Printemps 2015 : Auteurs de A à Z

Poèmes

Peyo Kratcholov Yavorov est né dans une petite ville Tcirpan en 1878. Apres des études à Plovdiv il travaille comme employé de poste et télégraphiste. Il montre un intérêt pour les idées politiques de gauche, mais à partir de 1897 se lie à l'Organisation Révolutionnaire Intérieure Macedo-Andrinopolitaine et devient le rédacteur de plusieurs publications des mouvements insurrectionnels macédoniens. Il participe aux luttes armées pour la libération des Slaves à conscience bulgare contre l'Empire ottoman. Ainsi il devient ami et compagnon du célèbre révolutionnaire Gotse Deltchev. Cependant il fait partie du cercle littéraire "Misal" /Pensée/ autour de la revue éponyme. Etant bibliothécaire pendant un certain temps il devient directeur artistique du Théâtre National de Sofia. Après le suicide de son épouse Lora Karavelova, il fait une tentative de suicide, mais n'arrive qu'à perdre un oeil et survit au coup de feu. Suit un procès et on l'accuse d'avoir assassiné son épouse. Ce drame finit par un dernier tir sur la tempe le 29 octobre, 1914.  Yavorov est un des plus grands poètes bulgares. Ses œuvres témoignent d'une perfection  stylistique et d'une maitrise remarquable de la langue bulgare et de l'art poétique. La plupart de ses poèmes sont marqués par le symbolisme et la critique communiste le condamne comme "décadent".
Certains de ses poèmes ont été déjà traduits en français et d'autres langues étrangères.

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LES EXILÉS

A Todor Alexandrov

Le soleil couchant brille sur la mer
et les vagues jouent radieuses,
tout en retenant leur colère
lassées des jeux se reposent...
Et le bateau avance léger,
ayant tous les vents arrière.
Le blanc brouillard a vite ombragé
nos rivages si chers.

Aurions-nous jamais cette chance
de faire le chemin du retour:
terre et mer s'étendent immenses -
songe est notre vie, nuit et jour.
Et Maritza, Danube et Vardar,
Le Balkan, Strandja et Pirine
nous réchaufferont bien plus tard
en souvenir sublime.

Guerriers contre un joug séculaire,
trahis par un vrai conjuré,
soumis à notre devoir clair,
la proie d'un ennemi juré...
Et nous pouvions, patrie aimable,
nous pouvions combattre à la mort
pour la liberté - sort enviable -
devant ton autel d'or.

Le bateau navigue avec rage
de plus en plus loin, sous le ciel,
il nous emporte dans son sillage,
et la nuit étend sa triste aile...
A peine voit-on très détachées
sur l'azur de cet horizon
les ombres pensives des rochers
de ce géant Aton.

Et nous, les yeux rougis de grands pleurs,
tournons la tête vers l'arrière,
jetons l'ultime regard rêveur
sur nos rivages autant chers;
nous tendons les bras tout enchaînés
vers notre divin idéal...
Nos cœurs amers sont empoisonnés:
Adieu, pays natal!

J'AI  FAIT UN RÊVE, OH TRISTESSE!

J'ai fait un rêve, oh tristesse,
maudite jeunesse,
tombe orphelin, tombe aride,
sous l' épais feuillage.

Et sur la tombe, oh tristesse,
maudite jeunesse,
des branches en croix d'intrépide
et l'oiseau de ramage.

A l'aurore, oh tristesse,
maudite jeunesse,
il chante et dit que l'orphelin
vécut de misère.

Le soir, l'oiseau, oh tristesse,
maudite jeunesse,
il chante et dit que l'intrépide
périt en fier combat.

J'ai fait un rêve, oh tristesse,
maudite jeunesse,
c'est un rêve-présage, alors
ce ne fut que ma mort...
          

À LORA

Mon âme est plainte. Mon âme est un appel.
Car je suis un oiseau blessé au cœur:
mon âme atteinte est une vive douleur,
gravement blessé d'un coup d'amour mortel...

Mon âme est plainte. Mon âme est un appel.
Que signifient rencontre et séparation?
Et je vous dis: il est l'enfer, les passions -
et là - l'amour frêle!

Les mirages sont près, le long chemin - ouvert.
Une jovialité tout éblouissante
de l'ignorance et de jeunesse ardente,
d'envies charnelles, de spectre éphémère...

Les mirages sont près, le long chemin - ouvert:
car elle est là, en auréole réelle,
mais n'entend pas ma plainte, mon appel, -
elle - ombre fine et chair!



PEUT-ÊTRE

Abattu, j'ai demandé - las d'émoi,
j'ai entendu - c'était l'âme, je le sais,
un ton magique dans le silence usé;
c'était toujours mon âme devant moi,
sonnant doucement: peut-être...
Et le soleil se couchait. Et dans l'oubli
d'effroi, j'ai demandé alors, tout pâli,
j'entendis à peine: peut-être.

Enfin, j'ai baissé la tête sur mon corps,
mais les bras tendus vers le levant doré,
avec l'espoir dans le cœur écœuré,
et comme un écho je répète encore,
épuisé, je dis: peut-être.
Et le soleil s’était couché au-delà
Et dans la nuit lugubre, ici et là,
un rire a résonné: peut-être.

J'attends toujours! Voilà des siècles entiers
passent que je scrute l'obscurité.
J'attends toujours! Et les vents sans pitié
fouettent les yeux qui pleurent tout maltraités.
Et je répète: peut-être...
J'attends le soleil et toute sa lumière,
les yeux déjà couverts de sable et poussière,
et aveugle d'antan! - peut-être.

Peyo YAVOROV, poète bulgare (1878-1914)
Poèmes traduits du bulgare par Parvan TCHERKASKI V. et faisant partie d'une Anthologie de Poèmes bulgares, à paraître.

Sonnet métaphysique

A.Daltchev est né à Salonique en1904. Fait ses études de philosophie et  de pédagogie en 1927 à l'Université de Sofia. Il étudia aussi en France, à la Sorbonne. Enseigne le français et le bulgare. Il passe deux années en Italie, chez son frère, le sculpteur Liubomir Daltchev, et y assiste aux cours d'Histoire de l'art. Dans ses essais de critique littéraire s'oppose activement aux poètes symbolistes, alors très modernes. Partisan d'une poésie imagée, il fait des poèmes basés surtout sur la perception des sens, de la vie matérielle, de l'homme urbain. Lorsque le communisme bat son plein, il préfère ne rien publier /en dépit des poètes qui font des odes au communisme/.En revanche il réalise un bon nombre de traductions poétiques du russe, du français, de l'allemand, de l'espagnol.  Il devient célèbre par son dernier livre "Fragments" - courts essais philosophiques.
En1972 on lui décerne pour son oeuvre complète le Prix international Herder de l'Université Gottfrid von Herder de Vienne.
En 2004, l'UNESCO a célébré le 100-ème anniversaire de sa naissance.

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C'est en vain que tu maudis le destin cruel                           
et railles toujours haineusement le pauvre corps, 
âme - ta richesse et ton pouvoir fort,                                     
pourtant, tu les dois, hélas, au mortel.

Ne sois pas insensée, ne te plains pas d'être                           
enfermée en rebelle par Dieu dans ta chair,                              
car sans les sens charnels tu ne saurais guère
sortir hors de toi, monade sans fenêtres!

Tu domines dans le monde grâce à ces sens,
et, nourrie par eux, tu grandis et t'affermis,
tandis que le corps, docile, pour toi languit.

Et toi, que lui donneras-tu en récompense?
Quand tu t'envoleras dans l'éclat et dans la gloire,
ingrate, tu l'oublieras ici-bas, dans le cafard!

Atanas DALTCHEV, poète bulgare (1904-1978),
Poème traduit du bulgare par Parvan TCHERKASKI V. et faisant partie d'une Anthologie de Poèmes bulgares, à paraître.

Attendre

Un rideau qui s’agite,
Un autre coucher de soleil,
Une horloge qui marche à l’envers
Un morceau de pain par terre,
Une terre pleine de poussière.
Qui attend,
Depuis si longtemps.
En fin, la nuit impose son silence,
Une silhouette se poste devant la fenêtre face à la lune éclatante,
Et chante la colère, la haine et la honte !
Chante l’attente,
La colère respire,
La haine pousse des soupirs,
La honte ne peut rien dire,
Elles attendent quelque chose,
Patiemment,
Silencieusement,
Éternellement.
Le rideau s’agite,
L’horloge marche toujours à l’envers,
Pour que peut-être les prières fassent revenir le capitaine parti en mer,
Le bon capitaine,
Pour que peut-être le sang coulé puisse faire revenir ce qui était le plus cher,
Pour que peut-être il n'y ait point de guerre,
Pour que peut-être le porteur du drapeau blanc puisse rentrer à la maison,
Vivre plus longtemps.
Les rideaux s’agitent,
Les feuilles d’un cahier volent, elles sont libres maintenant,
Des phrases qui forment un poing,
Des phrases qui attendent, ils ne veulent pas partir loin,
Une phrase qui a mis dans une plume la semence,
D’où fleuriront l’espérance, le sens et la conscience,
Ils attendent,
Longuement,
Eternellement,
Patiemment,
En silence.
Près du lit, la vieille foi se prosterne
‘’ O prière ! O patience ! O prière ! ‘’
Elle attend,
Peut-être demain tout changera,
Peut-être la pitié tombera,
Du ciel,
‘’ O ciel ‘’
Peut-être demain, elle verra la mésange,
Peut-être demain, elle resaluera l’ange,
Elle attend,
Patiemment,
Courageusement,
En silence.

Khalid EL Morabethi, Maroc / Oujda

Galamb Borom (Extrait)

Pendant ton cours, les élèves eurent l'impression d'avoir affaire à quelqu'un d'étrange. Pas à proprement parler à quelqu'un de désagréable ou d'inintéressant, mais tu leur avais paru pour le moins hétéroclite. Cela changeait des autres professeurs qu'ils avaient connus jusque-là et ça les faisait plutôt rigoler. Toi, tu ne te rendis compte de rien. Tu étais tellement concentré sur ce que tu disais, sur ce que tu improvisais, que tu ne remarquais pas les petits gloussements et les quelques quolibets qui fusaient de-ci de-là. Durant de longues minutes tu racontas que tu aurais toi-même rêvé d'être un grand explorateur. Que si tu avais pu, tu aurais tout quitté pour partir à la recherche de mondes et de civilisations inconnues. Tu parlas de l'appel du large, des beautés singulières des voyages au long cours, des joies que l'on ressent lorsqu'on pose le pied pour la première fois sur une terre nouvelle. Tu citas en désordre et avec une emphase parfois un rien cocasse Victor Segalen, Jan Potocki, Henri Michaux, Jules Verne, Isaac Lapeyrère ou encore la Saga de Ragnarr aux Braies velues et ton cher Olaus Magnus l'archevêque d'Uppsala dont tu connaissais presque par cœur la Carta Marina et descriptio septemtrionalium terrarum ac mirabilium rerum in eis contentarum diligentissime elaborata anno Domini 1539...

   Tu dis combien il était réjouissant de tracer sur le papier l'ébauche d'une carte géographique d'un lieu encore vierge. Comme l'on pouvait être fier de se sentir dans un ailleurs encore inviolé. Tu dis que durant longtemps tu t'étais demandé comment tu aurais réagi si tu avais été confronté à une autre réalité, mais tu t'exprimais comme si tu avais vécu toi-même toutes les découvertes et toutes les aventures que tu décrivais. Tu finis par t'embrouiller un peu, mélangeas plusieurs sujets, t'éloignas considérablement de la simple découverte de l'Amérique et te mis sans doute à tenir des propos un peu fantaisistes :

   - Comme le disait si bien Philibert Églogue-du Morbier dans ses souvenirs d'un cartographe, "les grandes découvertes géographiques ont souvent été faites par hasard. On s'embarquait sans trop savoir où l'on allait, on naviguait, on se laissait pousser par le vent, par les flots, par les brumes et sans qu'on s'y attende on tombait un jour sur une terre inconnue. On débarquait sur une île nouvelle, sur un nouveau continent, on découvrait de nouvelles civilisations, de nouveaux animaux, de nouvelles plantes, de nouveaux ciels, de nouvelles couleurs. On était parfois surpris par ce que l'on trouvait. Parfois ce n'était pas ce que l'on attendait, et parfois d'ailleurs on ne s'attendait à rien.

   Parfois aussi, on était surpris de ne pas être surpris. On se disait que tout compte fait ces endroits nouveaux, ces gens nouveaux n'étaient pas si différents. Ils étaient ailleurs, certes, ils venaient d'ailleurs, mais on était frappé par les points communs qui nous rapprochaient d'eux.  On les massacrait parfois, avouons-le, pour leur voler leurs femmes, leur or ou leur variété de haricot inconnue, mais parfois c'étaient eux qui nous faisaient regretter le voyage, cela faisait partie des risques que l'on aimait prendre.

   Mais tout cela se passait autrefois, quand on n'avait pas encore survolé la Terre dans ses moindres recoins. On savait alors qu'il y avait encore du mystère ici ou là, des choses cachées. On savait par conséquent qu'il y avait encore des choses à découvrir, en tout cas si l'on cherchait bien. Mais aujourd'hui on n'attend plus grand-chose de la géographie, tout semble connu, tout semble décrit, tout semble vu. Les explorateurs se font rares et n'explorent plus que des lieux communs.

   Les territoires neufs ne font plus rêver personne car on imagine mal aujourd'hui ajouter quelque page nouvelle aux atlas et aux encyclopédies géographiques."

*

L'après-midi passa bien vite. Ce soir-là, je peux t'en féliciter, tu avais encore réussi à être raisonnable. Tu ne t'étais pas attardé dans ton grenier. Tu avais résisté à la tentation d'en faire trop d'un coup, d'oublier le reste de ta vie. Tu t'étais tenu au programme prévu à l'avance comme l'individu logique et appliqué que tu prétendais être. Quand ta femme était rentrée de sa première journée de travail, tu étais dans la cuisine en train de terminer de réchauffer une boîte de petits pois et la table était mise. Il y avait même une fleur dans un vase. Tu avais dit à tes enfants que tous les desserts qu'ils avaient engouffré cela devait rester entre eux et toi, car leur maman n'aimerait pas apprendre qu'il avait décidé de les gâter pour les bons points qu'ils avaient reçus depuis qu'ils étaient entrés dans leur nouvelle école (tiens, quels bons points ? pensa ta fille...)

- Bonjour tout le monde ! Dit-elle joyeusement. Elle déposa son sac dans le salon et des bisous mouillés claquèrent sur les joues familiales. Quelle belle petite famille idéale vous sembliez former-là. Un vrai feuilleton télévisé bas de gamme. L'allégresse du quotidien, le bonheur dans l'ordinaire, la satisfaction du banal. Tu jouais bien ton jeu, bravo ! Elle ne se doutait alors de rien, je peux te le confirmer. Elle pensait alors à nouveau posséder un mari parfait qui s'occupait de tout quand elle n'était pas là, qui s'intéressait au  commun, à l'habituel, qui pour être content n'avait besoin de rien d'autre que d'entrer dans la norme semi-bourgeoise, d'avoir des horaires pas trop contraignants, de bons repas chauds, un canapé en peau de vache morte et des radiateurs bien réglés. Elle ne savait rien de tes ambitions secrètes, de tes regrets, de tes envies de grandeur et de reconnaissance. Mais au fond, comment aurait-elle pu s'en douter, tu ne lui en avais jamais rien dit, tu avais toujours semblé te satisfaire de ton statut social, et si elle savait depuis toujours que tu étais un amateur de vieilleries poussiéreuses, de cartographie, de recherches historiques locales et d'us et coutumes autochtones, jamais elle n'aurait imaginé que tu pouvais avoir envie d'autre chose que de rédiger peut-être un jour une petite plaquette autoéditée à quelques centaines d'exemplaires et distribuée gracieusement à tes relations au sujet de l'une ou l'autre chapelle perdue entre deux hameaux ou d'une fête populaire dont l'origine pouvait remonter aux carolingiens.

   Non, elle n'en savait rien. Et ne faisait rien pour le savoir.

- Alors, tu ne demandes pas comment s'est passée ma première journée ? Fit-elle sans aigreur.

- Mais si, bien sûr ma chérie, répondis-tu en déposant le repas sur la table de la cuisine.

   Les enfants jouaient dans le couloir.

- Eh bien si tu veux tout savoir, ça s'est très bien passé, continua ta femme en défaisant son chignon qui semblait lui poser quelques problèmes architecturaux.

   Tu te dis ravi, vraiment ravi.

- Les enfants, le repas est prêt, dit-elle avant de continuer ses explications.

   Ils ne semblèrent pas pressés de venir à table.

- Figure-toi qu'on m'a déjà confié une partie du travail pour une toute nouvelle campagne publicitaire.

   Tu n'avais, avoue-le, pas très bien suivi ce qu'elle t'avait expliqué les jours précédents, et à part la fait qu'elle devait essayer de vendre des trucs inutiles à des gens qui n'en avaient pas besoin, tu ne savais pas grand-chose au sujet de sa carrière professionnelle.

- Ahah ! te contentas donc tu de dire en lui remplissant son assiette de petits pois.

- Oui, c'est génial comme boulot. On sera toute une équipe à travailler sur le projet. Moi je serai dans la « second advertising unit » sous la supervision du CEO himself !

   Elle sourit. Tu bâillas discrètement.

- Le team spirit du managing staff est super. Une vraie boîte moderne. Il y a plein de passerelles entre les unités et je peux te dire que l'on voit tout de suite que ce sont les meilleurs éléments qui sont toujours mis en avant, le chief of staff nous a bien confirmé que la direction aimait le dynamisme. Only the sky is the limit ! Il faut qu'on prenne tous des initiatives personnelles, c'est génial, non ?

   Tu fis oui de la tête, tu réfléchis quelques instants, ses anglicismes bêtas n’avaient même pas réussi à t’énerver, puis tu trouvas qu'il serait de bon goût de lui demander sur quoi elle allait travailler précisément.

- Justement, c'est ce que j'allais t'expliquer, répondit-elle en se versant un verre de vin blanc sud-africain, tu connais la société Grabinoulor & Partners ?

   Tu fis :

- (…)

- Ce sont des producteurs de nourriture pour animaux de compagnie, poursuivit-elle, ils sont aussi spécialisés dans tout ce qui concerne le confort de l'animal et de son maître (le coussin pour poisson rouge, c'est eux). Ils viennent de nous confier la réalisation de la campagne de pub pour leur tout nouveau produit : « Mickey Food ». Tu ne sais pas ce que c'est ? Tu vas voir, c'est gé-nial ! Ils sont sponsorisés par Disney. L'idée c'est de commercialiser des boîtes et des croquettes pour chat à base de viande de souris.

   Tu fis une mine vaguement intéressée, ce qui incita ta femme à poursuivre ses explications. Elle affirma, remplie d'un réel enthousiasme, que c'était une idée révolutionnaire qui avait un potentiel commercial inouï, que personne n'avait encore osé se lancer là-dedans, mais que le plus difficile serait de faire accepter le concept à la clientèle, surtout la clientèle âgée, jugée moins ouverte à la nouveauté par les résultats des enquêtes réalisées par le bureau des statistiques de la boîte. D'où l'intérêt du partenariat avec Disney, jugé fédérateur et trans-générationnel par tous les sondages d'opinion commandés.

Joaquim HOCK

CONDAMNEE

Seule
Multiple
N’ayant commis d’autre faute
que ta naissance
en un pays hostile

Royaume
où la vie-même
est une insulte
tout autant que de croire
aimer

Prison

Nul défenseur
pour défendre ta cause
Ils ont  changé ton nom
volé ta langue
t’ont mise
à l’isolement

Pleurer
tu le sais bien
ne sert à rien

Au château
nul n’entendra tes larmes
Le souverain cruel
n’entend ne voit
si oreilles et yeux il a
que ceux
dans sa proximité
sa foi

Abandonnée dans un berceau
livrée aux flots tumultueux
tu n’espères
 nul secours
autre que celui des Cieux

Rire tu ne le sais plus
Fuir dans la folie
tente
ton infinie tristesse

Mais vogue le berceau
corps
mouillé d’eau vive

Mais vogue le berceau

Qui sait
vers quel destin

Monique MARTA, 19 avril 2015

ELLE

Dans l’intimité des nuits
 du silence
elle vient
voilée de son mystère

s’impose avec douceur
lente
et exigeante
soucieuse
de la rencontre

Debout
 main posée sur l’ épaule
 souffle à mon oreille
l’histoire
de ses errances
la vérité
de ses voyages

 guide mon regard
ma main
vers son coeur
son esprit
son corps chaste
immobile

A la plume
et encre de Chine
je dessine
ses paysages
fidèle
à son chant ses mots
fidèle
à ses couleurs

scribe
de sa vérité

Monique MARTA, 24 avril 2015

Poèmes

CHERCHER LE TREMBLEMENT
 
Le premier frémissement
 
Chercher derrière.
Et après
L'immense désir de beauté
Et de joie
 
De l'autre côté des miroirs
 
La vie me pousse dans le dos  
L'aube se lève en moi
 
Le Soleil derrière  le sapin
D'un imperceptible mouvement
S'ajuste à mon regard
 
Mystérieux contentement
D'après les rêves
 
*
 
CINQ HEURES DU MATIN
 
On entend murmurer  des oiseaux
Pas encore
La paille dorée de la lumière
 
Mon sang brasse un silence
D'herbes et de prodiges
 
Je fais un pas vers toi
 
Jour tremblant
Ciel fauve  plein de fleurs fanées
 
Mon corps aussi est fait de brume
 
*
 
UNE SI BELLE JOURNÉE
 
Et je l'ai a peine regardée
 
Une grande ombre noire a effacé
 
Les pollens d'or des pissenlits
Le vent alourdi de parfums
 
Et les tendres gestes
Du jour
 
Qu'il me prenne à nouveau dans ses  bras
 
Paroles dans ma nuit
Comme un rai de lumière
 
*
 
JUSTE AU DESSUS DE L'AUTOROUTE
 
Un cumulo nimbus
Tout en caoutchouc mousse
Maousse  comme un Airbus
 
Freine des quatre fers
Et pile devant mon nez
 
Remue tes ailerons
Compagnon
 
Il me regarde et me sourit
Merveilleuse et blanche
Absence de visage
 
Dans  les trous de son manteau
Mon rêve de la nuit dernière
A peine un peu rassis
 
Est assis
 
Fidèle au  rendez vous
 
*
 
LE SILENCE A GOÛT DE PAPIER
 
Demain et puis demain
Le temps fuit  dans la gouttière
 
Il y a de l'eau partout
Et j'ai le souffle court
 
Mes rêves ont rétréci
Et n'ont même  plus de lèvres  
 
Dans les pommiers pleins de gui
Tremblent les bourgeons de février
 
Le blé de printemps va lever
La terre et le ciel bougent  
 
Et la vie se blottit
Dans un feu qui s'allume
 
*
 
RONDE LUNE DE PÂQUES
 
Sur les platanes musculeux
En robe de printemps
 
Un doigt de fumée
Frotte le ciel froid
 
Halo instable
 
Tout roule
Cul par dessus tête
 
Galaxies règles de trois
Pénombre  des stores
Et pelures d'orange
 
Un peu après minuit
Je me suis perdue
  
*
 
BOIRE LE SANG DE L'HIVER
 
Une gorgée de ténèbres
Remplie d'électricité
 
Je ferme l'œil gauche et
J'apprends tout par cœur
 
Nœuds de couleuvres
éclosions de rats  et de pissenlits
 
La tristesse se mutine
Aussi légère qu'un pluvier
 
J'appelle  j'appelle
 
Un renard erre dans les roseaux
La nuit dévale la colline
 
Et rien ne vient
Que l'aubépine allumée dans la haie

Lise MATHIEU

Poèmes

Devant l'hospice

Assis sur les bancs de leur résidence, 
sur les escaliers près de buissons en fleurs, 
ils se chauffent au soleil. Tout en silence 
font les adieux à leur couchant de bonheur. 
Car les oiseaux de leur vie écoulée 
vagabondent dans le monde à leur gré - 
comme les étoiles au firmament voilé, 
comme les dimanches tout pleins de regrets. 
Venez, pour l'ultime bénédiction! 
Venez chez-eux, leurs proches et leurs enfants - 
sur le banc git un amour d'affliction, 
près des buissons, fondus en pleurs émouvants! 

 

Pour toi je voulais...

« Toutes les familles heureuses se ressemblent. Et toutes les familles malheureuses sont malheureuses à leur façon. »

                                              L.-N Tolstoï

Pour toi je voulais être journée d'or, 
un beau soleil qui brille pour toi seulement; 
je veux bien que tu me caresses encore, 
que tes enfants m'appellent toujours "Maman"! 
Mais tu m'as mise dans une cage fière, 
derrière les filets de la cuisine. 
mon jour se lève par un café amer 
et dans les rêves des nuits blanches décline. 
Après les pas de notre superbe bal, 
tout plein de nos drames de poison,  
s'écoule bien toute la boue nuptiale 
de plus de vingt années de trahisons! 

* * *

L'amour fait le miracle et le bonheur 
connaissant les souffrances dans le chant fier. 
Quelle belle pécheresse! Des fleurs 
fleurissent pour l'amour même en Enfer! 

 

Une cigarette

Une cigarette est notre séparation, 
pour tous les deux elle brûle à cette heure. 
Une part brûle ton âme avec passion 
et l'autre - je la fume avec langueur. 
On la partage tels bons fumeurs fiers - 
chacun doit finir sa propre portion. 
Et même sous les innocentes paupières - 
se lamenter après dans son affliction. 
Comment partager un amour plus émouvant 
lorsqu'il est unique à nous surprendre! 
Nos coeurs deviennent deux cendriers vivants: 
ils ne contiennent plus que de la cendre!

Romagnola MIROSLAVOVA
Traduit du bulgare par Parvan TCHERKASKI

UN VOLET CLAQUE...

UN VOLET CLAQUE (17/03/2015)

Un volet claque
Un volet s'ouvre
Le vent happe
la nuit


Trois oranges
fraîches
en pleine
lumière


Abeille
à l'abri
blottie
transie


petite boule
de fourrure
rousse
qui se décroche


et tombe
dans le vide
mouillé
de pluie



EQUILIBRE (25/03/2015)

Un câble
tendu
en travers
du vallon

L'écureuil court
et s'affaire
de l'ombre
au soleil

Inconscient
du parcours
sur le fil
des contraires

Du chaud
au froid mais
ni hauts
ni bas

Innocent
équilibre
qui nourrit
la vie


Life. Just life inside and outside.
Blue butterflies (26/04/2015)


Blue butterflies
flapping
their wings in
the sunshine
vivid vibrations
across my eyes

a shimmering
cloud of
metal lights
flying
swiftly above
the boughs

Can you hear
the light steps
of scales
running
up an ear
of grass?

the song
in the cypress nuts
gone rolling
down the drive
calling for the dancing
butterflies ?



Je lui parle quand même (02/05/15)


Quand les vaguelettes reculent
elles font tinter les clochettes
des chapeaux chinois
qui roulent sur le dos

Le bleu des moules
les regarde et les attend
yeux grands ouverts
coulés dans le sable

La mer est si claire
elle ne sait pas
qu'elle est chargée de sel
et du goût des goémons.

Mais je lui parle quand même
en faisant résonner les ardoises
et les bivalves vides
sous mes pas.

Monique PICARD

La septième cariatide

Pour Tsveta

 

genou fléchi
 
lentement
six princesses s’avancent
 
pour la danse
la prière
l’offrande
 
à leur front
le marbre du temps
s’effrite
 
les plis de leurs robes
se creusent
 
éternelle attente
d’infini
 
quelle sœur
septième
auraient-elles oubliée
 
le jour
prépare sa chute
sur le temple
 
soudain tu dis
il y a sept ans
 
et là-haut revenue
tu deviens
la septième cariatide
 
chiffre parfait
il manquait
à l’harmonie des stèles
à ton geste parfait
 
alors se dresse
l’arbre de lumière
 
et la quatorzième beauté

*
 
de l’olivier de la déesse
tu négliges
les fruits murs
 
beauté
ton corps
tes yeux
dansent

et  prient
 
tu es sœur
vivante des six
mais libre
de leur front de pierre
 
et sur le ciel
tu ouvres
la voie de la déesse
 
si plus tard je dis
au fronton du temple
à son exact sommet
deux colombes sous nos yeux
s’aimèrent
toi seule me croiras
qui les vis avec moi

amour
pure géométrie du silence 
angle obtus
par lequel
parfaitement
la terre
 
pénètre 
le ciel

docile comme tes yeux.

Jean-Claude VILLAIN

 

POSSIBILITE DE TALENT (2° partie)

Pâte de poésie :
A continuer à mâcher si elle est bonne, sinon la cracher.

1-
Il y a une obscurité plus noire que le chocolat
Où une douceur plus profonde attend

2-
A part Kafka et Van Gogh
Il y a tant de malheureux
Pour qui alors qu’ ils n’ont même plus besoin de lit
Le monde étale des draps de soie

3-
Au dos de la mappemonde il y a un espace vierge
C’est l’héritage que Dieu a réservé aux artistes

4-
Bien que notre rupture m’ait fait avaler 50 comprimés de somnifère
Elle me donne 51 raisons d’avoir des insomnies

5-
Entendant le pain tousser parce qu’il a levé moisi
Les vermisseaux ralentissent leur croissance

6-
Vénus bien aimée
En temps de guerre nous devons nous arracher nous-mêmes
De ton étreinte
Les bras coupés que tu as laissés autour des épaules des gens
Ne pourront jamais produire assez de paix pour pouvoir être rattachés

7-
Dans la plupart des travaux de critique littéraire
Je ne lis que l’une des deux différentes approches
Soit le critique a capté
le meilleur du pays soit le pire froid

8-
Comment pourrais-je être content de poursuivre
Mon sommeil sans jamais me réveiller ?
Puisque je dois toujours me lever pour vérifier si j’ai
Une diffusion nocturne vers ce monde

9-
Si je pouvais allumer une ampoule négative de 100W
Les gens verraient à quoi ressemble l’obscurité réelle

10-
La chirurgie esthétique a été pratiquée sur le visage de presque toutes les nations
Aussi j’appuie sur une touche de mon ordinateur pour demander
Après qu’on a relevé le nez de la Chine, à quelle distance est ce qui est  toujours en arrière ?

11-
S’il vous plaît donnez-moi le grille-pain qui me réveille
le matin
même si vous avez fini de manger je tiens à
récupérer les os s’il vous plaît

12-
Notre espoir repose sur un fait
Quand presque tout est resté en arrière
A travers les rideaux nous découvrons
Que le cercle du soleil est près du rebord de la fenêtre

13-
Hello Idéal !
Chaque fois que tes rêves nous griffent pour nous éveiller
Nous découvrons qu’il n’y a pas de place pour la moindre rayure

14-
Ma myopie doit s’habiller de larmes pour voir la vie de façon claire

15-
Certaines choses sont utiles juste pour qu’on pense à elles
Telles si nous pouvions mettre au jour
Une torche vieille de 20.000 ans
Capable d’éclairer encore notre ignorance moderne

16-
Le piano cultive un thème éternel
Discuter la relation du blanc et du noir

17-
L’Humanité est capable de se toucher profondément
L’Humanité ne peut rien faire de pire que l’humanité
L’Humanité est simplement un instrument pour fabriquer de la science
L’Humanité ne peut pas s’empêcher de montrer
Comment elle piétine l’humanité passée

18-
New York, New York
New York filtre le sang du
monde à travers son cœur ;
Elle filtre le sang de Coca Cola
Et en asperge le monde entier

19-
Les terres vierges sont à des dizaines de kilomètres de nous
Mais les véhicules que nous inventons ne peuvent nous y porter

20-
Je vois Dieu s’activant lui-même sur une grande place de marché
Dans un coin du bureau de la Voie Lactée
Je vois un patron qui s’appelle Le Soleil
Et dans son épais classeur plein de dossiers
Je vois la terre comme un mince résumé

21-
Les rêves peuvent tenir en équilibre toute l’obscurité de la nuit
Comme une pincée de sel saupoudrée sur la soupe

22-
Comme pour la paix
A chaque conférence mondiale les faucons et les moineaux veulent aussi
Leurs propres œufs pour faire éclore les colombes

23-
Tu aimes la bousculade sur le terrain de jeux de la vie
Mais chaque fois que c’est toi qui as la balle
Tu trouves le panier trop petit pour le tir que tu tentes

24-
Une vie simple ne signifie pas
Que tu doives vivre comme retiré de la vie

25-
Le jour viendra
Où l’humanité terrassera la bête appelée faim
Et mangera sa chair

26-
Bien que la poitrine des femmes ait permis la croissance grâce à la nourriture
De toute l’histoire personne ne s’est jamais servi une poitrine pour penser

27-
J’aime le style des gens qui vont et viennent comme il leur plaît
Pour ce type d’allure aucun styliste ne peut dessiner des vêtements

28-
Finalement d’une humeur vide, disponible
Tel le ciel bleu d'aujourd'hui sans nuage
Juste du bleu passant sur le bleu, sans cesse

Yan Li, 2003-2013
Version française de Jean-Claude Villain

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Monique Picard | Réponse 04.07.2015 19.43

Peyo Kratcholov, beaucoup de souffrance et d'histoire ; "le silence à goût de papier" ou "Boire le sang de l'hiver", de Lise Mathieu, me parlent aussi.

Patrick Devaux | Réponse 22.06.2015 20.11

"Elle" est un texte étrange comme si on se parlait à soi-même dans un rêve; fait penser à des photos anciennes style années 70 (David Hamilton, par ex)

Monique Picard | Réponse 08.05.2015 20.42

De belles découvertes. "ELLE" m'a particulièrement parlé.

Elizabeth | Réponse 29.04.2015 13.54

des textes magnifique ,

Mjo | Réponse 27.04.2015 00.35

Beaux toujours, nostalgiques, tristes et tragiques souvent !!!
Pour ma part, sensible à 'Condamnée' et 'Attendre'.

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Commentaires

26.09 | 19:38

Vraiment très beau. Bizarrement, les six dernières strophes m'emportent moins; mais jusque là, quelle délicatesse dans ce voyage sur l'être aimé

...
15.04 | 22:35

Revue toujours au top; nombre d'auteurs croissant; chaque numéro amène de nouveaux talents, de nouvelles trouvailles et...quelques belles illustrations!

...
15.04 | 17:48

Les poètes, on le lit bien, sont bien au courant des instants de lumière qui parfois flirtent avec l'ombre; il en va ainsi de toute la vie...

...
13.04 | 15:38

Merci Monique, ce sont les danseurs en cours d'études professionnelles au Centre de formation en danse Off Jazz, qui ont donné leur passion et talent au public

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