Automne 2017 : Auteurs de A à Z

Poèmes

Brice NOVAL

MARQUISE

sur cette place austère en forme
de triangle
dont un côté donne
sur le cours Gambetta
je crois reconnaître
l'auvent

la très longue marquise
de fer forgé
et de verre
courant sur la façade
d'un immeuble
abritant au rez-de-chaussée
une supérette

c'était autrefois le siège
d'une compagnie d'autocars
où je t'accompagnais
le samedi matin
quand tu allais rejoindre ta famille
pour le week-end
dans le Bugey

rien n'indique plus
qu'il y eut une fois sur cette place
un guichet délivrant des titres
de transport
une salle d'attente
un car stationné
devant l'entrée
affichant sa destination
BELLEY

ni un jeune homme
inconscient
des lendemains te regardant
partir
et toi me faisant des signes
à travers
la vitre

*

ERMITE

ma dernière lubie
est de me faire passer
pour un ermite

un retiré
volontaire
de la société

un vieux sage
qui a pris ses distances
avec la frénésie
urbaine
et l'hypocrisie
humaine

une version moderne
du poète chinois du 8e siècle
méditant solitaire
dans sa hutte de branchages
au sommet de la montagne

bref une image
positive
pour masquer la réalité
de ma déchéance
physique

la détérioration
de ma santé
et de mon aspect

la perte progressive
de mes sens
et de mes facultés

la raréfaction
de mon énergie
insuffisante
pour de longs déplacements

jouer l'ermite
est la dernière façon de donner
le change
et de ne pas m'avouer
que le temps est venu
de déposer
les armes à l'exception
du stylo-plume

dont le poids plume
n'excède pas
mes faibles forces

*

RACINES

planté
en plein milieu
de ce petit cimetière
de la campagne beaujolaise

le chêne séculaire
étend son ombre
sur nombre
de morts

ses racines vigoureuses
ont soulevé
des tombes
incliné les dalles
les stèles et les croix

le moment le plus propice
pour s'y rendre
est juste avant
le déluge
un soir d'orage

pour voir le ciel noir
dans un fracas
de tonnerre se fendre
comme une coquille
d'oeuf

et dans la lumière
électrique de l'éclair
distinguer les lits
des morts à demi
redressés

avec un jour
d'avance
sur le Jour
de la Résurrection

*

ON NE CHOISIT PAS SA FAMILLE

que les choses soient claires
une bonne fois pour toutes
je ne me fréquente plus
que par obligation

si j'en avais comme vous
la possibilité
je couperais les ponts
avec un individu aussi
pitoyable que
moi

le laissant à son triste sort
et croupir
dans son coin

mais je dois faire
avec

prendre de temps à autre
de mes nouvelles
m'assurer de ma bonne santé physique
et mentale
vérifier que je ne manque
de rien

et malgré le peu d'intérêt
que je lui trouve
entretenir un commerce
minimal
avec ma personne

si je ne me fréquentais pas
qui d'autre le ferait

*

REPRISE DES HOSTILITÉS

au lieu de te morfondre
et de te lamenter
sur une vie passée
que tu estimes
ratée

comme une série de rendez-vous
manqués
avec la chance

essaie d'en extraire
les quelques pépites
qui pourraient éclairer
le reste du chemin

le matériau composite
de tes échecs
contient des trésors
à exploiter

si tu époussettes
l'amertume
qui les recouvre

*

ATELIER

écrire ce texte
au stylo-plume
puis le taper
au clavier de l'ordinateur

le réécrire
à la main
le retaper
à la machine

le reprendre
plus tard
non pour en améliorer
la forme littéraire
mais pour le simplifier
le clarifier
l'épurer
le réduire à l'os
à l'essentiel

jusqu'à ce qu'il tienne
droit
sur la page
équilibré
définitif
brut et net à la fois

et qu'il s'impose
comme une évidence

sans plus rien à ajouter
sans plus rien à enlever
que le nom de l'auteur
devenu inutile
scorie

*

SAISONS

on ne devrait pas compter
la vie d'un homme
en jours
ni en mois
ni en années

mais en saisons

du moins dans notre contrée
où les printemps
les étés
les automnes
et surtout les hivers
sont bien marqués

Fragments (Inédits)

Gérard PARIS


  Défaire,dissoudre,démanteler:constructions et déconstructions intimes...  

  Visions internes:des tissus bariolés,fragmentés,striés...

  La lampe, le langage:interstices entre les mots, le silence, la lumière...
Sons,sens, scissions:fusion et démantèlement de l'être...
 
  Le vitrail intime:des reflets,des résonances,des remous...

  Un chant de cristal:des transparences intimes...

  Le sentiment d'une langue hachée,torturée,niée...

  Craquelures, engelures, cisaillures :topographie interne...

  Mouvances et figements intimes...

  Une voix me pénètre,me touche,me bouleverse...
( dans l'être fragmenté)

  Parois des corps,entonnoirs des âmes...

   Arcanes,arcades,arcatures : mystères et mécanismes de pensées, de l'inconscient...

ESPOIR DE TOI

André PRONE

Je cherche dans le ciel
L’espace de ton cœur

Culte
De chairs vivantes
Pour tes deux seins
Altiers

Ta gorge
Et ta voix
Me portaient
Au silence

J’apprenais
À mourir
À tes grands cils
Princiers

Des battements
De ciel
En surlignaient
L’aisance

 


Couve donc
Pour moi
La graine
Des baisers

Quand viendras-tu
Captive
Apaiser
Ma souffrance

Apprivoiser
Ma bouche
Sous la lampe
À secret

Vaincre
Au premier feu
Mon désir
De garance



Blanche
Dans le noir
Va ta lune
Dansante

Qui n’a
De l’abandon
Qu’un sillage
Gracieux

Aux mousses
Du ruisseau
Courbes claires
D’alliance

Beau était
Ton corps
À attiser
Mes feux



Le vent tombait
En souffle
Auscultant
Ma mémoire

Et emplissait
Mon coeur
D’oponces
Irisés

Vaquant seul
Et vaincu
Dans un ciel
Vibratoire

L’ordre
Des démons
Dans un cri
M’apaisé


Heureux
Et fou
De toi
Dans ta fécondité

Tes cheveux
Frisottaient
Palpitants
À repaître

Ourlant
Ton beau visage
De lendemains
À naître

Découvrant
L’insomnie
De tes lèvres
Sucrées



Unis
Comme brindilles
Sur la voûte
Des âges

Je dévorais
Tes yeux
Au bord du lit
Douillet

J’apprenais
Au réveil
À frisotter
L’adage

Du temps
Impertinent
Où ta rose
Embaumait

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Monique Picard | Réponse 26.09.2017 19.38

Vraiment très beau. Bizarrement, les six dernières strophes m'emportent moins; mais jusque là, quelle délicatesse dans ce voyage sur l'être aimé

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Commentaires

26.09 | 19:38

Vraiment très beau. Bizarrement, les six dernières strophes m'emportent moins; mais jusque là, quelle délicatesse dans ce voyage sur l'être aimé

...
15.04 | 22:35

Revue toujours au top; nombre d'auteurs croissant; chaque numéro amène de nouveaux talents, de nouvelles trouvailles et...quelques belles illustrations!

...
15.04 | 17:48

Les poètes, on le lit bien, sont bien au courant des instants de lumière qui parfois flirtent avec l'ombre; il en va ainsi de toute la vie...

...
13.04 | 15:38

Merci Monique, ce sont les danseurs en cours d'études professionnelles au Centre de formation en danse Off Jazz, qui ont donné leur passion et talent au public

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