Eté 2017 : Auteurs de A à Z

Poèmes

© Mokhtar El Amraoui

Fiat lux et l’ombre fut !

Entre ombre et lumière,
Ce cri de l’étoile éreintée
D’après mort !
Elle reviendra, cycle danseur.
Prépare ton sang
Au déluge.
Suinteront  alors en doubles  racines répétées
Ses doux mélancoliques fantômes fatigués
Dans leur silence jamais cicatrisé.
Barzakh d’agglutinés échos,
Grappes de jeux géométriques des plis feints
Défaits en leurs nids éphémères de chants
Toujours en quête effarouchée de preuve
Alors que la fin peut à tout moment  revenir
Redevenir miroitement subi,
Soudain, subit coule croule s’écoule le fiat lux
Et  l’ombre fut ! Tomba, s’écroula Icare
Diurne solaire en rêves déplumés
En caries de décompositions d’Icarie !
L’ombre serpent suce la lumière,
Mazda blues en crabes
De damiers phosphorescents,
Mani passa là
Où la lisière des sombres linceuls transcende
Le rire translucide de la chouette des cantiques
Des antres !
C’est brindilles d’aveuglement
En mémoire de seuil
Décret d’œil le jour ,
Un jour lui vint en ses angles de nuit
Comme sangles ensanglantant  l’éphémère
Qui aura calculé des dédales noir et blanc
Le rire carnivore des transmutations :
« Mère pourquoi mais pourquoi donc devrai-je être
cet alchimiste des pérégrinations ? »
Déplacement en  invisible circulation indicible
De l’eau du sable sang d’étoiles
Et si tues gerbes toutes ses fragrances
Rejaillissent du fond
Du trou en jeu d’ombres sur draps
De  Karakouz ivre de silence tapageur
Poignées  ophidiennes
Ombres assoiffées de lumière
Ruches de mes stigmates !
Dans ce froissé des rus logent  
héliophiles et  héliophobes  
Guerre devinée
Sang aux fusains
Courses de pinceaux
A travers les parois d’échos lumineux
Fuites en leurs zones de flaques de lambeaux
Comme papiers déchirés de souvenirs
Et chez les héliophobes et les héliophiles
Il y a ce circuit des veines électriques des scenarii
De haillons soliloques de recomposition
De la dune en  kaléidoscope
Pris prisme comme aux cris
D’une étendue de reflets d’eau captée capturée,
Barzakh aphone des hautes luminescences !
L’anagrammeur préparait le spectacle son et lumières
En douces caresses de vagues
Entre ombres et  nuées de lucioles
Des cavernes emportant  l’écuelle d’astres
Vers l’éveil des transes !
Fiat lux de dansantes dunes,
Fleurs des librations en lunes !



Argile des ombres


Les décrypteurs aveugles des cris
Parvenaient à les sculpter
Avec cette argile rêveuse des ombres
Où se lisait le chemin des eaux lumineuses.

Sous l'éclosion de lune,
Ils recueillaient sur leurs peaux
Tous les reflets des passeurs d'astres
Puis récitaient leurs chants
pour reformer les dunes des souvenirs noyés
Sous les phares éteints
Que pleuraient dans leurs danses
Les dernières bougies faites cerceaux
Ou rares oiseaux des proues.

Poèmes en duo

Julien Boutreux & Khalid EL Morabethi

Ok, ma langue n’est pas poétique, trouve un autre bar
Au bout de l’avenue
Ma langue est polie, diable derrière
Ma langue est pourrie, par la volonté de Dieu
Ok, ma langue n’est pas mûre, regarde derrière
Si je ne suis pas suivi, si
Ok, ma langue est juste vulgaire vivante, trouve un miracle
Qui traîne dans un bar
Le soleil dans la bouteille
Brille
Dans les yeux d’un invisible
Brûle une langue perdue
Ma langue est un exemple, trouve une autre chaise
Pour s’asseoir dans la vie
Frappe ta jambe et attends-moi
Ok, je sors
Trouve un vendeur de foie, ma langue est un organe
Ma langue est l’univers
À la fin, vomis
L’univers


Julien Boutreux & Khalid EL Morabethi

Dans une langue il n’y a pas de rime pour écrire un poème
L’idéal serait qu’il n’y ait même pas de langue
Donc pour faire des rimes il faut
Un poème sans langue
Et tu arriveras à dormir
Sur cette absence, crois-moi
Et puis tu courras au bord du lac
Ton poème dans la bouche
D’un dieu secondaires


Julien Boutreux & Khalid EL Morabethi

Ils sont plusieurs autour d’un puits
Un trou dans le visage, je continue à faire le mort
Plusieurs à te regarder faire à travers le vide de tes yeux
Vraiment mort, il faut prendre des photos
La vue est belle depuis le fond du puits aussi
Je voudrais bien qu’ils me souhaitent un bon anniversaire
L’année prochaine peut-être, ou dans mille ans
Mon cerveau sera dans un robot
Qui s’appellera Donald Trump
Sans les cheveuxs


Julien Boutreux & Khalid EL Morabethi

Tu avais cent ans, tu faisais quoi à cet âge ?
Je regardais par la fenêtre, j’avais un regard d’aigle
Tu as disparu ?
Le paysage m’a absorbé, juste regarder était impossible
Et l’argent ?
Ça me rappelle la couleur de la rivière qui coulait sous ma fenêtre
Et la langue ?
Elle s’est modifiée en un siècle, mais j’ai tout écrit
Un fantôme en toi s’est arrêté
Il m’a remplacé à la fenêtre
Plus loin encore, plus loin, ton cri a disparu
Je ne veux plus crier
Sa mère
S’appelle, sa mère m’appelle
Jusqu'à l’étouffement
Ça dure cent ans
Regarde-moi
Bien
Et fous-moi dans un placard

Poèmes

Laurent FELS

La dalle, le pavé


pour José Ensch et Nic Klecker
in memoriam


c’est un
carrefour

où se
trace

le sillon
oblique

du silence

      *

raboter
le sol

comme
l’on émonde

les mots

      *

s’affaisse
le crépi

des âges
gerçures

nerveuses
dans les

créneaux
de l’oubli

       *

qui regrette
la parole

un geste
un nom

à peine
prononcé

      *

muette
sur la

dalle
gît

l’affreuse
chronique

      *
 
un poème
le mur

et l’on
ferme

les rideaux
pour voiler

l’obscurité

       *

en bas
une porte

vitrée
d’absence

heurte
les tempes

dans la
douleur

pavée
de la

mémoire

     *

et l’on
taille

la pierre
brute

comme
pour

se connaître

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Commentaires

26.09 | 19:38

Vraiment très beau. Bizarrement, les six dernières strophes m'emportent moins; mais jusque là, quelle délicatesse dans ce voyage sur l'être aimé

...
15.04 | 22:35

Revue toujours au top; nombre d'auteurs croissant; chaque numéro amène de nouveaux talents, de nouvelles trouvailles et...quelques belles illustrations!

...
15.04 | 17:48

Les poètes, on le lit bien, sont bien au courant des instants de lumière qui parfois flirtent avec l'ombre; il en va ainsi de toute la vie...

...
13.04 | 15:38

Merci Monique, ce sont les danseurs en cours d'études professionnelles au Centre de formation en danse Off Jazz, qui ont donné leur passion et talent au public

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