Lectures de Patrick DEVAUX (2015)

L’oubli n’a pas suffi à effacer les pas
Carnet de voyage
De Catherine BERAEL, éditions Le Coudrier, mai 2012

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Il y a des livres qu’on trouve en chemin de lecture comme des évidences. « L’oubli n’a pas suffi à effacer les pas » fait partie de ces évidences.
La mer, le port, les gens et la Bretagne pour décor ressourcent la narratrice dans sa quête de mémoires passées autant que d’absolu de vouloir tourner la page.
Le Bretagne, avec ses terres émergées et sa mer immergée devient le vecteur à la fois d’une rupture et d’un nouveau départ.
Cette recherche de présent s’appuie sur un passé riche en émotions d’enfance à travers les traces reconstituées d’un grand père peintre ce qui augmente à la fois la dimension de la quête et cette recherche de couleur intérieure à travers les paysages gris et pluvieux de la lente Bretagne survivante du passé perpétuel en quelque sorte dans l’observation quotidienne de lieux communs devenus des mythes : « de loin les images bougent sans que je puisse les comprendre. Quelques mots m’arrivent de la table voisine, les hommes parlent fort, ce chahut mer berce sans effort ».

Les gestes, les faits sont évoqués avec une grande tendresse. Le temps est suspendu à l’écoute d’autrui à travers soi-même.
Au bar de Brigneau, chez la mère Guérac, on se sent vite chez soi, à l’aise, prêt pour l’écoute, le partage.

Dans cet « oubli » qui se rappelle de tout, l’avenir balbutie.
C’est entièrement autre chose que de la contemplation ou de la nostalgie. C’est le défi de se reconstruire à travers une rupture qui a quelque chose de sauvage.
Ce carnet écrit de manière très scénique tient du scénario : « La mère Guérec en a profité pour débarrasser la table et retrouver la cuisine. Quand j’entre à nouveau dans la pièce, elle se rassied et m’attend, interrogative ».

Au fil des pages du carnet « des vies se croisent et se séparent, les messagers du temps disparaissent comme ils sont apparus après avoir délivré leur missive ».

« On ne peut se quitter sans abandonner un peu de soi » : l’absent du couple en rupture est présent dans le constat des choses, des gens et même des souvenirs qui cherchent à accrocher aux murs les toiles du passé comme pour leur donner un sens ultime avant qu’on ne les reconnaisse plus.

Catherine illustre elle-même le carnet. Avec brio. Ses dessins donnent de la lumière au décor souvent gris de la Bretagne.
Ce sont des dessins d’une lumineuse philosophie accompagnant cette magnifique quête du Graal personnel, transformant en bonheur, une rupture annoncée mais qui s’ouvre de nouvelles perspectives.

Patrick DEVAUX, décembre 2015

Sirènes et quelques rois 
nouvelles
De Jean-Marie GILORY, Editions Saint Michel et Sylvain Gilory (septembre 2015)

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Il y a beaucoup de recherche dans les rêves écrits de Jean-Marie Gilory. Non pas qu’il ne soit pas sûr de lui. Que du contraire…C’est plutôt l’homme à quai qui regarde autrui avec beaucoup de respect par-dessus les bastingages de temps, de lieu et d’émotions.
C’est que le vieux loup de mer se sert très certainement d’évènements vécus par-delà les océans ou les continents, yeux écarquillés pour aussi mieux s’observer lui-même à travers ses jumelles orientées vers l’autre (souvent la femme) : « Elle avait alors pris son grand sommeil de plein fouet, portée dans cet autre pays par une respiration pure et ample à peine perturbée parfois, par des remous d’apnée ».
Le vocabulaire de ses « sirènes et quelques rois » est un voyage à lui seul à la limite des mondes poétiques connus.
Dès les premiers mots, le voyage est total alors qu’il est pourtant totalement issu de scènes fixes et sans dialogues, ce qui, paradoxalement, augmente chez cet auteur au langage très choisi un pouvoir de communication très séducteur.
Le plaisir des frôlements est gouleyant, chaque phrase étant une étoile de mer flottante entre la réalité ou un rêve très conscient.
La quête de « sirènes » n’a d’égal que de laisser son lecteur les trouver, la lecture demandant l’effort soutenu d’un lent striptease verbal à la limite des déglutitions de rêveries parfois très adolescentes.
C’est que les sirènes, ma fois, n’ont pas d’âge, le vieux loup de mer n’étant pas désireux, semble-t-il, une fois à quai, de poursuivre sa vie en « queue de poisson »…Un vrai plaisir qu’a l’auteur de retourner à lui-même l’extraordinaire humour très ténu de ce styliste en orfèvrerie littéraire marine.
Passant d’une nouvelle à l’autre comme d’île en elles, sans faire naufrage, les images de la femme poursuivent, telles des sirènes, l’auteur à l’abordage de ses étranges souvenirs qu’accompagne de ses superbes dessins Sylvain Gilory, le fils de l’auteur.
L’image de la « sirène » toujours nous émeut d’autant que Jean-Marie Gilory les traite finalement un peu comme on parle des anges, notamment quand il évoque sa mère, la sirène « reine », universalisant alors ses propos.
Chacun aura le choix de ses goûts personnels dans cet ensemble de nouvelles où, personnellement, j’ai flashé pour « …seul est tolérable » car on y retrouve l’amour de la poésie et la façon, pour l’auteur, aussi revuiste littéraire, de « choisir » ses préférences pour la revue « 7 à dire », actuellement une des meilleures revues de poésie.

Patrick DEVAUX, novembre 2015

"Voiture cinq quai vingt et un"

de Claudine BOHI (poémes), éd Le bruit des autres 2008

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Un recueil qui nous parle aux tripes de la rencontre : Elle et Lui, le train, la gare.

Mais rien de banal dans la vie courante utilisée avec brio quand le désir matinal commence avec un café sucré porté aux lèvres de l’amour « qui dure ».

Aucun cliché dans ces fantasmes de départ où chacun peut rêver à une de ses propres histoires d’amour : «  ses mains elle pense à lui quand elles font le coquillage le plus doux coquillage que la mer ait porté ».

Le bonheur de l’autre « éponge » l’attente : « il vient c’est maintenant le cœur éponge tout le chagrin d’un coup ».

Les pensées d’amour éternel tournent dans la tête comme d’éternels départs : «  elle dit l’amour dure ils ne savent pas ils ne veulent pas le croire ».

Les mots simples, quasiment pensés à haute voix sont traités comme des pulsations, sans ponctuation aucune, le rythme martelant la tempe comme le désir pulsatile de la présence de l’autre : « un train au loin apporte ce qui la fait crier il vient ».

C’est du bonheur d’aimer en écriture : « Elle ne tangue pas elle chavire ça fait comme un départ interminable ».

On voudrait que le texte ne s’arrête jamais : « c’est la nuit blanche de l’amour le contrôleur ne peut rien contrôler ».

L’amour traité avec la puissance de son éternité : « ils disent que l’amour dure ils ne le savaient pas ».

Ce n’est ni de la prose, ni de la poésie.

C’est seulement le bonheur d’aimer.

Patrick DEVAUX, octobre 2015

Vrai zazen pour chats et pour leurs maîtres

de Christian GAUDIN (essai), éditions Pocket, 2015

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Christian Gaudin rit – mais avec sérieux – de la « zen attitude » en faisant parler les chats.
Aussi en les dessinant dans des attitudes évoquant le bouddhisme.
Un pur chef d’œuvre d’inventivité qui passe par des dessins magnifiques et généreux en évocations que tout le monde peut comprendre.
Tout est faux dans un étrange langage des chats mais tout cependant ramène à la pratique du « zen ».
On se sent vite et agréablement initié : « Et zazen, c’est s’asseoir…simplement s’asseoir. Le zen n’est pas une idée, une théorie, une religion exotique, c’est une pratique très simple ;
Za : s’asseoir sans bouger
Zen : se comprendre soi-même
Zazen, l’assise juste »
Véritable tour de force d’associer complètement le monde des chats à une belle théorie universelle, le tout agrémenté de dessins originaux révélant les différentes postures du propos.
De cette superbe idée qui parait si simple, chacun qui aime le « zazen » de compagnie peut se découvrir, à la fois de nouveaux amis et une nouvelle pratique de vie.
Christian Gaudin est un maître de l’illustration promenant ses chats délicats dans une étude en réalité très approfondie de cette belle part de la spiritualité que chacun porte, sans parfois le savoir, en lui : « laissez  passer vos pensées comme des nuages dans le ciel »

Patrick DEVAUX, août 2015

Je suis là

de Clélie AVIT, éditions Lattès, 2015

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Tout simplement le plus incroyable roman que j’ai lu depuis longtemps.

Style vivant et discours direct pour un sujet « statique » puisqu’il s’agit de traiter, en même temps qu’une rencontre pour le moins étrange, le thème très humain et très universel du « coma » clinique.

Outre le fait d’une approche quasi scientifique du point de vue clinique et/ou médical, l’auteur emballe à fond la situation du point de vue « humain ».

Un jeune homme, visitant son frère victime d’un accident de la route mais aussi meurtrier, car sous emprise de l’alcool, de deux adolescentes, entre, par hasard, dans la chambre d’Elsa en coma profond après un accident de montagne.

Le ressenti de cette situation et des suivantes touche à l’extraordinaire.

Tout s’active (si on peut dire) dans les langages, les signes, les attentions, les observations : « Je me répète en boucle, ce n’est pas normal, ce n’est pas normal. Il n’y a rien de normal à être excité par une visite à une patiente qui ne bouge pas, ne sent pas, ne pense pas et ne parle pas, de surcroit quand on ne la connait pas ».

Emotions garanties. Coup de maître aussi dans l’intériorité des « monologues » respectifs (Elsa n’a plus aucune sensation, hormis l’ouïe).

Coup de chapeau à l’Humanité de ce roman, à la précision de tout ce qui y est posé. L’intrigue y est, de plus, entière.

L’auteur, professeur de biologie-physique et aussi de danse, maîtrise le rythme, la cadence et l’intention du « récit ». Elle semble être elle-même chacun des protagonistes de cet extraordinaire huis clos, plus ouvert qu’une épopée.

Admiration, c’est le mot qui convient pour cette belle approche au pays des sensations.

Le roman est tellement fortement imprégné de cette étrange fiction qu’on dirait du « vécu » plus vrai que nature.

Un grand premier roman.

Patrick DEVAUX, août 2015

Sillages improbables

de Véronique JOYAUX, Poésie, éditions Les carnets du dessert de Lune, été 2015

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Dans « sillages improbables », l’auteur semble trimbaler les mots d’un lieu à un autre, d’un état (parfois second) à un autre.

On devine, à travers la démarche, la progression de l’interrogation valable pour chacun(e) à partir de la quête de soi à travers l’autre magnifié par une sorte de décor qui se déplace, tant par la longueur des textes, parfois, Véronique semble emmener les mots avec elle, dans son sillage et qu’importe la frontière inexistante de lieu, de temps puisque tout est prétexte à l’improbabilité d’une « rencontre » (quelqu’un, un arbre, un objet) : « j’interroge les serrures, les coursives, les petits bouts de bois. Je vois la rue étroite sans rivage et sans raison ».
Il n’y a pas de quête d’Absolu puisque c’est la quête (et l’énumération de ce qu’elle engendre) qui fait l’Absolu, la poésie de ce texte mené de manière très structurée vers une sorte d’éclatement où les mots sont confrontés à toutes les improbabilités possibles, ce qui, justement, rend le texte original.

Dans ce monde (sorte d’introspection) imaginaire – pourtant très réel à la fois – on suit les mots comme le lapin d’Alice au pays des Merveilles « si on se laisse faire avec ces mots qui, enfin, ont vocation finale d’être : « les visages s’effacent avec les mots trop longtemps retenus ».

La poète n’a rien d’une solitaire : « J’ai pris de toi la chaleur ; aujourd’hui j’apprends les mots : douceur, amour, abandon » avec  aussi cette belle formule : « Ta présence me dicte les mots que je vais écrire ».

Si le sillage est improbable…il a le mérite d’être accompagné…

Patrick DEVAUX, juillet 2015

Choix de poèmes

de Francis PICABIA, éditions GLM, 1947

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Voici qui fait sens à ce qui n’en n’a pas du tout ou le contraire tant on sait peu, à présent, de ce qui motiva les dadaïstes (parmi lesquels l’auteur) à s’exprimer de cette façon si décalée qu’elle précéda le courant littéraire qu’on appela ensuite « le surréalisme » autant chez les poètes et écrivains que chez les peintres qui, à leur tour, motivèrent grandement l’éclosion de la publicité.

C’est dire que nous avons ici affaire à un écrivain majeur même si « toutes les oreilles sont surnaturelles ».

Ce qui diffère les premiers dadaïstes des surréalistes est, à mon sens, cette façon d’évoquer la réalité disant quelque chose d’autre de façon cachée.

Il faut avoir cette force de lecture de pouvoir lire deux mondes en parallèles quand, par exemple, le grand Picabia suggère « mon valet de chambre est le paratonnerre des bonnes nouvelles ».

L’anodin, l’acte normal et courant sont sublimés à la fois par l’absence de description classique et la succession d’images prétendues incongrues. Pour ce dernier point, il n’en est rien, les « scènes » signifiant chaque fois quelque chose mais dans une vérité autre, « almanach secret des grandes aventures ».

Ce brillant auteur fouille aussi les mots des doigts puisque peintre et …pas n’importe lequel !

Chaque double vers peut parfois devenir un aphorisme ou une citation universelle appropriée d’imagination cependant tout à fait personnelle.

La nature n’est pas oubliée dans cet étrange décor totalement réinventé ni non plus les bouleversements de l’Histoire, évoquée en très peu de mots, de façon grandiose, avec, par exemple, ceux-ci : « la poussière des siècles sait la vie d’une tête coupée ».

Derrière toute cette inventivité…un énorme travail duquel rien ne parait, à première vue, vouloir subsister tant la structure de l’ensemble est en fait très équilibrée.

Ces textes sont, en réalité, tout à fait écrits pour être compris, même lus et partagés à haute voix.

Après avoir lu Picabia, on ne voit plus tout à fait le mot de la même façon, un peu comme si on découvrait que sa voisine de pallier, méconnue la plupart du temps, se révélait être un Prix Nobel…

L’auteur se justifie même de la duperie dont il pourrait être l’objet, précisant en sorte par là qu’il a, en réalité, tout prévu. .. : «  A tous ceux que démange l’encre de dire que ce langage est sans pensée, je conseille la visite dangereuse du jardin zoologique ».

Edité en 1947 chez GLM, soit Guy Lévis Mano, lui-même un brillant poète du 20ème siècle, cet auteur qui, dans le fond, parle peu de l’amour, achève son recueil par « derrière mes rêves il y a toi », nous surprenant une fois de plus, rappelant que l’essentiel doit être magnifié par un non-dit précisé autrement que dans une réalité convenue.

Presque l’inventeur d’une autre langue passée de l’autre côté du miroir pour mieux encore admirer tous ses reflets.

Patrick DEVAUX, juin 2015

La Patagonie

de Perrine Le QUERREC, éditions Les carnets du Dessert de Lune, novembre 2014

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Il y eut les dadaïstes, les surréalistes et il y a, parmi les novateurs (trices) actuel(le)s, Perrine Le Querrec dont le nom propre, à lui seul déjà, fait penser aux aspérités du langage.

Prenant les choses de la vie à pleine plume, elle effleure d’une vivacité très neuve tout ce qui lui tombe sous l’idée, rendant « voisine » la moindre apparition : « En rentrant chez elle, elle a croisé un papillon qui dévalait l’escalier sans jamais toucher le sol ».

Mais soyons clairs, cette délicieuse prose poétique empreinte d’un évident contexte non « social », mais bien « sociétal », est absolument sans concession : « On parle toujours d’elle au passé, comme si elle était déjà enterrée, alors qu’elle se tient là, debout devant eux ».

Aucune omission dans cette approche, très travaillée  qui demande beaucoup d’énergie car « un mot qui ne donne pas au dehors, un mot entouré de murs bouché par des portes surveillées n’est certes pas un mot ».

Si sa démarche se satisfait régulièrement d’envolées lyriques, l’auteur aux très belles images inventives n’en évoque pas moins ses propres questionnements : « Et ce temps qu’il faut pour s’habituer aux coutumes du monde » nous dit-elle où parfois le fait de compresser ainsi l’écriture suffit à tout dire : « …la même ligne de salive enferme le secretdanslesecret le corpsdanslecorps sexinsex à même la nuit ».

Perrine, avec son prénom de contes de fées, porte sur elle le collier princier de la poésie : «  Elle n’a accroché à son cou Qu’un lacet de vent, un cordon de lumière ».

Aussi photographe, l’auteur agrémente son livre, non de photos, mais d’Art Photographique… « Et devant elle tout ce qui l’attendait, l’effort du restant de sa vie… »

Patrick DEVAUX, mars 2015

La pleurante des rues de Prague

de Sylvie GERMAIN, éditions Gallimard, 1992

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Etranges apparitions de cette géante, silencieuse pleureuse, arpentant les rues de Prague en boitant.

La description floutée par le brouillard local ajoute au mystère de l’intention pas du tout cachée de cette brillante écrivaine : révéler toute la douleur humaine à partir de toute son observation d’Humanité, fût-elle guerre, souffrance.

La pleureuse est une éponge à guerres, misères humaines accumulées…

Sa présence est un fait, donc non redoutée.

Reste une description étonnante de cette belle ville qu’est Prague.

Certains passages très poignants donnent une étrange luminosité à cette façon de voir : « c’était un temps où certains hommes avaient ordonné à d’autres hommes de porter une étoile, rien qu’une étoile, à l’exclusion de toute autre chose, fût-ce leurs propres noms… ».

L’ « apparition » persistante et répétée n’est pas lassante. On s’habitue (hélas ?) à sa présence. On l’attend presque. On sait qu’elle va venir…

Ce roman en appelle à tous les sens : « Elle écoutait le fleuve, la mémoire de l’eau et des berges, elle écoutait la nuit, la nuit sur Prague, la rumeur des vivants, elle écoutait l’étoile… ».

Le texte n’en n’est pas « noir » pour autant, la beauté de la vie éclaboussant l’étrange passante : « Il dansait, le cygne, il dansait comme danse un sorcier qui incarne la pluie, le soleil, la fécondité de la terre… ».

Quel talent pour décrire Prague, la ville restant partout en points de suspension, comme si on la regardait d’une terrasse.

Je connais cette ville. Je la reconnais.

Je l’aime encore un peu plus : « Un instant, la vie est là, lumineuse et le monde nous est offert. Cela ne dure pas, mais cela laisse des traces »…

Patrick DEVAUX, février 2015

Troublé de l’éveil

d'Emmanuel PIERRAT, éditions Fayart, 08/2008

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Ce livre procède de l’étrange confidence d’un supposé insomniaque hyperactif, ce qu’on est rapidement quand on ne dort pas.

Monde de la nuit évoqué solitairement mais avec éternelle interrogation d’autrui faisant état de cette étrangeté.

Si « il est difficile, au début d’une liaison, de ne pas jouer au compagnon équilibré », le narrateur prend l’entière responsabilité de son état et vit sa propre vie augmentée de ce qu’il considère, la plupart du temps, comme un avantage, mais passant par tous les stades d’occupations nocturnes relatant avec un certain humour des activités qui ne lui conviennent pas toujours : piètre cinématographie ( films d’ »horreur »), voire soulographie.

Une approche quasi médicale du phénomène est également évoquée, l’auteur rappelant différentes tentatives de pharmacopée, appuyées d’une approche évolutive et historique du « somnifère »

Tour à tour agacé de ne pas dormir ou de dormir trop à la suite de deux nuits blanches, le « troublé de l’éveil » tient à gérer le phénomène qui lui permet, notamment, d’écrire…

Pas vraiment insomniaque mais non plus dans la totale réalité nocturne des autres, la vie semble bien menée, le problème étant évoqué, dès l’enfance de l’auteur « soupçonnant les médecins, sans rancune aucune, d’avoir été tantôt las de traiter son cas, tantôt curieux de l’effet produit ».

La vie de l’auteur, avocat international, voyageant notamment en Inde, est, de plus, particulièrement active.

Parfois questionné, le « troublé de l’éveil » botte alors en touche sous forme de boutade : « je ne suis pas hindou et ne crois pas à la réincarnation. Je ne dispose donc que d’une seule existence pour tout accomplir ».

Vivre la nuit ; ce tour de passe-passe qui augmente le temps…Tout un programme…

Patrick DEVAUX, janvier 2015

Manuel du guerrier de la lumière

traduit du portugais (Brésil) par Françoise Marchand- Sauvagnargues avril 2012

de Paul COELHO, aux éditions « J’ai lu »

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 On ne passe à travers la luminescence d’un auteur comme Paul Coelho dont la réputation n’est plus à faire, sans rester quelque peu « éclairé ».
Le « manuel » de Paul Coelho est un texte fondateur, révélateur, monumental de douceur humaniste. Cette douceur requiert aussi une grande part de fermeté, une progressivité dans la « lutte ».
En ces périodes troublées de drapeaux noirs en tout genre, ce livre constitue une éclatante puissance solaire.
Quand on lit Coelho on ne songe presque pas à un autre écrivain car il se trouve au sommet des références littéraires.
En lisant Coelho, et cet ouvrage en particulier, je me suis senti changé dans mes propres pas, comme après avoir lu « Terre des Hommes » d’Antoine de Saint Exupéry.
Le guerrier de Coelho ne souffre d’aucune concession ; sa bataille est permanente, lente et constructive : « Le guerrier de la lumière a besoin de temps pour soi. Et il consacre ce temps au repos, à la contemplation, au contact avec l’Ame du monde. Même au beau milieu d’un combat, il parvient à méditer ».
Le texte aurait pu être une sorte d’apologie du syncrétisme. Il est, à mon sens, bien autre chose.
La pensée est plus mouvementée, plus active que celle des bouddhistes, moins guerrière que le combat des anges contre le Mal. Paul Coelho ne « cartographie » nullement cette lutte, intérieure certes avec les pénombres de soi-même, mais aussi extérieure, à convaincre de sa lutte d’autres guerriers de la Lumière…
Ce texte brille entre les mains, rayonne à tel point que le fait d’uniquement toucher le livre nous restitue à toute absence de doute…
On le lit comme on regarde une course relais, ayant l’impression d’un éternel passage de témoin, en continu.
Ce grand livre ne s’arrêtera jamais, mouvement perpétuel entre le « vécu » et le « à vivre », même si « un guerrier de la lumière ne peut pas toujours choisir son champ de bataille ».
Ce texte plein d’humilité se sent responsable de notre Humanité. Méritons-le ! Méritons-la !

Patrick DEVAUX, janvier 2015

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Commentaires

15.04 | 22:35

Revue toujours au top; nombre d'auteurs croissant; chaque numéro amène de nouveaux talents, de nouvelles trouvailles et...quelques belles illustrations!

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15.04 | 17:48

Les poètes, on le lit bien, sont bien au courant des instants de lumière qui parfois flirtent avec l'ombre; il en va ainsi de toute la vie...

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13.04 | 15:38

Merci Monique, ce sont les danseurs en cours d'études professionnelles au Centre de formation en danse Off Jazz, qui ont donné leur passion et talent au public

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10.03 | 10:33

c'est beau, c'est très beau. Oh que j'aime cette aspiration à la lumière !

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