Eté 2014 : Auteurs de A à Z

Les éclats de l'être (Extraits)

L’apparence de soi. – Comme les vêtements, la coiffure, le maquillage et les accessoires de mode ont transformé le corps en une apparence qui fournit un vernis de civilisation au matériau d’origine, ainsi les discours et les pensées ont ramolli les instincts : cela constitue l’apparence de soi.

Le paradoxe des timides. – Ne rien évoquer d’autre que soi, cela relève d’une timidité bien paradoxale.

Se rater soi-même. – À partir du moment où vous décidez de réussir votre vie, il est nécessaire de vous forger une volonté d’acier, affirmait un conquérant.
– Et tu n’as pas l’impression, avec cette démarche, de te rater toi-même, lui répondit un observateur amusé.

Devenir soi-même et rester soi-même. – La personne qui accède à elle-même renonce à devenir quelqu’un ; la personne qui rêverait de rester elle-même en toute circonstance renonce à devenir autre. Pourtant chaque circonstance transforme soi-même en ce qu’il n’a pas encore l’habitude d’être : elle aiguillonne avec ténacité, elle a pour mission de stimuler l’évolution !

Par l’élévation de soi, indissociable de l’échange avec l’autre, l’individu normé accède au statut d’être libre.

Frédéric DECHAUX, Juin 2014

Hic et nunc

Les malons

On appelle cela ici des malons. Ce sont des carreaux d’argile rouge de forme hexagonale dont on recouvre les sols. On les cire pour les faire briller. Leur couleur est belle et chaude, mais le pied qui s’y pose n’en est pas moins glacé au petit matin.

Sibyllines mouettes

Le comportement des mouettes est déroutant si l’on prend le temps de les observer. On s’attendrait à ce que, comme de vieilles personnes inactives, elles se rejoignent quotidiennement au même endroit pour caqueter, comme on croit les voir faire la première fois. Il n’en est rien.

On les aperçoit un jour planer, haut, presque immobiles et silencieuses au-dessus des plages au sud. Puis on ne les y revoit plus. Elles font des boucles entre les collines, plongeant et remontant en poussant de grands cris. Le lendemain, elles se sont donné rendez-vous sur quelques toits, des toits parmi tant d’autres. Elles se tiennent droites sur les chapiteaux des cheminées. Elles semblent contempler un spectacle que nul ne perçoit.

Parfois elles traversent le ciel pressées, sans qu’on sache d’où elles viennent ni où elles vont, dans une formation à peu près régulière, en un grand V à la suite du meneur. Deux alors se détachent et se mettent à tracer lentement des boucles avec des cris d’animaux qu’on étrangle. On se demande ce qu’elles attendent : un autre groupe qui les rejoint, et toutes repartent en formation dans la direction où ont disparu les premières pour dieu-sait quel rendez-vous.

Les anciens augures, Phocéens et Romains, lisaient dans le vol des oiseaux. Et en effet, lorsqu’on les observe, il y a bien matière à lecture.

Propédeutique

Tu n'ignores pas que tous les corps sont soumis à la force de la gravité, qui les attire vers la terre. Ils sont aussi soumis à celles de la poussée, la force qui fait flotter les bateaux et que nous a enseignée Archimède.

Quand le centre de la poussée d'un corps se trouve au-dessous de celui de la gravité, il flotte. Quand il est en dessus, il coule. Quand un navire est immobile, son centre de gravité est à la verticale de son centre de poussée. Lorsque la coque gîte, le centre de poussée se décale vers le bord qui se penche. Il se décale davantage que le centre de gravité. Si jamais le centre de gravité se déplace au-delà du centre de la poussée, le bateau se retourne.

Plus le centre de gravité est éloigné au-dessus du centre de la poussée, moins la coque a de tirant-d'eau, mieux il flotte et plus il est rapide. Plus aussi, il lui est facile de chavirer. Ce qui peut se corriger par une quille, une large coque, une double ou une triple coque.

Pourquoi les lois de la physique paraissent-elles obéir à celles de la géométrie ? Voilà encore une question qui ne manque pas de profondeur.

Il est heureux que notre corps n’ait jamais eu à connaître les lois de la géométrie avant de pouvoir remuer. Il n’est même pas nécessaire de les connaître pour naviguer. L’inverse n’est pas vrai, il était nécessaire de savoir naviguer pour connaître ces lois, si l’on doit croire Galilée qui suivit de près les chantiers navals de Venise pour construire ses sciences nouvelles.

La réponse à de telles questions repose en quelque sorte sur toute la profondeur de la mer.

La murène

La murène de Méditerranée est plus petite que celle de la Sonde. Elle dépasse rarement le mètre cinquante, quand les secondes peuvent avoir plus de trois mètres. La murène de la Sonde est un animal plutôt placide qui en principe n’attaquerait pas l’homme, sauf si elle se sent elle-même menacée. La murène de Méditerranée n’est pas non plus particulièrement agressive, en principe. Personnellement, je préfère m’en méfier. Même sans intentions particulièrement belliqueuses, ses mâchoires peuvent causer de vilaines blessures. Elle paraît certes tranquille dans son trou, parfois curieuse, et même joueuse, mais elle pourrait bien mordre seulement pour jouer.

La murène vit dans un trou de rocher dont elle ne laisse sortir que sa tête. Elle y guette ses proies : crustacés, mollusques et petits poissons. De forme serpentine, elle ne possède qu’une nageoire dorsale sur tout le long de son corps. Sa peau est lisse, épaisse et sans écailles. Sa bouche, garnie de dents longues et acérées, est capable de s’ouvrir à quatre-vingt-dix degrés. La murène est à ma connaissance le seul animal qui possède une double paire de mâchoire, comme l’alien du célèbre film de science fiction éponyme, dont elle a certainement inspiré ce détail. Des mâchoires pharyigeales sont rétractées dans sa gorge. C’est ce qui donne à sa tête son impression menaçante, avec un renflement du cou comme si elle avait un goitre. Cette double mâchoire est projetée en avant dès qu’elle ouvre grande sa gueule.

Sa face est plutôt hideuse, mais la murène peut devenir très belle en mouvement quand tout son corps ondule. Selon Pline, les Romains élevaient et apprivoisaient des murènes dans leurs atriums. Crassius tomba même amoureux de l’une d’entre elle. Il lui fit faire à sa mort des obsèques somptueuses, et la pleura longtemps. Pline conte aussi l’histoire de Pollion chez lequel dînait un jour l’empereur, qui voulut faire jeter un esclave vivant après qu’il eût renversé un plat à ses murènes pour qu’elles le dévorent.

Ce matin, une murène imprudente de plus de quatre pieds est passée à portée de mon fusil, et c’est elle qui sera dévorée.

L’Ouest et l’Occident

La rade de Phocée est peut-être le seul endroit au monde où ces deux notions se confondent, se superposent : l’Ouest sauvage et l’Occident antique.

Quoi qu’on fasse de cette ville, elle ne semble pas à sa place, ni dans l’espace, ni dans le temps : un rajout précaire à un site qui demeure résolument sauvage. Comme la pierre blanche qui resurgit partout, autour de laquelle la terre est perpétuellement lavée et arrachée avec la pauvre végétation qui tente de s’y accrocher, tout ce que l’homme a fait ici ressemble à une pellicule éphémère, artificielle ; un masque qui ne masque rien, un masque que le temps déchire, sans rien derrière lui, posé sur l’immensité vide de la mer, de la roche et du ciel.

D’ailleurs la ville n’a aucun passé, bien qu’elle soit la plus vieille de la côte Nord-Ouest de la Méditerranée. Elle ne conserve aucune trace de son histoire ; et d’ailleurs elle n’en a pas ; elle s’est retirée de l’histoire vers quarante-neuf avant l’ère chrétienne.

C’est une étrange condensation de l’Ouest sauvage et de l’Occident antique qui fait résolument l’impasse sur la modernité occidentale.

Les anciens appelaient cette mer la Mer Blanche. Pour moi son blanc est celui des statues et des colonnes délavées qui reprennent la couleur de la roche sauvage. La couleur des ossements.

Un centre dérobé du monde

Ce site fut à l’origine un bout du monde, l’extrême limite occidentale de la civilisation. Il est curieux que cette impression y demeure. Pour ma part du moins, je parviens à la retrouver intacte, comme si j’étais à Petropavlosk, à la pointe du Kamtchatka, à Punta Arenas dans le détroit de Magellan, dans les Hébrides, anciennes ou nouvelles, ou dans les îles Aléoutiennes qui ferment la mer de Behring. Il y a aussi pourtant quelque-chose d’un centre du monde, un centre dérobé.

Phocée est une ville étrange où, en plongeant dans son centre, on se retrouve dans sa banlieue, sa vieille banlieue avec ses petites ruelles en pente, ses escaliers et ses jardins ; et en s’y enfonçant davantage, quand on croit s’éloigner de tout, quand on s’attendrait enfin à déboucher sur un dehors, dans un monde sauvage qu’on sent alors si proche, quand on a déjà l’impression d’entendre la horde menaçante des chiens de la déesse chasseresse, on se retrouve au centre-ville, ou sur la Corniche, ou sur les grandes plages du Prado.

Géographie de Strabon

« La ville de Massalia, d’origine phocéenne, est située sur un terrain pierreux ; son port s’étend au-dessous d’un rocher creusé en forme d’amphithéâtre, qui regarde le midi et qui se trouve, ainsi que la ville elle-même dans toutes les parties de sa vaste enceinte, défendu par de magnifiques remparts. L’Acropole contient deux temples, l’Éphesium et le temple d’Apollon Delphinien : ce dernier rappelle le culte commun à tous les Ioniens : quant à l’autre, il est spécialement consacré à Diane d’Éphèse. On raconte à ce propos que, comme les Phocéens étaient sur le point de mettre à la voile pour quitter leur pays, un oracle fut publié, qui leur enjoignait de demander à Diane d’Éphèse le guide, sous les auspices duquel ils devaient accomplir leur voyage ; ils cinglèrent alors sur Éphèse et s’enquirent des moyens d’obtenir de la déesse ce guide que leur imposait la volonté de l’oracle. Cependant, Aristarché, l’une des femmes les plus recommandables de la ville, avait vu la déesse lui apparaître en songe et avait reçu d’elle l’ordre de s’embarquer avec les Phocéens, après s’être munie d’une image ou représentation exacte de ses autels. Elle le fit, et les Phocéens, une fois leur installation achevée, bâtirent le temple, puis, pour honorer dignement celle qui leur avait servi de guide, ils lui décernèrent le titre de grande prêtresse. De leur côté, toutes les colonies de Massalia réservèrent leurs premiers honneurs à la même déesse, s’attachant, tant pour la disposition de sa statue que pour tous les autres rites de son culte, à observer exactement ce qui se pratiquait dans la métropole. » Géographie de Strabon, IV, 1,4

[…] « Beaucoup de trophées et de dépouilles encore exposés dans la ville rappellent maintes victoires navales, remportées jadis par les Massaliotes sur les différents ennemis dont l’ambition jalouse leur contestait le libre usage de la mer. On voit donc qu’anciennement la prospérité des Massaliotes était arrivée à son comble, et qu’entre autres biens ils possédaient pleinement l’amitié des Romains, comme le marque assez, du reste, parmi tant de preuves qu’on en pourrait donner, la présence sur l’Aventin d’une statue de Diane, disposée absolument de même que celle de Massalia. » Géographie de Strabon, IV, 1

J’ai perdu l’adresse réticulaire de ce livre, mais il n’est pas dur de la retrouver. On ressentirait comme une impression de paradoxe temporel lorsqu’on se trouve en ce lieu-même, à ouvrir son portable et à accéder si simplement à ces textes si vieux qui parlent de ce qui leur était déjà un lointain passé.

Extraits de L’ANABASIX, ouvrage en cours et en ligne sur le site de l’auteur : http://jdepetris.free.fr/

Jean-Pierre DEPETRIS

La boîte à oiseaux

la boîte
aux lettres

 

a perdu
jusqu’à son nom

subsiste
pour l’oiseau

la seule fente
ouverte

du ciel

***

un ange
de
bavardages


habite
au coin
de la rue


mais
certains
disent

qu’il s’agit
d’une poète
qui cache
ses ailes


dans
des boîtes
à chapeaux


sans auréole

 

***

la journée
démarre
sur des bruits
de moteur


emportant
des enfants
à tartines
encore endormies


les villas
vides
la plupart
du temps


s’accrochent

à
leurs mensualités

de
portillons fermés

 

***

déposé
sur sa colline


comme


un oiseau
sans ailes


le quartier


ne bouge plus

 

***

un vieux
ira
tantôt
chercher
son jeune journal


un mot
pour aller

trois pas
hésitants
pour revenir

Patrick DEVAUX

Au fond

Au fond,
Elle dit,
Hélas,
Plusieurs fois de suite,
Hélas, hélas …
Une guillotine en face,
Là-haut, les yeux se ferment,
Les pleurs du temps s’arrêtent,
Les dernières paroles et la pluie tomba abondamment, lourdement sur la terre,
Une tète coupée, une belle histoire s’efface, derrière.
Si seulement...
Soupir en contemplant un visage,
Vouloir comprendre cette chose au milieu, au fond de ces pages.
Si seulement …
Ce Corbeau pouvait parler de cette naïveté qui ne cesse de déchirer les nuages,
De ce chant d’espoir montrant sa vieillesse, sa faiblesse,
Hurlant, s’étouffant dans son oreiller et laissant doucement le poison pénétrer.
Si seulement …
Ce Corbeau et son ami Oiseau pouvaient rechanter ensemble,
Et dire à ce vieillard au regard amer,
Qu’à droite le chemin mène à la lumière et l’autre jette brusquement en arrière.
Si seulement …
Un esclave pouvait choisir.
Entre laisser ses mains dans la poussière,
Et se battre contre ces bras qui ont poussé sa flamme sourde en enfer.
Au fond,
Le sommeil du mal est terriblement agité,
Seul dans un château où rien ne bouge, sauf l’ombre de la fatalité,
Regardant le plafond, cherchant le pardon,
Observant dans le miroir ses yeux, ses joues tremblantes, ses rides,
Son regard qui le percute de plus en plus dans le vide,
‘’Pardon … ! ‘’
A écrit sur les murs.
Au fond,
Ces trois chemins mènent au cimetière
Ö Mort !
Votre odeur,
 Votre lueur,
Proche, proche,
Ö Mort, la seule réalité, prend cette illusion en douceur

Khalid EL MORABETHI, Oujda (Maroc)

Pensée

A  quoi je pense ?
A ce monstre,  beau même lorsqu’il pleure,
C’est magnifique de regarder  cette charmante mélancolie et cette douleur,
Chaque soir,
Il chante pour sa petite fille qui aime la regarder dormir,
Il se dit qu’il pourrait la rendre heureuse avant de mourir,
Qu’il voudrait être toujours présent,
Et la prendre dans ses bras gentiment,
C’est ces yeux qui lui donnent le sourire,
Et sa façon innocente de dire ‘ Papa ! ‘’
C’est sa force a l’intérieur de son petit cœur qui crie ‘’ Ne t’en va pas !‘’
Il voudrait continuer à lui dire avec certitude que les étoiles ne brillent que pour elle,
Qu’il l’aime, qu’elle est son oxygène, qu’elle est belle.
Monstre chante,
Promet,
Qu’il va se battre,
Pour que sa fille puisse goûter le bonheur,
Dont ils n’héritent pas.

A quoi je pense ?
A ce rêve bien écrit,
Elle rêvait d’être une reine,
Elle rêvait de son prince, elle attendait pour qu’il l’emmène,
S’enfuir, voler, briller au sommet des montagnes,
Et disparaître telle une étoile,
Elle rêvait…
Vieille aujourd’hui,
Elle écrit, seulement pour faire cesser les bruits,
Et silencieusement, Elle espère,
Quitter son monde,
En Beauté.

A quoi je pense ?
A ce vide recréé,
A cette voix inouïe,
Qui me donne une envie de m’excuser d’être la, en vie.

Khalid EL MORABETHI, Oujda (Maroc)

Ha ! La bonne Santé !...

HA ! LA BONNE SANTE !..

s’écriait Antonin Artaud, déjà plongé dans un monde prophylactiquement correct censé préserver cette « bonne santé ».

Pourtant les paysans de l’ancien temps qui vivaient dans des conditions de pauvreté et de malpropreté respiraient généralement la santé. Il est vrai qu’ils s’en souciaient peu et la vie rude en montagne (idem en mer pour les marins) paraîtrait crasseuse et répugnante pour les proprets petits-bourgeois d’aujourd’hui qui ne les prendraient pas avec des pincettes.

Le crotté, le crasseux, le bouseux trouble l’épousseté actuel n’ayant jamais vécu à la dure ni même voyagé dans des pays du tiers-monde. Le pire qu’il a connu étant le camping… Etre convenable pour être sortable satisfait la bienséance compatible avec le confort, la force des cons… Comme si l’immaculé « Monsieur Propre » qui nettoie tout du sol au plafond était l’idéal de l’être moderne se prélassant dans son « cauchemar climatisé » selon Henry Miller. Un monde aseptisé…

Balayez ! Nettoyez ! Epongez ! Et n’oubliez pas d’astiquer, de récurer et de désinfecter. Plus ce sera rutilant plus votre villa-témoin aura l’aspect de chambres d’hôtels à quatre étoiles.

La personne-époussetoir bien propre sur elle croit sans doute avoir des pensées aussi nettes et saines qu’un blanchi à l’eau de javel ou à la Benzine. Mais ne confond-t-elle pas être et paraître ? Et ne faudrait-il pas savoir s’adapter ?

Abstergent abstersif, détergent détersif, sont passés et repassés après que le balai de chiendent ait raclé toutes les poussières de ce monde de poussière… Les lustreurs polisseurs sont bien polis mais facilement dégoûtés et bouchés à l’émeri, comme la poudre « émeri » qui polit pierres et métaux. Le gant de crin ne suffit pas pour poncer les corps tout comme il est inutile d’astiquer une tuile pour en faire un miroir… La beauté se cache sous la laideur et l’immaculée perception est voilée par « l’Immaculée Conception »…

Santé ! lance alors le solitaire goguenard aux pissefroids obsédés par le ménage et la bonne santé, visages pâles aux culs-pincés qui ne rotent ni ne pètent ni ne suent… « Cette hydrothérapie est grande responsable de la fadeur des êtres actuels, navets détrempés. « Garde ton génie, garde ta crasse », conseillait le docteur Louis Ferdinand Céline, auteur pourtant d’une thèse sur l’hygiéniste Semmelweis. Il s’adressait à son ami Albert Paraz (« Le gala des vaches », ed. de l’Elan, 1948, p.129) Mais tout est relatif, dit-on…

« Pour penser la poussière, il faudrait aller voir ailleurs, autrement. Réfléchir par d’autres voies. Du côté du fluide plutôt que du solide. Du flou plutôt que du net. Du discontinu plutôt que du stable. Vers les fumées, les brouillards, les nuages, les scintillements éphémères. Vers l’attention portée au rebut, la rédemption des déchets, l’égale dignité de toutes les matières. » (Roger-Pol Droit)
                                  
                                 Daniel GIRAUD, Sentenac d’Oust (09), juin 2014

CHAPALA

ROUTE VERS…..

Il y a les hommes,
poil à poil, moustache dessinée,
et leur sourire est dru.
Je me laisse prendre à la forte mâchoire
au carré des pommettes…
hommes taxis de Mexico
sachant sourire et parler doux.
Coyoacán… quartier de confins
je n’y ai vu ni femmes belles ni beaux hommes,
juste une foule aux pieds plats
juste un écoulement sans urgence
rasant les façades aveugles.

Mais du voyage ce fut Chapala
qui le mieux fut à moi…
Un lac…un lac grand et gris
mais moins lac que mer
bords perçus plus que tâtés
à bout de regard.
Les roses de noël y croissent
branches grêles et gros rouge.
J’y ai vu l’araignée
sur la maison abandonnée,
avec sa panse heureuse
de propriétaire sans papiers.
La fillette grimace
serrée dans son corset,
communiante à clavicule nue,
anglaises emperlées,
cils laqués
hélas pose,
sur sa lèvre
un sourire est prostitué.
Façades célestes,
festons minutieux des feuilles.
La très vieille dans sa couverture
verte et brodée
a l’épaule tombante,
la fleur en vente sur son ventre dressée.
Partout il y a des lampions lourds
nasses où la lumière
glauque se prend.
« Chapala rinconcito de amor »
Et nous y fûmes en paix,
contents de nous, des autres,
placés presque sous le cintre d’amour.
Mais les choses se vivent au plus vite
Et nous n’avons pas suivi le ponton
droit planté dans le mercure lacustre.
La Sierra Madre frise,
toison courte et pubescente
sur les versants boulus.
Es-tu, campagne de Jalisco,
bien autre que celle, andalouse,
dont la nudité parfois me fait croire
à un destin du monde ?
Réponse des végétations rêches,
des orographies austères,
si dépouillée que sans contexte
je n’en saisis aucunement le sens.
Le chant a capella
du maïs et du haricot,
cela m’arrive si pleinement
que j’oublie tout besoin de musique.
L’homme au chapeau de vacher
sans ventre sous la chemise large,
abat sa hache sur le poteau
miraculeux dont chaque éclat brut
suinte une sève de guérison.
Que choisir de guérir
dans la maladie vaste du monde ?
Nous ne mangerons pas, dans le gobelet blanc,
des melons, mangues, et mandarines
la tranche bien équarrie…
mais nous emporterons sur la berge qui,
me dit-on, fut colonisée jadis par la fibre du lys,
l’éclat des pulpes vernissées par le jus.
Tu mets, Maria de Cadix, ton regard
dans les corsages des stands à Chapala,
et entre les pavots, pivoines et marguerites
se brode aussi ton iris azuré.
Tout le lac frétille et le peuple menu
se brumise d’argent.
Tout bas, en cantilène, je répète « Mexique »
et ne retrouve aucun émoi épique…
Le mensonge du familier
croche ma nuque, mate mon émotion.
Et pourtant, j’ai vu d’un regard lavé
sur cette terrasse léchée des clapotis,
l’enfant vendeur de baies
qui tend la framboise et la mûre
au gros grain mamelu…
le mariachi du Nord,
court sur patte et ventru
tenir à sa lèvre
le chant qui grelotte, se déprend,
et humecte nos yeux d’un embrun…
Le nom d’un dieu
auquel se plaît la bouche,
gonfle ce qui à Chapala
de l’araignée garde les demeures ruinées,
de l’enfant le sein mal éveillé
de la vieillarde la fleur indurée,
de la nasse l’éclat coagulé,
des baies le lustre bombé,
du musicien la mélodie tronquée,
Et voilà que l’insinuation électrique
de divine énergie
est en sautoir au cou
du marchand méditatif
qui porte câble et batterie
pour dépiter les démons, vivifier le sacré et
 ranimer l’envie…
Ah, cette décharge-là, de table en table offerte,
monnayable à merci,
et dont j’ai fait l’économie.
Je repense, non sans frissons,
au foyer déserté où tisse l’araignée
à la fille dévêtue qui a brouté l’hostie,
à la femme de cendre vendant la fleur morne,
mais à lui, lui aussi, le maître de la hache,
abattant le coup droit sur le pieu des magies,
nous nous sommes regardés  et il ne m’a pas vue !
Ô ma joie de Chapala… grappe à satin violâtre des talcs du raisin.

Joëlle GUATELLI-TEDESCHI, Grenade, Espagne, Août 2014

Francine

Il ne lui restait qu'un an à vivre à la mère éternelle. La neige la recouvrira, et des feux-follets m'en souviendrais, avant dans les Alpes françaises, femme était les feux-follets. L'homme à la pièce, trouva l'écu. L'homme qui était son homme lui demanda de l'eau bouillante à boire. Il revint comme si la femme lui appartenait, mais tableau noir lui fut acquis. L'homme alors hurla de son cheval, la mère parla de Gargantua. La fille avait-elle du sang coulé depuis ce jour-là comme un écrin de fumée ? Ça résonnait jusqu'à l'entre vaux comme deux cœurs de lionnes qui se battaient pour prendre leur poids. Vulcain, s'éteignit pendant vingt années durant, vint sans étoile. La sœur était filante. N'était-ce pas mieux ainsi à vouloir la capturer où l'enfant naîtra sans comprendre ? parla en lui ne venant pas, jusque-là amoindri, trois à comprendre, souffrir du chaud et du froid du manger et du boire, les années passent qu'il revient en France à feu et à sang mais parle enfin. Puis, sang contre Anglais, sortit trop tard du ventre de sa mère.
Leur année à vivre, à percer l'homme, espoir de chagrin, en oublient la parenté. Réduit la peine clameur unanime ne l'attendit pas, mais la femme qui le reconnut à son visage ainsi jusqu'à l'aube derrière lui. Moi morte dans mon tombeau ne le découvris qu'au matin, rien pour asseoir sa peine comme étoile au front, et laissant enfin son âme, tout cela pour un matin après que le soleil soit au zénith, ni réjoui, ni vieilli, ô race de l'homme, ne vole aucun feu, déjà la femme prépare ses affaires. L'été solitaire aux marches réapparaissant, mais n'est plus ruine estimée qui ne pondit l'humain, « alors, dit-il, il faut en finir de cette affaire bien tenue car pleine d'un saut de puce ». Elle là, gémit, trouva source, et l'homme enfin put apparaître jeune et elle vieille, puisque ma joie en épi, où l'homme dit attendre vingt ans avant la vieille lune. Séléné déjà les guettait comme ils se trouvèrent des terres, et point l'enfer de l'eau. En nous alors hurlait mieux que la jeunesse ; hurle à s'y crever, puisque la prophétie est terminée de la femme et du jeune.

J'ai mal, comme mal dormir peut raconter les rêves réparateurs, où enfin la santé parle. Père si humais où j'apprends la sagesse nouvelle : celle du baiser tendre, tant attendu, mieux qu'un songe, humaine, humaine comme un jardin parmi les jardins, la perle porte le nom, grise comme le galet qui sort de l'eau. Jamais tendre ne fut baiser d'enfant, déjà la bague éclairait le foyer, mais l'adolescente garde le miroir. Quand, dis, depuis quand ? La mémoire des parents où l'ombre d'un printemps continu à me faire sourire. Père, la sagesse me guide vers toi, Dieu me regarde. Avec toi j'ai appris que les sages restent sur terre. Père je sais que la terre souffre, Jean-Pierre à mes côtés, me pardonne cette erreur de ne pas aussi être déesse mais simplement femme. Des bises père. Patriarche, la foule m'a grisée, toi qui es revenu d'un si lointain voyage, pour parler à mon cœur.

Je suis restée « trop longtemps dans le ventre de ma mère », dans ses jupes, avais-je dit à un poète. Dans ce monde en retrait, parfois le parfum de son cou m'amène l'oubli de cette terreur. Sans espoir des vents revenus, oublie la peur des branches tordues qui plient avec leur sève, droites et vertes. Le vent arrache la feuille morte, de ma chambre je vois ces arbres au nom que je ne connais pas, depuis tant d'années ne voir que ce paysage !
Là où le souffle est calme, atteindre la certitude de la vie. Dans un élan, dans les livres écrits, la parole rieuse. Faut-il languir d'autres jours ? Où assise à ma table j'écrirai un livre d'or, et alors je redeviendrai la petite fille attendrie par tant de sagesse.

L'angoisse du père, la peine de la mère, j'ai mon œuvre devant moi. La rose, de sa longue tige, n'a point d'épine, comme prière fruitée pour des mains tremblantes de beauté. La parole entrecoupée de silence ou le silence entrecoupé de paroles ? Communier avec les étoiles, d'où l'on voit la terre bleue, la terre qui vit unie et solidaire. Aussi, pour desseins le passage dans cette immense bonté, de la virile ardeur perdue. S'écoule la sagesse pleine de lueur, parfois aussi, pressée j'attache le noir.

La vision de l'oncle, fulgurance émotive, comme écriture coule le long du destin. Marcher, par plaisir de la brise et du vent, comme pressée par des mains invisibles, effleurer la terre. Le train siffle quand il rentre et sort de la gare, j'apporte avec moi ma part de joie. Un peu décalée mais à l'aise pourtant, menue et sensible, je crois le yin-yang. Voir les Alpes refleurir, avec toi chère amie. Aller où l'on veut comme pèlerin porte bâton. Au bout du trou noir, quand la sagesse rime avec bienheureux, alors vie reprend nouveau souffle.

La terre, la boule de terre, mère patrie. Qui est le plus fort ? Le ciel serein où attend chaque destin comme autant de graines semées. Les pères, les fils, les pères et les mères et leurs enfants, comme jours meilleurs à croquer. Plume rapide, ronronnement des camions, je passe du chaud au froid. Mon caractère renforcé, j'avance droite sur la porte du temps.

Je ne rêve plus de l'homme à deux-têtes : l'imposante mémoire solaire. Rêver de mon homme serait un gain favorable. Recommencer avec lui la blancheur de l'habit, je me souviens d'un regard triste, bientôt l'heure de l'Angélus. Nous restons impassibles, le regard que nous portons sur les chuchotements me laisse les bras ballants pour recouvrir nos tombes, nous quittent les âmes défaites par tant de dix-huitième siècle. Notre renaissance probable comme on trie « le bon grain et l'ivraie ».

Le cœur ravi, te laisser conduire jusqu'à la Sainte Baume. Les abeilles à la fontaine, le pique-nique sur le plateau et les branches ramassées pour le feu des moines.
Notre maison habitée par tant d'objets hétéroclites ressemble à un bateau ancré dans le flot de la ville. Le jardin où Mimi se prélasse est parfumé de terre, presque sableuse dans cette ville construite sur le calcaire. Terre de garrigue et de vignes. Vivre en écrivant est comme le monde à portée de main, et puissant moteur du savoir et de l'intelligence. Le stylo comme un bouquet d'encre, a l'ampleur des langues. Comme l'électricité dans les neurones qui amènent le mouvement, les signes écrits vivent  d'éclairs de polysémie. La lecture comme on regarde un tableau, s'y promener, chaque fois nouvelle. En harmonie écrire la sagesse paternelle.

Francine LAUGIER, mai-juin 2014
http://francinelaugier.free.fr//

POEMES DEBOUT

Je me tiens debout
A la croisée du jour
Je guette les traces silencieuses
Les perles de rosée
Le vent frais
Le battement d’aile
L’éclat du ciel
Qui signifieraient

Je me fie
A leur message éphémère
Je m’abandonne à leur calme saveur
Je goûte à la joie juste
Accordée

Je ressens l’arbre
Dans toutes les fibres de mon corps
Son élévation souveraine
Et son repos royal

Je consens à n’être
Que ce que je suis
Simple passant
Mortel
Mais jugé digne
D’un tel royaume

Je suis ce quêteur
D’instants immobiles

Rêveur aux yeux ouverts
J’habite le présent

*

J’écrirai encore longtemps
sur le front de tes nuits

Je marcherai comme un enfant
Fidèle à l’incroyable étoile
Jamais conforme
Toujours ailleurs
Joyau étrange
Scintillant dans la trame obscure
De ma vie

Là où tu n’es pas
Je t’invente
Là où tu demeures
Je te suis

Tu es l’oiseau
Qu’aucun doute n’effleure

Tu es présence pure
Toujours offerte
Cadeau de nul vouloir
Impérieuse patience
Douceur
Etreinte
Parfaite joie

*

Mon poème est le secret
Qui me met au monde

J’écris pour naître
Pour laisser venir à moi
Une saison de grâce
Que le printemps et l’été
Ne font qu’entrevoir

Qu’est-ce qui bourgeonne ainsi
Qu’est-ce qui s’élance
Qui outrepasse mes silences

Je ne réponds à nulle question
Je laisse croître
Ce qui m’habite
Au plus intime de moi-même
Et qui n’est pas de moi

Je deviens cela
Que je n’ai pas rêvé
Mais qui m’est accordé

Je suis ce ciel qui me devine
Tel qu’il s’écrit
Cette terre et l’espace au devant

Comme à la bouche de l’instant
En eux je communie

Jean LAVOUE

Poèmes

La nuit s’ébauche
Est-ce de trop durer

L’hiver est un ami
Quand l’âme est au repos

Ne pas craindre le ressac
Les griffures du manque
L’envol de la lumière

Se tenir nu
Dans le jour gris
Mûre patience

Etre simple promesse

*

Je n’écris pas pour dire
Mais pour être dit
Par cela qui m’excède

Pour me tenir ouvert
Libre de toute attache
Devant le jour qui naît

Nul engagement
Pas de ligne à tenir
Mais le cœur franc
Et délivré de tout ce qu’il n’a pas su être

Je balise pas à pas
Les sentiers de mon ignorance

Je parcours sans me hâter
Les trouées du mystère

Chaque empreinte
Chaque brindille
Chaque cri d’oiseau
Chaque toucher du vent
M’est déchirure
Dévoilement de l’insu
Précipitation d’inconnu

*

Qu’est-elle cette voix
Que tu peux ne pas entendre
Pendant des mois
Alors qu’elle ne cesse
De murmurer à ton oreille
Et qui ne se décourage pas
Qui reste là invincible
Sur le seuil
Et qui n’ose entrer

Même silencieuse
C’est elle qui te façonne
Au fond
Qui te connaît
Te tire en avant
T’encourage

Tu la laisses te faire
Et te défaire
Tu ne la contraries pas

Seulement quelquefois tu l’oublies
Mais elle ne t’en veut pas

Elle est patiente
Ardente
Humble
Souveraine

Elle est celle qui se tient
En tout temps
En tout lieu
En avant de toi-même
Là où tu es connu

Par-delà le don

*

Faire confiance au silence
C’est la source
De ta joie vitale
C’est ton viatique
Ton geste d’affranchi
Ton parler souverain

C’est le style de ta voie
Ton enseignement
Ta parabole et ton miracle

C’est le trésor enfoui
La perle de grand prix
Le levain qu’une femme enfouit dans la pâte

C’est l’aube sur le lac
La lumière qui brille
Pour tous ceux qui sont dans la maisonnée

*

Tu sais que tu peux faire confiance
La source est là
Intacte et pure

Jean LAVOUE, 30 Août 2014

Poèmes

New-York :

J’ai déploré la mobilité des astres
Près des chiens de garde,
Des misères

Capital des ombres
Et phares de voitures,
L’homme meurt délicatement

Regarde ces alentours
Les nouveaux soleils
Sur les autoroutes à vif
Dans le sillage des royaumes pourrissants

Renaissance dans des millions de directions
A la lisière des aubes solitaires
Paupières closes sur les amertumes
Filtrées aux couleurs des injures

Le tabac goût de sang
Fumer et tuer
Pour un cœur dépressurisé

Des entrepreneurs de morales
Parlant la matraque
Avant d’apprendre les dialectes
Des dix milles planètes

La lutte des classes, les grèves, les cracks
Ça casse, foutue peur viscérale

Les horaires de cinéma sont en bas de la page,
On joue Œdipe, une comédie
Ça détendra !

 

Notes sur l’écriture :

Les écrits ne sont pas là pour ranimer, ressusciter ou même évoquer, mais pour prendre l’embranchement d’une autoroute.
Celle où s’écoule la substance de l’être, éloignant l’angoisse ; ce petit carré blanc mortifié par des graffitis ayant perdu conscience d’eux-mêmes.
Et ainsi exister, suspendu au bout du langage, j’aimerais entendre le dernier poème du dernier poète, vidant le langage de son infinité pour ne plus jamais être discours.
-
Des géants de ciment et de métal parcourent les villes à la recherche de nouveaux rêves monétaires, toujours plus éthérés.
Sur eux coulent une pluie inlassable, recouvrant ses millions de fenêtres sans cesse éclairées, un incendie lent et tamisé.
La lumière se condensait en un unique espace nitescent immobile au-dessus de l’homme, déchirant des montagnes de nuages.
Les feuilles du carnet deviennent des cendres froides lorsque ses mots ne trouvent plus de stations où descendre – de l’électricité sous nos peaux – contre les hangars de la pensée restreinte.
-
Voilà maintenant des images de la zone morte autour de Fukushima. J’aime à me promener dans ce lieu déserté. On croirait voir l’image de notre monde après la disparation du dernier homme sur Terre, alors que l’apocalypse est passée. La végétation dresse un paysage poussiéreux sous mes yeux. Les cours d’eau sont fatigués. J’aperçois au loin les villes conteneurs jaillissant sur des terrains vagues, pour reloger une population traumatisée, dont on a tout volé, juste pour une centrale nucléaire défaillante. Les Japonais aux alentours errent comme des âmes en peine, laissés à la violence, à la recherche de quelque chose pour lutter contre leur ennui. De temps à autres, certains jeunes retournent dans leurs villages, brisant les fenêtres des maisons vides, pour voler, casser, ou simplement se distraire en observant la vie passée de quelqu’un d’autre.
-
J’ai appris à glisser sur le monde, lorsque la nuit s’étend et taille au couteau des sourires amers sur les fous.
Je suis au centre de mon écriture et tourne toujours. Rien ne paraît clair. Il y a cette fille au bord de la route, ne sachant plus comment parler.
Pressé dans le désert, j’oublie ma parole, ils oublient ma présence - déliaison avec cette terre, cette beauté, c’est annoncé ! A la radio, le dernier message de l’espèce humaine sur les ondes :
La parole est morte
Les mots sont morts
La pensée est morte
La poésie est morte
L’homme est mort !

Etienne POIAREZ

Poèmes

1. Lorsque.

Lorsque plus rien n'éveille
Et que l'on dort
Avec des restes de sommeil.

Lorsque plus rien ne vit
Et que l'on vacille
Avec des restes d'envie.

Lorsque plus rien n'écrit
Et que l'on crie
Avec des restes de voix.

Que pouvons nous faire
Dans cette nuit inchangée
Ce chemin de vagues et d'envols
Vers des nuits sans cris.

2. Hors-la-loi.

Tu te glisses dans les longueurs de la nuit
Comme un hors la loi sans bagage
Tu es crime et retenu
Dans ce désert sans paysage
Que crois tu, où vas-tu ?
Dans ce sommeil discontinu
Cette longue absence
Tu continues à te battre
Tu es crime et silence
Tu reviens aux heures creuses
Te débattre
Avec les restes de la nuit.


3. Tu es devenu poème.

Tu es devenu poème
Ton corps est rayé
Par tant d'écritures.

Tu es devenu poème
Ton ventre est rimé
Par tant de fissures.

Tu portes trop de vers
Dans tes intérieurs
Des mots d'été ou d'hiver
Qui n'ont plus d'extérieur.

Tu es devenu poème
Plus personne ne te lit
Tu es en voie d'extinction
Dans les vases de la nuit.

Tu vas finir dans les marges
D’un carnet bien refermé
à peine une poussière et le voyage
De la lecture à l'oubli affirmé.

Tu es devenu poème
Tu es embrassé et croisé
Par des lignes incertaines
Un chemin mal aimé.

Tu es devenu poème
Ton corps est limitrophe
Ton corps est devenu comme
Une dernière strophe.

Evelyne VIJAYA, écrits durant 2013-14 en région parisienne - Essonne

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DEVAUX PATRICK | Réponse 04.09.2014 19.23

"quêteur d'instants immobiles", Jean LAVOUE fait mouche avec ses observations fort ressenties car il est aussi guetteur de ces instants...

DEVAUX PATRICK | Réponse 29.06.2014 11.59

J'aime beaucoup le texte "hors la loi" qui met les nocturnes en marge mais plus ouverts sur l'écoute, y compris de soi :"tu es devenu poème"...

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Commentaires

15.04 | 22:35

Revue toujours au top; nombre d'auteurs croissant; chaque numéro amène de nouveaux talents, de nouvelles trouvailles et...quelques belles illustrations!

...
15.04 | 17:48

Les poètes, on le lit bien, sont bien au courant des instants de lumière qui parfois flirtent avec l'ombre; il en va ainsi de toute la vie...

...
13.04 | 15:38

Merci Monique, ce sont les danseurs en cours d'études professionnelles au Centre de formation en danse Off Jazz, qui ont donné leur passion et talent au public

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10.03 | 10:33

c'est beau, c'est très beau. Oh que j'aime cette aspiration à la lumière !

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