Eté 2015 : Auteurs de A à Z

Poèmes

au cœur de la fonte
les cendres et les braises
pour des hivers
où je n'ai pas senti le froid

pas de cassandre
même aujourd'hui
dans ma campagne

ni la peur de la mort
ni la pensée des guerres

seule l'attente
du chien-loup
où un jour je t'ai vu
où ma joie s'est trouvée
rivale de la beauté du soir

______________________________________________________

ma main se lève
non vers le rideau de la chambre
mais vers cette feuille

car de l'or
m'est échu l'autre soir
au crépuscule

et sans plus d'ennui
du bleu

je parle du gris et
de l'impossible
qui sont le plus gros de nos jours

t'écrire c'est vouloir
partager
cette lumière

______________________________________________________

par-dessus le mur
dans la rosée qui perle
la pointe de mes pieds

je me tiens et regarde
comme des instants d'enfance

ce mur qui a vu tant de choses
et sa brèche aujourd'hui
je lui  donne ton nom pour qu'il ne vieillisse plus

il y a au coeur de ses pierres
toute une éternité

______________________________________________________

comment dire la vie
si je ferme les yeux

la rose dort près de moi
et je ne la sens pas

je n'entends que les chiens
qui me couvrent ta voix

mais passe le temps sombre
et je ne suis plus sourde

n'ai plus aucune peur
dans le silence du soir

remplis déjà ma bouche
des bruits du vent et de ma rose

______________________________________________________

aimer le lieu
jusqu'à l'impossible
poésie jamais finie

mon cœur bat
une éternité
enfance jamais guérie

le seuil me contente
mais si je rentre
je retrouve la vie


France BURGHELLE REY ©

Absence

Silence !
J’écris l’absence,
De ce point qui ne mettra jamais une fin,
Et le retour de quelqu’un, qui est loin,
Et la paix,
Et la lumière !
Sur la terre, sur mon ombre, sur l’océan noir,
Sur la terre, sur mes mains, sur l’arbre noir,
Sur la terre, sur mes doigts, sur la chaise noire,
L’absence,
De ce monsieur qui écrit le sens et part,
De ce monsieur qui rentre tard le soir,
Et dort tout simplement,
J’écris l’absence de ces rêves, malheureusement.
Silence !
Absence, absence,
De ce monsieur qui a des ailes, qui vole,
Et son sourire,
Et son regard qui peut tout dire,
Et son présent, et son futur,
J’écris le vide, j’écris sur ce mur dur,
J’écris le vide, j’écris sur …
Silence,
Un absent meurt,
D’autres résistent,
Certains existent,
Quelques-uns écrivent leur propre liste,
Et partent.
Silence ! J’écris L’absence,
D’un voisin fleuriste,
D’un autre plus près, un pianiste,
Et la vieille dame d’en face, qui chantait l’opéra … c’était triste,
C’était beau, c’était …
Admirable à écouter,
Admirable à voir, on ne pouvait rien ajouter.
Et puis J’écris,
Absence, absence,
D’une voix,
D’un salut,
D’un livre qui aurait dû être lu.

Khalid EL MORABETHI

Poèmes

on
n’empêchera
jamais
l’aube
de
venir
tant
que
les oiseaux
auront
quelque chose
à dire

---------------
 
l’oiseau
est
un signet
comme
un autre
 
à
 
marquer
une page
de
ciel

------------------
 
matin
à
lire
les rideaux
ils savent
tout
de
mes premiers gestes
on ouvre
la lumière
avec
les lèvres
qu’on peut

Patrick DEVAUX

OUT OF MARZAHN



les giboulées
sur ton visage



brassée d’herbes fraîches
dans tes cheveux



au loin la fumée
sur la pente



cette main lumineuse
sur ma peau



sein ruisselant
d’étoiles



éclatant
comme une pierre
sous la cascade



le désert est le chemin



frôlant de ma main
la pointe de tes hanches



feuille d’encres
dans l’eau



le bleu
c’est ton visage



par instants
le chemin renaît



la robe tombe
dans les hautes herbes



la jeune fille nue
dans l’eau du ciel

Nicolas GRENIER

Paysage de la parole nue

Phénix

Silence à jamais,
abyssal, mémoire sondée,
perdue. Apocalypse pour rire
au risque du vertige.
Paysage de la parole nue,
traversée des écritures,
du corps en mouvement
et autres territoires
entre sensation et pensée,
temps d'échange
et visages en lumière
qui se dissolvent
dans l'écho de la nuit.
Au centre arc en ciel du rêve,
s'attacher à mesurer l'enjeu,
en voleur de paradis,
au croisement du vif et du révolu,
amateur d'images sans âge,
de marges dans l'espace.
Accorder le chant
à l'étoile,
mourir
        et devenir

 

Le Cri

Figures qui se croisent,
se chevauchent,
se confondent et s'éloignent,
reflets blancs
en laisse de mer
et traces de pas perdus,
puis le froid
des rêves non avenus....
Qui saurait redonner vie
aux terres brûlées,
aux chairs creusées,
aux étreintes détrempées
d'après les grandes pluies !
Jeter au visage du vent
les éclats sans écho de la perte,
jeux de lumière
et vitalité du trait...
Ebaucher sans fin
le récit du présent,
sans passé ni avenir,
lucide dans le cri

 

Noir spécifique

Printemps de glace
et, fracturé vif,
plaie d'adulte
qui jamais ne cicatrise ...
Flammèches
en longues lovées
lentes, lyriques
au cou de la nuit
qui suppure.
Adieux secs
et fièvres récurrentes
à moissonner
dans l'ombre d'un corps
en déréliction déjà.
Cœur qui s'abîme
aux lointains bleus
et l'absence,
vague après vague,
s'en vient voiler
l'espace du deuil.
Livide, rendre souffle
à l'errance.

Patrick LEPETIT

ENNUI

Le jour prend des allures d’éternité
Les pas dans l’appartement
au rythme de l’aiguille
font cent fois le chemin
Le souffle est régulier
L’horizon ce tableau
auquel répond cet autre tableau
On allume enfin la lumière
histoire de
casser la monotonie du temps
On n’a pas ôté les souliers
Le jour adhère encore aux semelles
poussière de vacuité
de tons feutrés
On baisse le volet
juste assez
pour fuir les regards
On a bu dix verres d’eau
orgeat ou grenadine
bière
mangé trois barres glacées
On a envie de se remplir le corps
Tout plutôt que rien
Trop
pour écarter l’ennui
L’ennui
comme ce dernier jour de juillet
où rien ne s’est passé
se passera
car l’heure est à
l’intérieur
Un intérieur
où l’on est seul
et mort
comme une écharpe tombée
chiffonnée
dans le fond sombre du placard

Monique MARTA, 31 juillet 2015

Mer...

Mer
à gorge serrée
Mer-volcan

Mer des grandes profondeurs
où la mémoire se perd
privée
des battements
du cœur
de la première vision

Nuit

Nuit de l’origine
qui dans le ciel rassure
telle une chambre

Nuit pour la prière
et le dernier baiser

Nuit de la main qui borde
Nuit pour le sommeil
solitude
mauvais rêve

Mer

Leurre d’éternité

Monique MARTA, 6 mai 2015

Poèmes

Dis mon lapin mon p’tit loup mon p’tit chat p’tit minou mon chaton mon pigeon rossignol ma colombe ma belette belle alouette
Dis sois gentille ma poulette
Dis-le moi Mais dis-le donc
que tu m’aimes
Ah vas-tu le dire Enfin
Mais tu n’es n’a été ne sera qu’une jamais POULE
VOILÀ J’aurais depuis dû le début savoir le m’en douter
Non Tu le nies Vraiment Tu oses AH tu NIES MAL Oui Inutile avec moi je te le dis de jouer à l’oie blanche au plus fin jouer avec moi chat souris toi Tu me prends pour un âne
Inutile de rire te moquer me noms d’oiseau donner TOI Grue goule guenon vampire morue vipère Je te le dis tête de linotte pauvre dinde tout m’est égal TOUT si tu me quittes
Sans toi qu’est-ce que je suis mais dis-le moi sans toi
Plus rien Non Plus de joie de Ah Ni douleur même Ne suis n’ai plus RIEN sans toi moi SILENCE Enfin
AH NI MAL
NI MOTS

Martine MORILLON-CARREAU

*

En partageant
l’amitié des chocolats
on a parlé de
            cartes à
                    rêver
les territoires
                 révéler
sinueux leurs secrets
de forêts pierres et ruines
secrets de lacs de collines
secrets de rivières
de routes ou de chemins

on a cherché aussi
d’où venu mais comment jusqu’ici
et tout le jour caché un petit
gecko couleur de lune
deux ou trois soirs entrevu gecko
signant vite
le mur blanc d’une chambre
d’une autre
le temps
de prouver aux incrédules
son existence fabuleuse

Dehors il fait encore trop froid
pour les cigales et cependant
voix alternées
des crapauds invisibles
célèbrent
la douceur humide du grand jardin
les mille et un enchantements
de la nuit

Martine MORILLON-CARREAU, La Plane, avril 2015

*

Le Démon de la perversité

Comme un mystère
à travers des trous fenêtres folles
pauvre cœur en creux
haillons
de bois qui luit tout gris
et n’ouvrant
dans quelle impossible lumière
(fermées sans espoir fermées)
que sur des planches aveugles
palissade
érigée
 
contre quoi
 
clouant la mer le ciel
si mal élucidés

ou ce calme attentif de la nuit
entraperçu

Martine MORILLON-CARREAU, janvier 2015, sur tableau éponyme de Magritte

*

Tout cela oui comme
l’abîme où règne
le secret noir des choses

le dire
l’écrire

J’aurais voulu

Et ce qui
foule
houle
s’agitait
feu de sang hurlait
feu lucide
d’épines
tout autour de
la colère

a

incendié brûlé consumé
jusqu’au papier

mais la cendre ?…

Martine MORILLON-CARREAU, 9 janvier 2015

VOILIERS DE MAI

VOILIERS DE MAI Monique PICARD, 01/07/15

Sur la mer encore vive
voguent les vélelles
poussées par le vent
de juin.

S'échoueront-elles demain
sur la plage,
sur les petits galets,
comme l'herbier noir ?

Elles sont en retard
sur le rivage
où se dessineront
des chapelets bleus,

leur voile couchée
goûtant la caresse
de la mousse tiède
en bord de vague.

Monique PICARD, 01/07/15

Les hommes-fourmis

A travers l'Histoire...

Les montagnes se meuvent,
leurs épaules se cognent.
Pachydermes
à la peau épaisse,
aux ongles secs,
aux pieds pesants.

La terre tremble,
des gouffres s'ouvrent
sous le souffle
de leur trompe,
balancier
à l'âcre haleine.

Les hommes reculent,
écartent les bras
et crient dans leur chute,
arrachant les pierres
qui entaillent
leurs genoux.

Même les racines,
cordes vivantes,
fileuses de lymphe
et de sang
tendent des pièges
humides.

Les montagnes passent
la poussière
les efface
et les hommes-fourmis
en colonnes denses
remontent lentement.

Monique PICARD, 03/06/15

Trois poèmes

EN FACE

Murs  translucides
Boites empilées
Trou noir le jour
Soleils ébréchés
De mes soirées
    
La vie défile

ET MOI JE ME TAIS

Tapie dans l’ombre, en face
Assise dans la pénombre

JE REGARDE

Ça s’illumine
Ça et là
À droite
À gauche
En haut
En bas

Simultanément
Alternativement

Ça raconte
L’histoire des ombres
La nuit

Les ombres
Petites grandes

Noires  raides
Souples voluptueuses

Ombre unique
Fenêtre unique

Deux ombres
Une fenêtre

JE RESTE SEULE
IMMOBILE
JE ME TAIS ET JE REGARDE

Une ombre marche vers la droite
Elle se déplace
S’arrête
Pivote sur sa gauche
Ouvre la baie vitrée
Sort sur le balcon

L’ombre a délaissé
La lumière
Son corps naît dans la nuit

Le temps passe
JE REGARDE

Un instant floue
L’image surgit
Nette tranchante

Une femme sourit
Et me dit :


BONSOIR

*****

FENÊTRE 2.0

Une à une, les fenêtres défilent

Sur l’écran noir

Le monde en petits carrés

Le regard écartelé

 

Le regard disséminé

Myriade d’injections

 

VOIR,  VOIR, VOIR ...

 

BOIRE, BOIRE, BOIRE …

 

L’horreur d’un monde qu’on n’a pas  choisi

 

La tête à l’envers

Ne plus savoir où donner de la tête

 

Respirer le monde

La tête en bas

 

Mais ! … Mais … Le monde, il ne sent pas bon !

 

BEN ALORS, REFERME LA FENETRE !
 

*****

LA FENÊTRE ILLUMINÉE

 

A  travers la fenêtre illuminée

Je revoie les ombres du passé

 

Les amours qui défilent à toute vitesse

Dans les remous du temps

Le souvenir fait trembler les vitres

Miroirs éteints de la jeunesse

 

A travers la fenêtre illuminée

Je vois les morts attablés

Qui parlent du temps qui passe

Des soleils décrochés

Des jours à venir

Où la mémoire se fera pressante

Où les mots

Silex tranchants

Écartèleront les amours d’antan

 

A travers la fenêtre illuminée

La vie suit son  cours…

 Corinne TISSSERAND-SIMON

Le souffle...

Le souffle du soleil, du pain, du sol,
respire le bois –cet être précieux !
La plus vivante, la plus sainte idole
que jamais ait su créer notre Dieu.
Qui aurait pu en ce monde, dit-on,
monter sans du bois un lit, un cercueil ;
une table pour dîner –ou une étagère
et… une croix pour le destin en deuil ?
Je touche avec mes doigts ses vives veines,
comme je caresse une fine chair…
J’y entends l’écho d’une voix humaine,
des lèvres qui disent bas des mots chers.
J’y ressens l’ancienne odeur de la terre,
de la beauté de ce monde périssable.
Comme le bois est mangé par les vers
ma solitude n’est pas guérissable.
C’est l’appui de mes coudes tous les jours !
Il change même mes bouchées amères
et les syllabes de mes vers très lourds…
Avec lui je ne suis pas solitaire !

Petar VELTCHEV (1984)
Traduit du bulgare par Parvan TCHERKASKI

Entendez-vous

Dans l'odeur de résine des montagnes
Entendez-vous comme moi j'entends
L'appel de liberté feuillue de la forêt
L'eau dévale de la roche avec vigueur
Dans les feuilles d'herbe et dans le vent

Je suis le compagnon de tout ce qui chante
La folle danse des étoiles et de la lune
Le grand frère des fées et des elfes qui hantent
La clairière de notre solitude commune

Dans l'horizon troué de nuées bleues
Ressentez-vous comme moi je ressens
Des torrents de sève roulent dans mes veines
Les bourgeons me font un printemps au cœur
Dans la blondeur des blés et des seigles

On n'a d'autre joie que sa propre liberté
Faisons feu de grands bois ici et maintenant
La joie d'être s'allume dans les hautes futaies
Pour vivre la vie comme un éternel présent.

Jacques VIALLEBESSET
Poème à paraître in Sur la route de Gaspard des montagnes.

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OK Envoi...

Devaux Patrick | Réponse 23.09.2015 23.02

encore un superbe numéro; émouvants textes, notamment celui de Monique elle-même..."mer"

bleuterre | Réponse 09.08.2015 19.56

Absence , Absence , une revendication à l'absent. Les répétitions sont comme ici pour moi comme des mantras qui accentuent l'émotion liée à l'absence.

Patrick Devaux | Réponse 22.06.2015 20.05

la mer de Monique rejoint par sa profondeur, en écho sous marins, l'image de la mère qui mène aux naissances...ou aux renaissances...

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Commentaires

15.04 | 22:35

Revue toujours au top; nombre d'auteurs croissant; chaque numéro amène de nouveaux talents, de nouvelles trouvailles et...quelques belles illustrations!

...
15.04 | 17:48

Les poètes, on le lit bien, sont bien au courant des instants de lumière qui parfois flirtent avec l'ombre; il en va ainsi de toute la vie...

...
13.04 | 15:38

Merci Monique, ce sont les danseurs en cours d'études professionnelles au Centre de formation en danse Off Jazz, qui ont donné leur passion et talent au public

...
10.03 | 10:33

c'est beau, c'est très beau. Oh que j'aime cette aspiration à la lumière !

...
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