d’un nouvel élan d’une reconquête
en vue d’une réinitialisation
de la lumière par le soleil
de la nuit par l’alchimie des corps amoureux

 

Mais chacun dans Paris aura eu sa part
du don saints poètes simples vauriens
marcher dans Paris avec la Poésie
au vu au su des regards haineux ― librement

 

Leurs lits sont vides vides leurs corps leurs amours
à quoi bon s’aimer ils préfèrent tantôt
torturer tantôt prier souvent violer ou voiler
les yeux verts ne sont pas visibles dans l’ombre
on veut pour son suicide sacré condamner
l’autre à une rencontre improbable dans
l’éternité mari et femme bourreau
et houri la mort distillée comme poison
la foi libation sacrée l’amour assassiné

 

Mon amour mon a qui est l’alpha l’oméga
l’espace le temps l’être sans le néant
mon amour mon a qui est le péché sans la
contrition la perdition sans la rédemption
mon amour mon a qui est la mort la vraie vie
sans doute meurs-tu de ne pas mourir tu meurs
de cette attache qui te rattache et te fait
bas couler sous tes amarres alors que tu es
mon amour mon a vaisseau de la liberté
blanche colombe condamnée à briser la
cage à voler contre vents et marées
tes yeux verts plus verts que jamais car l’herbe ici
doit être plus verte dans mon verger qui pour
toi sera air frais paradis vie liberté

 

Et à Shakespeare on fait dire ce pourquoi
il n’a jamais trompé sa plume comme si
dire pour les ignorants était exister
et c’est ma dulcinée qui entre autres est visée
car pour les ignorants être têtue nerveuse
et avoir une voix c’est ne pas être femme
or c’est la malédiction de la Tunisienne
et pour nous qui sommes amoureux c’est l’amour
c’est bien elle la tête qui pense et embrasse
bouquet de nerfs quand les jardins plient sous l’hiver
la voix le vent la vérité la vie la voie
que nous tous avons dans son giron ouï : LA VIE

 

J’ai ta voix dans la gorge tout toi dans le sang
J’ai longtemps rêvé de toi et tu m’as perdu
J’aurais pu être ton fils ton amour tout toi
J’ai été un instant le soleil les étoiles
Un peu la lune aussi car chez nous elle est mâle
Tu disais que tu m’aimais j’écris notre amour
Après coup coup sur coup présence contre absence
La politique de la terre brûlée en
Amour marche à coup sûr surtout à coups de marches
Obliques pas à pas sans parvenir aux cou-
Pures des impures comme toi jouant
L’amour tuant l’amour nous privant du parcours
À parcourir du souffle en devenir des rires
Je rimais avec toi et tu meurs loin de moi
Rimes contre paradigmes poésie pour
Vie oui vie encore et toujours ah la vraie vie

LE CORPS TOUT LE CORPS

Bruno GENESTE


Corps des pulsations
Atlantique des retraits
des avancées de sable
de lumières d’eaux
magnétiques
corps tout le corps
porté vers les hauts solaires
du flux
corps des marées
du vide
œil pris dans son ombre
d’éclat
incandescent
corps vibrant
oscillant
sous la chaleur
corps
de roche illuminée
par la braise
corps des distances
iso-magnétique
d’un surréalisme des grèves.


corps d’ombre froide
puit
où tu te penches
corps
et visages
du blanc de la lumière
du vide
de l’eau
corps de fumée
dans le miroir
par glissement
goutte à goutte
sur les vitres
corps courbes
qui se tordent
se confondent
aux lueurs
dans l’effacement
corps
champs de forces
en mouvement
masses blanches en attente de déploiement
quanta d’énergie
dans le tremblement du jour
corps taoïste
chamanique des lointains
dans le geste
Corps du feu froid
sous les paroles
de glaise


corps de l’instant
présent
dans la présence
aux lisières vibratoires
des pierres
corps martèlements
rivage de calcaire
érodé  
corps de marche
explorant
les cryptes
les limites, les possibles
des intériorités subtiles
corps liquides
des tempêtes
dans les écoulements
de blancheurs
corps tout le corps
Dans l’immense
insondable
de l’être
flottant dans les courroux
corps du corps
à l’aube
d’efflorescences violettes
de sables
de flottement gris
corps d’aile
bouches de buée
sans mot
corps dansant
rouge dans les vapeurs
corps de brume
des sables
des avancées
corps rythmique
des marées d’équinoxe
corps sémaphorique
au solstice corps d’oiseaux
ossements
dans les coraux
échoués
corps sans nom
dans les trouées
ondulant sur l’écume
dans les algues
les voiles infinies
d’horizon imperceptible
d’ailes
sous la neige
corps des rêves
de pierres entre silex
feu-animal
miroir sans visage
inconnu
corps des ruines
percutés
d’invisible
palpitant au bout des doigts
corps dans l’effacement
corps amoindri peu à peu
corps absorbé
dilué dans
son silence

Corplus

Béatrice MACHET

Des maillons dans la chaîne
des millions
alors comment s’imaginer n’être
que soi-même
chair issue d’un rêve….

Ça brûle
ça descend dans la gorge
ça coule sur la peau mais est-ce encore
une peau cette vapeur étourdie
ça tire jusqu’à l’infini
les jambes les bras le dos le cou et ce n’est plus
endurer le mal c’est
balancer tourner virer serré avec la force centrifuge
valse ou polka
un deux trois
un deux trois quatre…


ça dit : Genou Blessé
ou plutôt désigne un ruisseau dit : Genou Blessé
Cankpe Opi Wakpala
quelques ravins et des bosquets
un filet d’eau au fond
des berges puis les terres s’en vont doucement vallonnées
le lieu d’un massacre devient
le cœur battant de la résistance
et pour s’y rendre emprunter la Big Foot Trail
qui devrait se nommer  piste de Si Tanka
autrefois connu sous le nom de Hehaka Gleska
un nom de paix en ce temps là
quand eau terre ciel prairies vents … étaient parts du même corps

dans le grand tout

cosmique



ça parle

Béatrice MACHET



ça parle          d’eau           de terre            donc de corps

ça parle aussi d’ennui     d’hommes sur les parkings après la journée de travail

ça parle                           d’ouvriers loin de chez eux

depuis longtemps    ça parle      de forage    de barrage    

                              donc de terre et d’eau comme ça parle de femmes   

              donc de corps     occupés au ménage peut être     

                              occupés leurs corps     elles : empêchées

                                                             par des sortes de forages et de barrages

 

pour les travaux    on les qualifie parfois de publics      pour les ouvriers

pour leur sécurité ainsi qu’on le prétend       il y a

toujours un responsable

 

y a-t-il un responsable          pour la sécurité des femmes

quand un corps d’homme s’interpose entre la porte du placard

et les serviettes qu’une femme a sur les bras               pour les ranger

qui est responsable pour l’agression sur son corps        sa terre    sa mémoire     

sa parole           quelle sécurité

pour son langage      pas de commerce   rien d’équitable

                                                rien que la       violence        

coups à en pleuvoir à en bleuir à en mourir leurs corps

pourtant donnent voix

                      donnent vie      sont eaux        calmes et fortes     

savent parler       plus que leurs corps   

                                                                          qui est responsable

Alu le chat

Gaëtan SORTET & Khalid EL MORABETHI

Alu mon chat voudrait manger mes bras, mon chat trouve que c’est normal, Alu n’est pas comme les autres chats mangeurs de souris, il trouve que c’est tout à fait normal de manger mes bras, c’est logique.

Je m’appelle Marc-Pierre Janssens. Je suis savant et fou à la fois. Je cumule. Comme je suis fou, je pourrais dire que je fais des cumulets. Comme je suis savant, je précise que cumulet est un belgicisme qui veut dire « roulade » ou « galipette ».  La précision est de rigueur.

Alu mon chat voudrait prendre ma tête. Depuis sa naissance il m’imaginait sans tête, c’est logique, Moi sans tête - chat heureux, moi avec tête - chat triste.

J’aime les femmes libres et faciles. Libres car la liberté rend belle toute femme qui la porte en elle. Et faciles pris ici dans le sens de faciles à vivre car comme a dit Boris Vian… On n’est pas là pour se faire engueuler. Tu en penses quoi, toi ?

Alu mon chat voudrait brûler mes livres qui disent que les chats sont violents, Alu mon chat est très gentil, il n’est pas violent sauf si je le regarde dans les yeux, il n’aime pas mes yeux, c’est logique.

Je suis un fervent adepte du merci matinal et du merci vespéral. Dire merci pour la journée qui s’annonce. Et dire merci pour la journée qui vient de se passer. Merci. Merci. Merci. Vespéral est un adjectif qui signifie « qui a rapport au soir ». La précision est de rigueur.

Alu mon chat voudrait manger ma langue, il me trouve horrible quand je parle, donc, moi sans langue – chat heureux, moi avec langue – chat triste. C’est logique.
Je parle le langage du cœur, des enfants et des dieux. Je parle le langage du cœur, des enfants et des dieux. Je parle le langage du cœur, des enfants et des dieux. Tu en penses quoi, toi ?

Alu mon chat voudrait cacher mon cœur dans une armoire, il ne supporte pas les battements, c’est sans sens, aucune logique et il n y ‘a pas de rythme, moi avec cœur - chat en colère, moi sans cœur - chat en paix. C’est logique.

Un jour, je suis parti en voyage à Sofia et j’y ai rencontré un elfe (c’est pour cela que l’on dit que je suis fou) drôle et empli de sagesse qui m’a raconté des blagues grivoises et emplies de sagesse. Sofia signifie en grec ancien « sagesse ». La précision est de rigueur.

Alu mon chat voudrait me faire souffrir, il n’aime absolument pas que j’appelle au secours,  c’est logique, il faut que je souffre, il faut que mon chat soit heureux.

Je pense qu’une étoile qui explique les règles de l’Amour (faut-il des règles en Amour ?) à un calamar amoureux d’une aventurière ayant le pied marin est un fait réel (c’est pour cela que l’on dit que je suis fou).  Tu en penses quoi, toi ?

Alu mon chat voudrait me mordre dans le cou, ou il faut que quelqu’un morde quelqu’un, c’est facile. C’est la logique.

Un autre jour, j’ai rencontré, à la tombée de la nuit, dans un champ de tournesols en fleur, un alien luminescent (c’est pour cela que l’on dit que je suis fou) qui m’a révélé les sept lois du bonheur sur terre. Depuis, je suis savant. Je suis fou. Et je suis heureux.  C’est logique.

Alu mon chat voudrait vivre une histoire belle, il voudrait toucher le ciel, faut-il toucher le ciel. Tu en penses quoi, toi ?

Je pense qu’Alu doit toucher le ciel. Il faut toujours toucher le ciel dès que l’on en a l’occasion. Alu…  Touche le ciel… Touche !

Alu mon chat voudrait brûler mes sentiments, le ciel n’est pas important, il est tout le temps présent, donc Alu prendra son temps de chat pour brûler mes sentiments, il ne supporte pas les vibrations de mes sentiments, c’est facile, c’est la logique, sentiments brûlés – chat heureux, sentiments présents – chat triste. C’est logique.

Je pense aussi que la logique est différente suivant que l’on soit un savant, que l’on soit fou ou que l’on soit heureux. Moi, je suis un savant fou heureux. Comme j’ai dit plus haut, je cumule. Donc, ma logique est différente mais est identique en même temps. C’est logique.

Alu mon chat fait des rêves, il note ce qu’il rêve, il me les raconte, j’écoute, il a l’habitude, j’ai l’habitude d’écouter.

Je rêve aussi. Je rêve. Je rêve que je suis un savant. Je rêve que je suis fou. Je rêve que je suis heureux. Je rêve donc, je suis. La précision est de rigueur.

Alu mon chat pense, il note ce qu’il pense sur mon ventre, il ne faut surtout pas que je bouge, Alu aime ses pensées et il faut qu’il les note sans aucune interruption. Chat heureux - chat pas triste. C’est logique.

Un jour, j’ai rêvé que j’étais un chat et que je voulais manger les bras de mon maître. Je voulais manger ses bras et je trouvais cela tout à fait normal. Oui, je trouvais cela tout à fait normal. Et je trouvais cela aussi tout à fait logique. La précision est de rigueur.

Alu mon chat aime grignoter les doigts planté au-dessous de mon lit, il ne faut surtout pas que je le dérange, j’aime mon chat. Oui j’aime mon chat, c’est logique, tu en penses quoi, toi ?

Je pense qu’il est doux d’être aimé. Je pense que je suis un chat. Et je pense que c’est bon de manger des doigts plantés au-dessous d’un lit.

LA GRANDE LOGIQUE, LA GRANDE LOGIQUE, LA GRANDE LOGIQUE

LA GRANDE LOGIQUE, LA GRANDE LOGIQUE, LA GRANDE LOGIQUE

LA GRANDE LOGIQUE, ALU LE CHAT LA GRANDE LOGIQUE,

LA GRANDE LOGIQUE, ALU LE CHAT LA GRANDE LOGIQUE,

LA GRANDE FOLIE, LA GRANDE FOLIE, LA GRANDE FOLIE,

LA GRANDE FOLIE, LA GRANDE FOLIE, LA GRANDE FOLIE,

LA GRANDE FOLIE, ALU LE CHAT LA GRANDE FOLIE,

LA GRANDE FOLIE, ALU LE CHAT LA GRANDE FOLIE.

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...
Voir tous les commentaires

Commentaires

26.09 | 19:38

Vraiment très beau. Bizarrement, les six dernières strophes m'emportent moins; mais jusque là, quelle délicatesse dans ce voyage sur l'être aimé

...
15.04 | 22:35

Revue toujours au top; nombre d'auteurs croissant; chaque numéro amène de nouveaux talents, de nouvelles trouvailles et...quelques belles illustrations!

...
15.04 | 17:48

Les poètes, on le lit bien, sont bien au courant des instants de lumière qui parfois flirtent avec l'ombre; il en va ainsi de toute la vie...

...
13.04 | 15:38

Merci Monique, ce sont les danseurs en cours d'études professionnelles au Centre de formation en danse Off Jazz, qui ont donné leur passion et talent au public

...
Vous aimez cette page