Yvon VEY

C’était en juin 1944. Mon père avait eu la bonne idée de nous creuser une cabane sous les arbres dans le pré derrière la petite maison que  nous habitions provisoirement. Pour dire la vérité c’était une tranchée recouverte de rondins. Sa profondeur permettait de nous tenir debout. C’était vraiment bien pour jouer à la guerre avec mon frère…
Un matin d'une douce journée ensoleillée, un avion a lâché pour de vrai trois bombes qui sont tombées dans un fracas terrifiant un peu plus bas, de l'autre côté de la voie ferrée, cachée par la frondaison des arbres. Nous avons dévalé avec nos parents le petit chemin, vers le bruit énorme qui résonnait encore dans nos oreilles. Notre maison abandonnée quelques semaines plus tôt s’était transformée en ruine. Je me souviens, le cœur encore tremblant aujourd’hui, des vaches blessées qui agonisaient les entrailles répandues dans l’herbe et mon père qui pleurait en silence.


Yvon Vey, né à Paris en 1937, réfugié en Normandie durant la seconde guerre mondiale, passe les huit premières années de sa vie dans une maison isolée au bord d'une rivière.
Après cette longue parenthèse à rêver et à observer la nature, le retour en ville a été brutal.
Adolescent rebelle, il est placé en apprentissage. Parallèlement à cette contrainte subie, il suit des cours du soir pour apprendre l'histoire de l'art et les techniques du dessin.
A partir de 1971 il expose un peu partout en France. Dany Bloch, conservatrice au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, favorise le regroupement de quelques dessinateurs.
Ce groupe informel expose entre autres au Centre Culturel de Villeparisis, au Grand Palais à Paris à "Grands et Jeunes d'Aujourd'hui ", à la Maison de la Culture de Grenoble, au Festival d'Avignon, au Salon de Montrouge, au Centre Culturel de Montreuil, à la Maison des Arts André Malraux à Créteil, au Collège d' Echanges Contemporains de Saint Maximin, au Palais de la Malmaison à Cannes, au Musée Municipal d' Orange, etc.
Il a exposé également en Italie et en Grande Bretagne.


J'ignore les raisons qui m'ont poussé à dessiner et à persévérer dans cette direction. J'étais persuadé que je devais suivre cette voie sans savoir où elle mènerait.
Avec le temps j'ai compris que pour changer mon approche du réel je devais m'approprier les techniques de la photographie, de la bande dessinée, et les possibilités offertes par l'informatique.


Les dessins présentés ont été réalisés durant ces dernières années.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
********* Le réalisme magique d’Yvon Vey
(Arnaud VILLANI, Cornillon (30), fin octobre 2013) *********


Ce qui est passionnant dans le travail de dessinateur d’Yvon Vey, c’est l’entrecroisement de deux règnes, la plupart du temps cloisonnés : le règne végétal, le règne humain. A la faveur d’un interrègne, celui des objets fabriqués par l’homme, qui tient le milieu entre minéral-matériel et humain, se produit cette expansion quasi reptilienne de l’herbe dans les artefacts, quand ne les soutient plus ni souci ni mémoire. On pouvait deviner que ce thème prendrait de l’importance décisive dans le travail de l’artiste. En effet, les premiers grands thèmes de son travail sont les pommes de terre (ou tubercules), les canalisations, avec leurs étranglements ou hernies, les paysans et leurs doubles non-humains : les épouvantails, puis le débat indécis entre les constructions de l’homme (véhicules, maisons, engins de l’agriculture) et ce qui, la rouille ou le délitement aidant, est sûr de finir par supplanter ces formes, voire les digérer lentement par un envahissement peu visible et pourtant inéluctable.

De telle sorte qu’il ne faille pas ranger l’œuvre d’Yvon Vey dans l’expression d’un pessimisme où le cosmos ne tarderait pas à reprendre sa place, en recouvrant toutes les traces humaines, comme une vague détruit les espoirs et les imaginations d’un château de sable. Il y a dans le regard d’Yvon un temps plus long que celui qui nous force à courir, une longanimité qui n’est pas désespérée, seulement lucide. Car ce déséquilibre que nous avons introduit dans l’univers en prétendant remplacer à nous seuls, les hommes, l’ordre cosmique, cet orgueil inouï et incompréhensible, est chaque jour battu en brèche et ramené à sa juste mesure. Nous interprétons ces traces d’usure de l’homme comme un échec momentané, que saura bien ravauder par un projet global où la conscience humaine serait l’avenir radieux de l’univers.

Yvon Vey n’y croit pas. Ce n’est pas que les hommes soient comme des épouvantails, ou que nous ne différions pas de formes comiques, racines, tuyaux, pantins, méprisables rebuts. Yvon regarde de près ces formes parce que quelque chose de l’homme s’y annonce et s’y poursuit, l’idée que c’est dans le plus fatigué, usé, échoué, que se tient encore une magie, et comme chez ces auteurs du début du XXème allemand, Kubin, Huchel, Kafka se dévoile un réalisme magique qui est l’autre façon de dire, dans les mots et les dessins de tous les jours, la merveille à portée de main, ce qui brille dans l’anodin, une rencontre côtoyant le mystère abyssal de vivre. Ce qui l’exprime, c’est le symbole d’une ancienne voiture envahie d’herbe, avant qu’une bombe anonyme ne vienne détruire brutalement le paysage d’enfance.

Écrire un nouveau commentaire: (Cliquez ici)

123siteweb.fr
Caractères restants : 160
OK Envoi...

marie helene maroteaux | Réponse 12.11.2014 22.00

Yj aimerais bien avoir de tesnouvelles

Yvon Vey 30.11.2014 18.57

Marie Hélène, moi aussi j' aimerais bien avoir de tes nouvelles. Voici mon adresse ci-dessous.

Mistophorie | Réponse 31.12.2013 14.02

J'aime beaucoup ce travail aux techniques mixtes.
Cela fait ressortir le côté énigmatique des images que nous donne à regarder
avec plaisir Yvon Vey.

Voir tous les commentaires

Commentaires

15.04 | 22:35

Revue toujours au top; nombre d'auteurs croissant; chaque numéro amène de nouveaux talents, de nouvelles trouvailles et...quelques belles illustrations!

...
15.04 | 17:48

Les poètes, on le lit bien, sont bien au courant des instants de lumière qui parfois flirtent avec l'ombre; il en va ainsi de toute la vie...

...
13.04 | 15:38

Merci Monique, ce sont les danseurs en cours d'études professionnelles au Centre de formation en danse Off Jazz, qui ont donné leur passion et talent au public

...
10.03 | 10:33

c'est beau, c'est très beau. Oh que j'aime cette aspiration à la lumière !

...
Vous aimez cette page